Décryptage : Qui sont les haters du Grand Journal ?

Alors que Michel Denisot va quitter le Grand Journal de Canal +, on a sorti cet article des archives pour revenir sur les haters de l'émission.

Le Grand Journal sur Canal +, 20h.  Plus d'un million de paires d'yeux français se posent sur le costard bien coupé de Michel Denisot. La belle Daphné Burki est à ses côtés. Elle rit. Comme toujours. Les invités sont parfois si fous. Fous et hypes surtout ! Lorsque les stars internationales passent par la France, c'est chez Denisot qu'elles vont, pas sur le canapé de Michel Drucker. Parce qu'elles savent qu'en plus de bénéficier de la visibilité de l'émission, l'interview se limitera à trois questions et ne durera pas plus de cinq minutes. Simple. Efficace. Time is money.

En bref, le Grand Journal ne fait ni dans le débat ni dans l'analyse. Diffusé entre 19h et 20h50, l'émission accompagne sans grande prise de tête la digestion de ton dîner. Tel un jeu télévisé, on en sort pas plus intelligent mais on a mis le cerveau en pause, c'est déjà ça. Pourtant, les haters ne semblent pas s'en tenir là. Pourquoi ?

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Klaire.fr - Une journée sur Twitter

Une partie des téléspectateurs du Grand Journal regarde le programme pour ce qu'il est : un pur divertissement. Tandis que d'autres semblent le regarder pour le simple plaisir de critiquer avec plus ou moins de virulence. Qui sont ces gens qui s'infligent autant de souffrance ?

TYPOLOGIE (non exhaustive) de HATERS 

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 1- Le sale gosse

Son attaque : "C'est NUL, c'est de la merde, c'est caca".

Qui est-il ? La pondération n'est pas son fort.  Son attaque passe en général par un vocabulaire assez limité, voire primaire. Il n'aiguise pas assez ses arguments pour toucher son adversaire et n'est donc pas dangereux en soi. Cependant, il a un besoin irrépressible de jeter son fiel sur Twitter. Il critique comme on vomit : sur le moment. Après, ça passe. Autant de signes qui révèlent une certaine immaturité. On l'imagine donc assez jeune.  Sur le plateau du Grand Journal, il y a du monde, lui il est tout seul dans sa chambre.

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Frustration + journée de merde au lycée = méchanceté gratuite.

2- Le hater dans le déni

Son attaque: La nostalgie. "C'était mieux avant"

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C'est qui ? Comme le précédent, il n'est pas bien méchant mais il a du mal à faire le deuil de Louise Bourgoin et du SAV des émissions. Du coup la nouvelle Miss Météo est nulle, La Question de la Fin tout autant. Fidèle à vie à la version initiale des choses, il ne fera jamais l'effort de comprendre les nouveaux concepts. Il aime une fois, pas deux.

Le Grand Journal officie depuis plusieurs années années déjà. C'est le même plateau, le même éclairage, la même sauce. rien n'a vraiment changé. C'est normal de vouloir passer à autre chose mais il a dû mal à zapper. Résultat : il tape sur l'émission plutôt que de reconnaître qu'il est tout simplement lassé. Comme dans un couple en fin de vie, il préfère accuser l'autre de tous les maux plutôt que de s'avouer qu'il n'est plus amoureux et partir.

3- Le bobo-terroriste

Son attaque ? Le sens de la formule (cf. @Nico_Dude). Souvent, son cynisme se mêle à un vocabulaire plus riche que le sale gosse. Cette vipère n'est pas dénuée d'humour ce qui peut la rendre attachante.

C'est qui ? Pour lui, les "Bobos" font partie d'une secte obscure dont il ne comprend pas (ou jalouse en secret) les modes de représentation. On distingue deux profils du Bobo-terroriste:

  • Soit il n'est pas Parisien et pour lui l'esprit Canal est mort depuis Nulle Part Ailleurs. Remplacé par une version aseptisée et promotionnelle. Pour lui Le Grand Journal c'est prisme de la Télé marketing. A voté Mélenchon aux dernières élections.
  • Le Parisien peut penser la même chose que le non-Parisien. Cela dit vivant à Paris, il fait une overdose de bobos, principalement concentrés dans la capitale, sur les blogs et le site Saywho, Paris Match du pauvre. Il aurait préféré ne pas avoir à se les taper à la TV mais il lui arrive de regarder le Grand Journal. Ne serait-ce que pour confirmer leur médiocrité et se rassurer dans son intelligence supérieure.

4- Le chroniqueur acide

Chronique Médias/ Web de Mathieu Géniole

Son attaque? La vie n'est pas un gag !  "L'émission de Canal Plus a (...) commis un pêché originel en misant tout sur le faste, le luxe et les dépenses à tout va : c'est excessif et déplacé. "

C'est qui ? Le chroniqueur des médias acide. Pour exemple, Mathieu Géniole, chroniqueur au Plus Nouvel Obspublié le 22 mai dernier un papier qui a fait parler de lui, intitulé "L'Infâme "Grand Journal" de Cannes". Il est vrai que c'est lors du festival de Cannes que l'émission atteint son paroxysme. Stars à tout va, interviews express, luxe flamboyant qui peuvent paraître déplacés pour le Français devant sa télé. Tout comme pour les journalistes attérés (à raison) en lisant les rumeurs des salaires des chroniqueurs de l'émission. Tandis que le journalisme se précarise, les salaires des animateurs TV peuvent parfois rendre fous.

5- Le vieux de la vieille à qui on la fait pas

Daniel Schneidermann

Son attaque : La dénonciation de la société du spectacle."Le plateau de Denisot, Yalta du Buzz"

C'est qui ? C'est un journaliste qui a roulé sa bosse sans retourner sa veste. Pour lui tout ce qui relève du buzz et des tendances est anti-journalistique et ceux qui le pratiquent ne sont que de vulgaires marionnettes. C'est le cas de Daniel Schneidermann qui, jeudi matin, a fait la fête au Grand Journal dans son édito d'Arrêt sur images. Titrant son papier "Le plateau de Denisot, Yalta du Buzz", il balance sur la "quintessence du journalisme deniso-compatible" basée selon lui sur des "prodiges de dialectique". Voilà qui est dit !

La critique n'est pas injustifiée. Son point de vue est respectable. Néanmoins, ses accusations ne tiennent pas compte d'un détail non négligeable : Le Grand Journal est un divertissement. Le divertissement en soi est basé sur le spectacle, la promotion. "L'argument de vente" va de pair avec ce genre de programme. En ce sens, le Grand Journal ne peut être attaqué sur le traitement de ses sujets qui correspondent simplement à sa fonction d'entertainment. Sur le site de Canal +, il se trouve d'ailleurs dans la catégorie "divertissement". D'autres programmes, au statut prétendument journalistique, utilisent le buzz à des fins beaucoup plus discutables.

6- Le gentil qui balance mais n'assume pas

Son attaque : Attaque personnelle directe par la vanne. "N’oublions pas que Michel Denisot, qui présente une émission pour les jeunes en étant de ma génération, ce qui est, en soi, déjà sidérant, a su évoluer avec habilité dans tous les milieux, y compris politiques." 

C'est qui ? Michel Drucker, dans son livre "Les 500 émissions mythiques de la télévision française". Invité sur le plateau du Grand Journal le 8 octobre dernier, il se défendait de faire seulement de l'humour en trouvant "sidérant" que son confrère Denisot soit entouré de jeunes à 67 ans. "Sidérant", c'est un mot fort pour la blague ! Quant à affirmer que ce dernier "a su évoluer avec habilité dans tous les milieux, y compris politiques ", il est difficile de ne pas y voir une accusation.

Michel Denisot, devenu icône médiatique, célèbre la messe la semaine tandis que Michel Drucker la célèbre le dimanche. Plateau pour l'un et et fauteuil rouge pour l'autre, ils sont les papes de leur propre programme mais leur carrières professionnelles ne se ressemblent pas.

Par jalousie ou par dégoût sincère. Par lucidité ou par mauvaise foi. Les haters trouveront toujours une bonne raison de maudire le Grand Journal. Pas parce que c'est un programme exceptionnel - c'est du pur divertissement - mais parce qu'il cristallise ce qui fait fantasmer les uns et que les autres abhorrent.

Par Afifia B, publié le 09/06/2013

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