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Cécile Coulon, la jeune romancière surdouée

Publié le

par Leonard Desbrieres

(© Louis Lepron)

Le dernier roman de la jeune écrivaine, Une bête au paradis, vient tout juste de paraître au Livre de Poche.

À seulement 29 ans et après déjà sept romans et plusieurs recueils de poésie, Cécile Coulon occupe d’ores et déjà une place majeure dans le paysage littéraire français. Saluée par la critique, couronnée du prix des Libraires pour Trois saisons d’orage et du prix Apollinaire pour Les Ronces, habituée des meilleures ventes, elle incarne la jeune romancière surdouée à qui tout réussit.

Son dernier roman, Une bête au paradis, vient tout juste de paraître en Poche, l’occasion de redécouvrir cette œuvre âpre et brutale sur la rudesse du monde rural et la noirceur de l’âme humaine. Un roman résolument féministe, porté par une héroïne inoubliable.

Au nom de la terre

Émilienne, matriarche au caractère bien trempé, élève seule ses petits-enfants Blanche et Gabriel au "Paradis", nom évocateur mais trompeur donné à la ferme familiale de Corrèze, où plusieurs générations de paysans se sont succédé. Avec opiniâtreté, elle travaille chaque jour pour subvenir à leurs besoins et s’évertue à leur transmettre les valeurs qui fondent ces contrées sauvages : le goût de l’effort, l’amour de la terre et l’humilité face à la nature.

Si Gabriel est peu réceptif, trop fracassé par le tragique accident de la route qui lui a pris ses parents, Blanche, quant à elle, est bouillonnante et pleine de vie. Elle aussi se tue à la tâche pour exploiter cette ferme à laquelle elle est viscéralement attachée, une terre qui l’a vue grandir, elle et plusieurs générations de femmes qui ont dû apprendre à faire face à la dureté des conditions de vie et à la brutalité des hommes.

En grandissant, Blanche va pourtant céder aux sirènes des passions amoureuses et tomber sous le charme d’un garçon aux antipodes de ce qu’elle est. Alexandre est d'une beauté rare mais il est dévoré par l’ambition. Il désire avant tout fuir ce pays pour la richesse et les plaisirs de la ville. S’ils filent pendant un bref instant un amour parfait, leur relation est condamnée. Le départ inéluctable d’Alexandre va forcer Blanche à faire un choix tragique.

Dans cette histoire, la princesse ne part pas sur le beau cheval blanc de son prince charmant, elle renonce à l’amour pour éviter un déracinement dont elle ne se remettrait jamais. Errant comme un fantôme sur une terre à laquelle elle est liée à la vie à la mort, elle se résigne mais tient bon. Jusqu’au brusque retour d’Alexandre dans sa vie...

Légendes d’automne

On retrouve dans ce roman à la beauté fatale tout ce qui fait le sel de la littérature de Cécile Coulon. Celle qui, malgré le succès littéraire fulgurant, réside toujours en plein cœur de son Auvergne natale accorde un attachement féroce à l’exploration romanesque de la ruralité. Elle s’évertue à dire la réalité de ce monde agricole coupé du monde, qui vit en vase clos mais dont la production intensive sert à nourrir le monde extérieur.

Loin des stéréotypes de certaines fictions où la campagne se pare de prés en fleurs et de jolis moutons, elle dit toute la complexité et toute la violence du monde paysan. Perdus au beau milieu de territoires sauvages et hostiles, pris en étau entre les traditions et la modernité, entre l’attachement à la terre et les rêves d’une vie différente, ses personnages se construisent et se détruisent dans un huis clos étouffant.

Mais Une bête au paradis est surtout une histoire de femmes puissantes, une fable féministe qui déploie une langue féroce et charnelle. Cécile Coulon fait partie intégrante de cette nouvelle génération d’écrivaines qui a fait de l’exploration et de l’expression de la féminité, un cheval de bataille littéraire.

Les romancières mettent enfin librement des mots sur le rapport que les femmes entretiennent avec leur corps, et Cécile Coulon va encore plus loin en abordant la féminité dans le milieu rural, un sujet presque tabou dont on ne parle pas. Parce qu’avec le travail de la terre, le corps féminin change, il devient musculeux, marqué par le travail, il en impose autant qu’il effraie, mais il n’en est pas pour autant dénué de désir. Et pour cela, il s’expose à la violence des hommes. Reste à savoir si ces femmes se laisseront faire.

Cécile Coulon, Une bête au paradis, Le Livre de Poche, 288 pages, 7,70 euros

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