AR Wear : le sous-vêtement anti-viol

Un verrou entre les jambes pour un esprit libre, c'est le concept d'AR Wear, une gamme de sous-vêtements anti-viol.

AR Wear (Anti Rape Wear), c'est une ligne de sous-vêtements anti-viol que viennent de lancer deux New-Yorkaises soucieuses de lutter contre ce fléau qu'elles estiment "pas encore traité correctement dans notre société". Désireuses de commercialiser leurs produits le plus rapidement possible, elles se sont inscrites sur la plateforme de crowdfunding Indiegogo. Les deux Américaines espèrent collecter d'ici le 23 novembre les 37.000 euros nécessaires à la concrétisation de leur projet.

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Pour nous convaincre, elles ont réalisé cette vidéo :

Cette gamme de produits ne manque pas d'innovation et de qualité. Les textiles sont choisis avec soin de sorte qu'ils ajoutent au confort et à la discrétion des dessous l'option " indéchirable" : soit une sorte de deuxième peau ultra-résistante. Ils sont en outre dotés d'un système de pressions à exercer sur différents emplacements de sorte que chacun des tissus nécessite d'être "déverrouillé" avant d'être enlevé. Un voilage de finesse qui cache 132 possibilités d'attaches et autant de combinaisons à trouver pour l'agresseur présumé.

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Indéniablement, quelque chose change dans l'univers textile. Les nouveaux concepts comme les nouveaux outils technologiques (comme les imprimantes 3D) laissent poindre les prémisses d'un changement dans notre rapport au vêtement. Mais si la gamme AR Wear est un projet qui vaut le coup d'oeil et qui peut en rassurer plus d'une, il est toutefois amusant de voir combien les choses changent.... et se ressemblent.

La résistance passive

Parce que bon, le concept de cette marque de culottes est le même que celui d'une ceinture de chasteté revisitée... À la différence près que si celle du Moyen-Âge était imposée par la jalousie d'un homme, seul à posséder la clé, ces dessous sécurisés AR Wear ont été créés par la femme elle-même pour répondre à une peur sociétale : le viol. Si la crainte se conçoit, il n'en reste pas moins que l''homme n'a plus besoin de mettre de ceinture de chasteté à la femme. Désormais, elle se la met toute seule.

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Une protection par anticipation que les créatrices de la marque présentent en ces termes :

Nous avons développé ce produit afin que les femmes puissent avoir le pouvoir d'éviter les conséquences néfastes d'une agression sexuelle. Et pour qu'elles puissent avoir l'esprit tranquille en sortant en boîte, en faisant leur jogging ou bien en allant voyager dans des pays qui ne leur sont pas familiers.

Se cadenasser pour avoir l'esprit tranquille, ça ressemble plus au slogan d'une entreprise de sécurité civile que d'une marque de lingerie. Mais il y a une différence entre sortir de sa maison en la fermant à double-tour pour protéger ce qu'elle contient et se barricader soi-même avant de sortir de chez soi. Si notre corps est le temple de notre esprit, plus qu'à être protégé, ne pensez-vous pas qu'il préfèrerait ne pas avoir à penser au pire ? N'est-ce pas la condition première d'un esprit libre que d'habiter un corps libéré de ses angoisses justement ?

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Racisme ordinaire

Relevons la mention "avoir l'esprit tranquille en allant voyager dans des pays qui ne leurs sont pas familiers" : cette phrase n'est-elle pas symptomatique d'un racisme ordinaire, celui de la peur de l'autre ?

C'est cette insistance sur ce besoin de sécurité et la peur de l'attaque qui rend ce tissu beaucoup moins affriolant qu'il n'y paraît. Mais les deux Américaines n'ont pas vraiment l'air de vouloir considérer ce point.

Tant que des prédateurs sexuels peupleront notre monde, AR Wear aimerait proposer des produits pour les femmes et les filles qui leur offriraient une meilleure protection contre les tentatives de viol, pendant que le travail pour faire disparaître la culture du viol de notre société continue.

"Tant que des prédateurs sexuels peupleront notre monde" .. on mettra des boucliers dans nos culottes c'est ça ? Du moins, cela semble être l'idée... au risque de confondre résistance pacifique et résistance passive.

Par Afifia B, publié le 05/11/2013

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