La culture fanzine vue de Londres à Bordeaux

Les fanzines, contraction de "fan" et de "magazine", sont depuis les années 1970 associés à une culture Do-It-Yourself militante. En 2013, aux quatre coins du globe, la production de fanzines et la micro-édition en général donnent lieu à de multiples initiatives, de Portland à Londres en passant par Paris ou Bordeaux. Retour sur les origines et la philosophie de ce support DIY qui est loin d'être mort.

La Culture Fanzine vue de Londres à Bordeaux

Le fanzine : genèse d'une culture militante

Si la culture fanzine est née de la tradition des pamphlets révolutionnaires et placards politiques du XIXème siècle (on pense notamment au 'samizdat', ces ouvrage interdits en Union Soviétique, recopiés à la main par les dissidents puis passés sous le manteau dans les cercles littéraires et intellectuels), ce support d'expression explose dans les années 1960 et 1970 avec l'apogée de la culture punk et les différents courants contre-culturels.

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La philosophie punk stipule que n'importe quel individu peut prendre une guitare et faire de la musique. Il en est de même pour la production de fanzines : rien de plus que des feuilles de papier A4, une paire de ciseaux, du ruban adhésif et une photocopieuse suffisent pour lancer un zine.

Fanzines, la révolution du DIY par Teal Riggs (Capture d'écran de la première de couverture)

Dans son livre Fanzines, la révolution du DIY, Teal Triggs explique :

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Les fanzines peuvent être définis comme des publications amateurs, non officielles et non commerciales qui ont une conscience politique et peuvent constituer un réseau de communication important pour les cultures alternatives.  

Les fanzines sont intimement liés à une culture revendicative, ils véhiculent un contenu politisé souvent imprégné des valeurs libertaires et anarchistes, leur mode de production autonome et l'esthétique DIY qui les caractérisent sont d'ailleurs en harmonie avec les piliers de l'anarchisme : autonomie et abrogation des relations de pouvoir.

La circulation se fait généralement sous le manteau, par le bouche à oreille ou via des concerts et des disquaires indépendants. Les producteurs de fanzines n'ont généralement pas l'ambition d'une circulation massive. Au contraire, cette diffusion volontairement restreinte renforce la dimension communautaire de ces supports. L'autre caractéristique originelle de la culture fanzine est son but non-commercial : le fanzine est là pour véhiculer des idées, les producteurs ont des ambitions plus esthétiques que matérielles.

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L'obsession du fait-main au coeur de la culture fanzine

Comme nous le disions plus haut, le langage graphique du fanzine traduit les revendications politiques de différents mouvements contestataires. Résultat, la mise en page est volontairement chaotique, brutale : les éléments récurrents sont les collages, l'écriture manuscrite (avec souvent des fautes d'orthographe volontaires) et la typographie façon machine à écrire.

Les producteurs de fanzine s'affranchissent des règles graphiques traditionnelles et rendent parfois leurs publications volontairement illisibles afin de se démarquer de l'esthétique conventionnelle. En cela les fanzines sont les héritiers de mouvements artistiques Dada et Fluxus, puis des surréalistes.

Cette culture du fait-main traverse différents genres musicaux : psychédélique, classique et jazz, mais aussi le punk et ses variantes (anarcho-punk, punk hardcore) qui demeurent ses terrains d'expression privilégiés. Les zines Sniffin Glue, 48 Thrills, Search and Destroy font partie des publications historiques des années 1970.

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La "une" du fanzine Sniffin Glue

Plus tard les mouvements Cyber Punk et rave auront eux aussi leurs publications avec Vague et Boy's Own, premier fanzine d'acid house. Dans les années 1990, le fanzine devient l'un des supports de diffusion des idées du mouvement féministe punk, avec notamment les publications Riot Grrrl, Bikini Kill ou Girl Gems qui questionnent les notions d'identité sexuelle et dénoncent la société patriarcale et hétéronormée.

La "une" du fanzine Riot Grrr

En 2013 la micro-édition se porte bien

Aujourd'hui la fanzine demeure un moyen d'expression privilégié pour les féministes queer, notamment au Royaume Uni où se tient annuellement à Londres le Queer Zine Fest qui rassemble les publications féministes et queer, ou encore le London Zine Symposium et des zines comme Ricochet ! Ricochet !.

A l'heure actuelle, le fanzine comme "objet d'art" tend à se substituter au fanzine comme geste militant, et un certain nombre de fanzines de photographie et d'illustration sont produits et circulent via des micro maisons d'édition (comme la maison Lozen Up montée par Pierre Hourquet).

En parallèle, avec l'arrivée de la production assistée par ordinateur, le style des zines se rapproche de celui des magazines traditionnels. Comme celui de Irène, un fanzine érotique :

Irène, fanzine érotique. Une image de son quatrième numéro.

En octobre dernier, le salon de la micro édition était organisé à la bibliothèque Marguerite Duras à Paris; à Bordeaux la fanzinothèque  Disparate rassemble des dizaine de publications indépendantes: illustrateurs, artistes, photographes peuvent y déposer librement leurs zines et la consultation est libre. L'illustration que la culture fanzine se renouvelle encore et encore, 80 ans après les premiers fanzines de science-fiction.

Devanture de la fanzinothèque Disparate à Bordeaux

Par Nastasia Hadjadji, publié le 10/12/2013

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