California Diary #1 - Sunset Campout

Colas est parti vivre du côté d'Oakland en Californie il y a quelques mois. Du coup on lui a demandé de nous raconter ce qu'il s'y passait dans un petit carnet : le California Diary. Au menu, des hacker-space, de la fête, pas mal de drogue et beaucoup d'amour. Première édition avec le Sunset Campout.

California Diary #1 - Sunset Campout

Illustration - Thomazi

C'est affalé dans un train électrique qui circulait lors d'une soirée organisée dans un manoir par un mécano un peu barjot qu'on en avait entendu parler pour la première fois.

Publicité

À ce moment là, c'était peut-être le goût chimique dans la bouche qui nous rendait enthousiastes. Mais quand le type dans le wagon de devant nous a affirmé, avec les pupilles bien dilatées, "it's a one-life-experienced", on a voulu le croire. Quelques recherches sur des blogs et les récits de lignes de basse du dj set de DJ Harvey au lever du soleil l'année dernière ont fini de nous convaincre. Alors, un mois plus tard, les cheveux teints en blond façon Sick Boy de Trainspotting, armés des bouées gonflables sous le bras, on a pris la direction de Belden Town, pour le Sunset Campout.

Le Point A, c'est Belden, California

Cette bourgade-saloon qui compte 30 habitants est installée sur les bords d'une rivière dans le Gold Country - une région située au nord-est de la Californie et connue pour ses mines d'or. Le seul restaurant de la ville fait salle comble pendant trois jours et se rendort pour un an.

Publicité

Calvi On The Camping

Comme beaucoup de festivals de la région, le Sunset Campout a commencé comme une fête organisée par une bande de potes en 1998, avant de grossir jusqu'en 2004. Après une pause de cinq ans, le festival fait son retour en 2009, et est depuis inscrit sur les must-do list de tous les raveurs de Californie.

Au programme: trois jours de musique, d'art, de camping et de baignade. Ou comment concentrer en quelques soirées le meilleur et le pire de Calvi On The Rocks mélangé à un week-end d'intégration d'une d'école de commerce.

Publicité

Côté programmation, on décèle quelques noms prestigieux de la scène électro internationale (DixonEddie C) et quelques talents locaux. Ça nous permettra de prendre le pouls de l'électro-californienne, quelque peu discrète face à la scène de Chicago, Détroit ou New York. Une partie d'auto-tamponneuse sur la highway et 300 kilomètres de pointillés jaunes plus loin, nous sommes arrivés à destination. Ce qui nous frappe avant même la beauté des lieux (il fait nuit alors), c'est celle des participant(e)s. Tout vétéran des WEI le sait, pour choper, nous avons le choix entre atteindre un bon niveau de saleté ou jouer la carte du journaliste sur le terrain.

On a choisi la deuxième option qui paraissait moins exigeante, avant de se rendre à l'évidence et opter pour la nonchalance hygiénique qui caractérise le raveur Don Juan. Cependant, pas d'inquiétude pour celui qui lit cet article danss la chaleur étouffante d'un Paris en été : le petit salaud qui écrit n'aura pas l'outrecuidance d'allier à ce week-end magnifique des rencontres avancées avec des créatures californiennes de rêves. Vous pouvez donc continuer votre lecture en vous délestant d'un sentiment de jalousie amère mais coupable -le même que celui que vous procure les filtres Instagram.

Publicité

Les beats millimétrés et les a capella transcendantales sont dispensés sur deux scènes. La première prend la forme d'une pyramide de Daft Punk miniature et est construite à l'aide de barrières en bois peintes en blanc. On dira que c'est une version plus humble que celle qui avait investi Coachella en 2007. Entourée d'arbres aux feuilles qui hésitent entre le vert et l'ocre de l'automne, ce sera l'endroit parfait pour les levers de soleil acidulésL'autre scène se trouve sur la plage face à la rivière et accueillera tous les danseurs hédonistes qui enlèvent leurs sandales de Jules César en fin d'après-midi pour battre le sable à grand coup de pas de danse smooth and cookie.

L'intérêt du festival réside pour beaucoup dans ses formes d'expérimentation de la marginalité. On y a notamment croisé une blonde pulpeuse avec une barbe à la Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, des brésiliennes androgynes comme Omahyra Mota dans Les Derniers jours du monde des frères Larrieux, et un type qui se croyait marrant (en fait il l'était) à arborer des ailes d'ange dans le dos taillées dans une pilosité qu'on imagine débordante.  

Le tiroir à pharmacie était lui aussi bien rempli. Dans le peloton de tête des drogues les plus prisées, on trouve en première position la K, la C, et la MD (on avait pris le temps de bien réviser dans le métro de San Fran Disco). On en conclu qu'ici aussi la musique électronique, pratiquée dans un cadre naturel somptueux, demeure majoritairement chimique, bien que quelques voyages inter-stellaires aient été permis par de la weed girl scout cookies et des magic mushrooms aux éclats de chocolat.

Burning Man By The River

Concernant les pratiques sexuelles forestières, le fil rouge de notre week-end aura été la recherche de la fameuse sex party, celle censée réunir une douzaine de participants sous un dôme grand comme l'équivalent de quinze tentes 2" pour s'adonner à des pratiques réprouvées par Christine Boutin et peut-être aussi par Dieu. La recherche sera pourtant peu concluante, puisque les seuls moments de sexe collectif se feront à nos dépend, dans le tipi collectif où il fait bon faire une sieste entre deux sets, et consisteront en des mouvements explicites de sac de couchages. On en a quand bien profité en tendant un peu l'oreille.

Ce WEI pour fils de hippie se conclura avec un set épique sur la plage par 38 degrés. La peau burinée par le soleil et les ongles noircis par trois jours de fête dans les bois, les raveurs démontent leurs tentes trois pièces-air-conditionné. Tout ce petit monde se dit au revoir et se retrouvera dans un mois à Burning Man, où le désert aura remplacé la forêt, et le gigantisme l'intimité de ce festival à taille humaine.

Par Colas J. Zibaut, publié le 02/08/2013

Pour vous :