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Avec l’exposition "Jean", la Cité des sciences retrace l’histoire d’une étoffe mythique

Publié le

par Leonard Desbrieres

L’incroyable rêve américain du jean, vêtement de travail des mineurs et chercheurs d’or devenu la pièce la plus portée au monde.

Malgré la fermeture des lieux culturels, la Cité des sciences donne l’occasion au public de profiter à distance de l’impressionnante exposition consacrée au jean qu’elle prépare depuis des mois. Des visites en ligne commentées sont organisées deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche à 16 heures : une heure passée en compagnie d’un guide de l’exposition, savoureux mélange de discussions, de visite virtuelle et de séquences vidéo, pour tout savoir de cette étoffe devenue culte.

Si l'exposition explique en détails le procédé de fabrication du jean, explore la question de son coût écologique et met en avant les initiatives engagées pour une production durable, elle retrace dans un premier temps, les origines et l’histoire de cette pièce, reine incontournable de notre garde-robe.

(Crédit Image : Philippe Levy)

Des origines controversées

Si on peut affirmer avec certitude que le vêtement date de la fin du XIXe siècle et qu’il est né en Amérique, l’origine de l’étoffe est encore largement controversée. L’histoire du jean est intimement liée au développement du marché du coton en Europe. À partir de l’époque médiévale, l’Italie du Nord produit de grandes quantités de futaines, une étoffe dans laquelle le coton est assemblé au lin et à la laine.

Ces futaines sont massivement exportées par le port de Gênes vers l’Angleterre. C’est dans les registres du port de Londres qu’elles auraient alors été surnommées jean ou jeane, d’après une mauvaise prononciation de leur port d’expédition. D’autre part, il existe une étoffe célèbre, dite sergé de Nîmes, fabriquée dans la région de Nîmes au XVIIIe siècle. Bien que les deux matières soient assez éloignées, de nombreux historiens avancent que ce sergé de Nîmes aurait donné son nom au fameux denim que nous connaissons aujourd’hui.

Au XIXe siècle, l’industrie textile américaine, alors en plein essor, se passionne pour cette étoffe et s’en empare pour fabriquer des vêtements de travail ultra résistants. Si les premières ébauches de pantalon voient le jour dès 1800, les jeans traditionnels que nous portons encore aujourd’hui sont brevetés en 1873 par Jacob Davis, un tailleur, et Levi Strauss, le propriétaire d’une entreprise textile basée à San Francisco.

La mythique marque Levi’s est née. Très vite, les rivets en cuivre servant à renforcer les poches des Levi’s séduisent les cow-boys, les mineurs et les chercheurs d’or de la Goldrush, à la recherche de pantalons solides et pratiques pour effectuer leurs tâches quotidiennes.

(Crédit Image : Philippe Levy)

De nombreuses pièces vintage issues de l’impressionnante collection personnelle du journaliste Éric Maggiori sont d’ailleurs présentées tout au long du parcours de l’exposition. Une manière de se rendre compte des premières pièces fabriquées à l’époque et de constater l’évolution progressive des différents modèles.

Si les jeans étaient au départ produits dans plusieurs tissus et différentes couleurs, la création du mythique 501 en 1890 signe définitivement le règne du denim bleu indigo. D'autres améliorations sont aussi progressivement imaginées mais c’est surtout l’ajout des fameuses coutures de couleur orange qui marque les esprits.

Elles seront désormais le symbole des jeans Levi’s. Une manière de se démarquer devenue nécessaire alors qu’en 1890 le brevet faisant de Levi’s le seul exploitant du jean arrive à expiration et que de nombreuses nouvelles marques s’engouffrent dans la brèche. Parmi elles, Blue Bell (devenue par la suite Wrangler) en 1904 et Lee Mercantile en 1911 deviendront aussi des fabricants de référence.

Au tournant du XIXe et du XXe siècle, le jean est donc devenu l’uniforme de travail par excellence, les cow-boys et autres chercheurs d’or laissant la place aux ouvriers des révolutions industrielles qui arborent fièrement leur blue jean dans les immenses usines américaines.

Fantasme et rébellion

Mais c’est bel et bien le cinéma qui va lancer la carrière internationale du jean et en faire la star incomparable de notre vestiaire. Dès les débuts de Hollywood, le jean est arboré fièrement par de fascinants cow-boys incarnés à l’écran par les légendes John Wayne et Gary Cooper. Puis après la Seconde Guerre mondiale, il est popularisé par les icônes Marlon Brando et James Dean mais aussi par des chanteurs comme Elvis.

James Dean dans<em> La Fureur de vivre </em>(1955)

Sous l’impulsion de ces bad boys au charme fou, le jean conquiert l’Europe puis le reste du monde. Fier étendard d’une jeunesse rebelle et contestataire, il devient surtout l’accessoire idéal pour adresser un joli pied de nez aux règles strictes des anciens. Il habille les rockers, motards, blousons noirs, hippies : tous ceux qui souhaitent mettre à mal l’ordre établi. Sous l’impulsion des militantes féministes, qui s’en emparent en signe de contestation, le jean cesse même d’être une pièce réservée aux hommes et déferle partout.

Après avoir longtemps refusé d’y prêter attention, l’industrie de la mode va alors enfin prendre conscience du potentiel du jean et s’en emparer pour le faire défiler sur les podiums. En quelques années seulement, cette pièce iconique deviendra le vêtement le plus porté au monde.

Informations pratiques : Exposition "Jean" à la Cité des sciences de La Villette / Visites en ligne commentées à 16 heures, les mercredis et dimanches.

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