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Vidéo : quand quatre potes voyagent de Bangkok à Paris en tuk-tuk

À la fin de leur mission dans une ONG, quatre jeunes gens ont rallié Paris en Tuk-Tuk, le fameux triporteur utilisé en Asie du Sud-Est.

Il y a trois semaines, Laurène, Louis, Charles et Tanguy (quatre potes âgés de 24 à 27 ans) rentraient d'un périple d'un an et demi entre l'Asie et la France. Volontaires pour l'ONG Enfants du Mékong pendant un an, ils ont décidé de rentrer en France en tuk-tuk. Un périple de six mois qui les a menés à travers le Laos, la Chine, le désert de Gobi, la route de la soie et le Bosphore. Pour Konbini, Louis revient sur cette aventure solidaire baptisée "Les Facteurs du Mékong". 

De Bangkok à Paris en tuk-tuk! from Facteurs du Mékong 2 on Vimeo.

Konbini | Comment vous est venue cette idée de voyager en tuk-tuk ?
Louis | Il y a deux ou trois ans, il y avait déjà eu une édition de ce voyage appelé Les Facteurs du Mékong (par les gens de la même association). Un soir, avec Laurène, on a regardé leurs vidéos et on s'est dit : "On part." À partir de ce moment-là, on a tout mis en œuvre pour que cela se réalise. L'idée du tuk-tuk vient du fait que c'est le véhicule d'Asie du Sud-Est par excellence et c'était l'opportunité de parler de l'association Enfants du Mékong qui scolarise les enfants dans sept pays d'Asie ( Viêtnam, Thaïlande, Laos, Philippines, Cambodge, Birmanie et Chine).

Comment avez-vous établi votre itinéraire ?
Si on regarde bien la carte, on est partis de Bangkok, en Thaïlande, directement plein nord vers la Chine. Si on partait vers l'ouest, donc vers l'Inde, on se tapait l'Himalaya et ensuite on arrivait direct en Afghanistan et au Pakistan… Il y a des limites ! On a été obligés de passer beaucoup plus au nord et de redescendre ensuite par tous les petits pays en "stan" que l'on ne connaît pas bien. Après on a dû remonter par la Turquie, sinon on devait traverser l'Irak et la Syrie, et ce n'est pas le moment ! Quant à l'Europe de l'Est, on choisissait un peu au jour le jour.

Itinéraire de 6 mois de Laurène, Louis, Tanguy et Charles aka les  Facteurs du Mékong 2 - Image facteursdumekong2.com

Itinéraire de 6 mois de Laurène, Louis, Tanguy et Charles aka les Facteurs du Mékong 2 - Image facteursdumekong2.com

Quels sont les avantages et les inconvénients du tuk-tuk comme moyen de locomotion ?
En fait, le tuk-tuk n'a que des inconvénients  et un seul avantage : il nous rend super sympathiques ! Notre tuk-tuk était vert fluo et les gens ne sont pas habitués à en voir, surtout à partir du Moyen-Orient. Du coup, dès que l'on s'arrêtait quelque part on avait 50 personnes autour de nous. Et cela nous permettait d'être invités chez les gens sans même avoir à leur demander. C'était très pratique et ça nous a permis de faire un maximum de selfies avec les locaux !

Et sinon, les inconvénients, il y en a eu beaucoup, beaucoup... Par exemple, on a dû monter sur des routes à 4 000 mètres d'altitude et le tuk-tuk n'est pas du tout fait pour ça. Puis, entre la Turquie et l'Iran, il faisait -20 degrés et, comme les bâches étaient toutes pétées, c'était ouvert de partout. On était obligés de s'arrêter toutes les heures pour aller courir parce qu'on ne sentait plus notre corps.

Le tuk-tuk n'est pas tout terrain, ici en Chine - Photo facteursdumekong2.com

Le tuk-tuk n'est pas tout terrain. Ici, en Chine. (© facteursdumekong2.com)

Où logiez-vous ?
On nous invitait et, parfois, on s'invitait un peu aussi. Sinon, on avait des tentes et des sacs de couchage de compète, car on savait qu'on partait en plein hiver. On n'avait pas un énorme budget mais, en Asie, c'est facile de dormir dans des petits hôtels sans dépenser beaucoup.

À quoi ressemble une journée type en tuk-tuk avec quatre potes ?
Quand on se réveille sous la tente le matin, il y a de la neige donc il faut déjà attendre qu'il fasse un peu "chaud" pour que tout dégivre et que l'on puisse replier nos tentes. Ensuite, on fait quand même beaucoup de route car on avance à 30 kilomètres/heure. Et surtout on filme beaucoup.

Le soir, notre but c'était de trouver des gens qui nous accueillent. Donc on allait dans les bars et les restaurants. Si on sonne chez les gens, ils ont peur. Si on boit une bière avec eux ou que l'on regarde un match de foot, ils sont plus rassurés. On demandait aux restaurants si on pouvait dormir dans leurs cuisines ou dans leurs salons, ou bien on demandait aux clients du resto si on pouvait dormir chez eux.

On a passé beaucoup de temps aux frontières aussi, parce qu'il y a des frontières bien pourries sur ce chemin-là et qu'ils n'avaient jamais vu de tuk-tuk de leur vie – enfin si, un, il y a deux ou trois ans ! On a passé entre huit et quarante-huit heures à chaque frontière… Comme on prenait le chemin des migrants on a quand même eu pas mal d'emmerdes.

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Avoir un tuk-tuk, c'est aussi avoir des amis... (© facteursdumekong2.com)

Justement, as-tu des anecdotes à nous raconter à ce sujet ?
Une nuit, en Turquie, pendant qu'on dormait sous notre tente, on s'est fait réveiller par des mecs qui hurlaient. On ouvre nos tentes, il faisait zéro degré et il y avait quatre kalachnikovs pointées sur nous. On ne le savait pas à ce moment-là mais c'était le jour des attentats d'Istanbul et on était à 100 kilomètres de la ville.

Et sinon, comme expérience bizarre il y a eu le Turkménistan qui est un tout petit pays de timbrés. Le précédent dictateur a fait construire une statue de lui de 100 mètres de haut, en or et qui tourne avec le soleil. La capitale, Achgabat, est entièrement construite en marbre parce qu'il n'aimait que le blanc. Ce pays-là c'est comme la Corée du nord mais en moins connu. Ça ressemblait un peu à une secte : non seulement t'as pas le droit de prendre de photos, mais t'as pas non plus de droit de t'arrêter de marcher ni de rouler. Sinon, tu te fais arrêter parce que tu es suspect. Les autorités n'ont pas voulu que l'on sorte du pays, parce qu'on était arrivés à 17 heures et que les frontières ferment à 17 heures. Donc le lendemain matin, on s'est retrouvés dans ce pays, sous nos tentes, clandestins.

Bloqués à Almaty au Kazakhstan - Photo facteursdumekong2.com

Bloqués à Almaty au Kazakhstan. (© facteursdumekong2.com)

Un souvenir positif mémorable à partager pour équilibrer ?
Mon meilleur souvenir, c'est notre arrivée en Iran, juste après le Turkménistan. Ça fait des années que l'on entend parler de l'Iran en France, et pas forcément en bien. Le premier jour où l'on est arrivés, on s'est posés sur une petite place et plein de gens sont venus autour de nous. On s'est retrouvés dans une petite famille qui nous a accueillis au milieu des tapis et ça faisait penser au film Persepolis. La petite fille du foyer criait et courait partout, et la mère de famille – qui était obligée de porter le tchador dehors – une fois à l'intérieur, mettait des petites claques à son mari en lui disant d'aller faire la cuisine.

Elle était clairement la reine de son foyer alors que dehors on n'avait pas le droit de la voir. C'était dingue, parce que ce que l'on voyait dans la rue n'avait aucun sens avec ce que l'on voyait chez les gens. Ils boivent tous de l'alcool, ils ne font jamais la prière, contrairement à la Turquie. C'était un monde complètement différent et, surtout, une culture, un humour et un esprit que l'on avait pas encore vus dans les pays asiatiques. C'est vraiment une société qui n'a pas grand-chose à voir avec ce que l'on voudrait qu'elle soit. Et c'est le peuple le plus accueillant que j'aie jamais vu.

Partie de foot en Iran - Photo facteursdumekong2.com

Partie de foot en Iran. (© facteursdumekong2.com)

Peux-tu nous parler du volet associatif de votre projet Les Facteurs du Mékong?  
Il s'agit de promouvoir l'ONG Enfants du Mékong, pour laquelle nous avons tous les quatre été volontaires durant l'année qui a précédé notre voyage. On a pensé que ce serait pas mal de réaliser notre rêve – faire le tour du monde – en mettant en lumière cette association et en essayant de lui trouver de nouveaux parrains, c'est-à-dire des gens qui donnent de l'argent tous les mois pour scolariser les enfants en Asie.

On a décidé de ramener dans notre tuk-tuk les lettres que les enfants ont écrit pour leurs parrains en France. Évidemment, cela aurait été plus vite en avion mais c'était pour le symbole, et c'est pour cette raison que l'on se nomme Les Facteurs du Mékong. Enfin, depuis que l'on est rentrés en France, on a donné une vingtaine de conférences pour parler de notre voyage et de notre travail. Et c'est ainsi que l'on a réussi à trouver entre 50 et 60 nouveaux parrains.

Ecoliers au Laos - Photo facteursdumekong2.com

Écoliers au Laos. (© facteursdumekong2.com)

Comment avez-vous financé ce périple ?
Il faut bien préciser que l'on n'a pas du tout utilisé les fonds des Enfants du Mékong pour financer notre voyage ! On a bossé un an auparavant pour trouver notre budget, on a monté un site et contacté des médias. On a démarché des entreprises que l'on connaissait par notre réseau ou que l'on supposait pouvoir être intéressées. Celle qui nous a le plus aidés, c'est l'entreprise Paris Tuk-tuk qui fait du tourisme en tuk-tuk à Paris (et qui nous a racheté le nôtre à la fin). Comme gros partenaires, on peut citer Audacia qui investit dans les PME, ainsi que des dons.

Quels sont vos prochains projets ?
Après un an et demi on a un peu tous changé notre façon de voir les choses. Moi, par exemple, je souhaite me reconvertir dans le journalisme, et il y en a un qui va sûrement repartir en Asie. On va essayer de trouver un travail et de gagner notre vie tout simplement.

Retrouvez toutes les aventures et les vidéos des Facteurs du Mékong 2 sur leur site officiel, leur page Facebook, leurs comptes Twitter et Instagram
Pour en connaître davantage sur l'ONG Enfants du Mékong et peut-être vous engager vous aussi pour la scolarisation des enfants d'Asie, c'est par ici

À lire -> Entretien : il réalise un tour du monde "zéro carbone"

Par Jeanne Pouget, publié le 04/04/2016

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