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Redécouvrez l'Île-de-France grâce à la première carte consacrée à l'architecture brutaliste parisienne

Publié le

par Théa De Gubernatis

Longtemps accusée d'enlaidir les banlieues, l'architecture bétonnée des années 1950-1980 est célébrée dans la première carte consacrée au brutalisme parisien, éditée par Blue Crow Media. Du brutalisme au modernisme, retour sur ces architectures qui ont illustré à une époque une vision fantasmée du futur.

(© Blue Crow Media)

Parfois, les œuvres reçoivent une reconnaissance immédiate. D’autres fois, c'est le passage du temps qui finit par leur donner de l'intérêt. C'est notamment le cas des constructions de style brutaliste. Ces réalisations architecturales singulières font dernièrement un étonnant retour – de la série Trepalium produite par Arte et tournée au siège du Parti communiste français, au tournage du dernier Hunger Games aux espaces d’Abraxas de Noisy-le-Grand (93). Le photographe Laurent Kronental les a immortalisés dans sa série "Souvenir d’un futur" et de nombreux blogs leur rendent hommage.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les constructions 100 % béton se sont mises à pulluler, pour répondre au besoin urgent de logements. Ces bâtiments étaient un terrain de jeu et d’expérimentations inédit pour les architectes commissionnés. Ils ont notamment imaginé une vie en communauté dans des micro-sociétés utopiques, avec des bâtiments tout-en-un. Sauf que ces grands ensembles furent généralement peu appréciés par les citadins (en France, comme en Belgique). Aujourd'hui, il est encore possible de déambuler dans ces architectures modernes. Voici quelques bâtiments, mis à l'honneur par Blue Crow Media dans sa Carte Paris Brutaliste, que vous pouvez découvrir par vous-même :

Maison du Brésil – Paris (1959)

En plein cœur de la Cité internationale universitaire de Paris, se dresse la maison du Brésil, une résidence d'une centaine de chambres. Cette mini-Cité Radieuse de cinq étages flotte sur des pilotis bétonnés et se caractérise par des balcons colorés, qui cassent l'apparence monotone de l'ensemble. Le Corbusier, l'auteur de ce bâtiment, rêvait d’une habitation communautaire aux dimensions parfaites, construite autour de la morphologie humaine – celle d’un homme de 1,83 mètre, pour être tout à fait exacte.

Comment s'y rendre ? 7 boulevard Jourdan, 75014, Paris. Métro 4 Porte d’Orléans, ou RER B Cité Universitaire.

© Samuel Ludwig

© Samuel Ludwig

Les Étoiles – Ivry-sur-Seine (1971)

Dans le centre-ville d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), des formes anguleuses et irrégulières forment un ensemble d'appartements unique, avec des plantes sur d'immenses terrasses qui viennent s'entremêler au béton. Difficile d'ignorer cette structure de balcons en cascade, tant elle est singulière.

Son architecte, Jean Renaudie, n’aimait pas les cubes en ciment, synonymes pour lui d’entassement. Il préférait les étoiles, ce qu'il a montré lors de la rénovation du centre-ville d’Ivry-sur-Seine, en 1971. Il a lui-même vécu dans cette cité, jusqu'à la fin de sa vie, dans un atelier dont il laissait toujours la porte ouverte.

Comment s'y rendre ? Avenue Danielle-Casanova, 94200, Ivry-sur-Seine. Métro 7 Mairie d'Ivry, ou RER C Ivry-sur-Seine

© Paul Maurer

(© Nigel Green/Blue Crow Media)

Le Centre national de la danse – Pantin (1965)

Bordant le canal de l'Ourcq, le CND se distingue par sa façade vitrée et ses ouvertures laissant deviner sa structure imposante. Toute la journée, l’escalier de 18 mètres de haut voit circuler les silhouettes agiles des danseurs résidents. La nuit, les lumières colorées le transforme en arc-en-ciel de béton.

Conçu en 1965 par l’architecte brutaliste Jacques Kalisz, il est en premier lieu la cité administrative de la ville de Pantin (93). Déserté 20 ans plus tard et voué à une destruction pour sa monumentalité difficile à s’approprier, il est finalement transformé en 2003 en centre culturel. 

Comment s'y rendre ? : 1 rue Victor-Hugo, 93500 Pantin. Métro 5 Hoche, ou RER E Pantin

© Agathe Poupeney

© Agathe Poupeney

Les Maisons-Fleurs – Créteil (1969)

"Choux", "épis de maïs"… Autant de surnoms alimentaires pour qualifier ces drôles de cylindres aux balcons en forme de nénuphars géants, installés sur le site de l'ancienne plus grande usine de choucroute de Paris (oui, oui). Plantés par Gérard Grandval, ils firent scandale et eurent de la peine à trouver preneurs dans les mois suivant leur construction. 

Comment s'y rendre ? 2 Boulevard Pablo Picasso, 94000 Créteil. Métro 8 Créteil Préfecture, ou RER D Le Vert de Maisons.

(© Nigel Green/Blue Crow Media)

Les espaces d’Abraxas et les Arènes de Picasso – Noisy-Le-Grand (1978-1983)

À Noisy-le-Grand, Ricardo Bofill et Manuel Nunez-Yanowsky n’y sont pas allés de main-morte : des bâtiments d’une vingtaine d’étages, des couloirs labyrinthiques et un mélange d’inspirations diverses, entre colonnes grecques, théâtre antique et camemberts géants. Déambuler dans cet étrange décor donne le tournis.

Comment s'y rendre ?
Les espaces d'Abraxas et les Arènes Picasso. RER A, Noisy-le-Grand Mont d'Est.

Les espaces d'Abraxas.(© Ricardo Bofill)

Les "Camenberts" de Manuel Núñez Yanowsky.

Les Tours Aillaud – Nanterre (1977)

"Quelle horreur !", se serait exclamé Valéry Giscard d'Estaing en découvrant ces tours qui ont l'air d'être recouverte de carrelage de salle de bain. Conçus par l'architecte Émile Aillaud en 1976, ces 18 gratte-ciel se confondant avec le ciel (par beau temps seulement) sont toujours très controversés, en partie pour un problème d’entretien coûteux.

Comment s'y rendre ? Allée de l'Arlequin, 92000 Nanterre. RER A La Défense

Les Orgues de Flandre – Paris (1970-1980)

Inattendues au milieu de ce quartier aux architectures basses, ces quatre tours ressemblent à des figures de proue. Du haut de la trentaine d'étages qui les composent, elles dessinent des creux dans le ciel et forment un orgue hors-norme. L'un des bâtiments, le "Prélude", est le plus haut immeuble d’habitation de la capitale avec ses 123 mètres (38 étages), symbole de l'obsession du gigantisme des années 1970-1980.

Cette symphonie de béton est l’œuvre de l’architecte allemand Martin Schulz van Treeck, qui s'efforça d'imaginer la vie des habitants dans ces tours grâce à une invention ingénieuse : le relatoscope, une sorte de mini-caméra pouvant se promener dans la maquette du lieu.

Comment s'y rendre ? : 1 allée des Orgues de Flandre, 75019 Paris. Métro 7, Crimée ou Riquet.

(© Nigel Green/Blue Crow Media)

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