AccueilÉDITO

Vidéo : elle slame puissamment contre le sexisme en Inde

Publié le

par Mélissa Perraudeau

@https://www.youtube.com/watch?v=75Eh5OnNeoY&feature=youtu.be

Aranya Johar est une slameuse de 18 ans qui s’est fait remarquer grâce à son poème puissant contre le sexisme et les agressions dont les femmes sont victimes en Inde.

Aranya Johar vit à Bombay et s’exprime par le biais de slams justes et puissants. Elle est devenue célèbre en un temps record sur Internet grâce à une vidéo. Publiée sur la page Facebook d’UnErise Poetry le 11 mars dernier, elle comptabilise désormais quasiment trois millions de vues – sans compter les autres plates-formes de diffusion. Intitulée A Brown Girl’s Guide To Gender, la vidéo montre la jeune femme déclamer un slam qu’elle a écrit en moins d’une semaine pour la Journée internationale des droits des femmes.

Être une femme en Inde, entre agressions et objectification sexuelle

Avec force et émotion, elle y décrit le sexisme ordinaire et la violence inacceptable qui sévit en Inde. En 2012, le pays avait été secoué à la suite du viol collectif et du meurtre d’une jeune femme appelée Nirbhaya, à New Delhi. Les attaques à l’acide sont également monnaie courante, à l’image de Laxmi Agarwal, attaquée par un homme qu’elle avait rejeté.

Aranya Johar a expliqué à BuzzFeed que l’idée de ce slam lui était venue après une discussion avec ses amies sur les agressions et le harcèlement qu’elles avaient subis, et les atrocités endurées par Nirbhaya et Laxmi : "Elles ont été toutes deux si malchanceuses, et elles sont pourtant si réelles. Ça pourrait arriver à n’importe qui." Son slam commence par ces mots :

"Le premier garçon qui m’a tenu la main m’a dit que les hommes ne voulaient pas entendre parler de saignements vaginaux. Mon jeune moi pouvait sentir la misogynie. Les vagins ne sont là que pour être baisés, les seins ne sont là que pour être léchés, les bouches ne sont là que pour sucer."

Elle dénonce ainsi l’objectification sexuelle des femmes et le comportement que la société indienne attend de ces dernières :

"Ma taille doit être comparée à un sablier, ma voix doit susurrer : 'Oh, s’il te plaît, vite.' Pourtant, on me fait taire, parce que l’on ne me résume qu’à des interactions sexuelles. Pas juste moi, mais ma mère, mes sœurs, mes amies."

La dénonciation du patriarcat et de la culpabilisation des victimes

Cette objectification se double d’une sexualisation à outrance : à 12 ans, on a "sexualisé" les bretelles de son soutien-gorge, alors qu'"à côté de ça, [les femmes] n’ont pas de foutus droits sexuels". Sa tante a par exemple été victime de viol conjugal en toute impunité. Cette menace du viol est omniprésente : elle raconte qu’il est risqué pour une femme d’être dehors après 20 h 30, et que sa mère lui dit de ne pas trop sortir en jupe. Elle explique l’oppression qui en découle, la dépossession de son propre corps :

"Alors je porte des jeans longs et des hauts qui vont jusqu’au cou, je ne montre pas mon décolleté et dissimule mes hanches, je ne veux pas que l’on croie que je le cherche."

Une façon aussi de dénoncer la culpabilisation des victimes, une attitude qui revient à nier le crime commis par l’agresseur, ainsi que le slut-shaming, c’est-à-dire le fait de stigmatiser, culpabiliser une femme sur sa tenue ou son comportement sexuel présumé ou avéré. La faute à une société patriarcale, qui fait qu’il y a peu d’hommes en lesquels elle peut avoir réellement confiance.

Un appel entendu et compris

Elle termine son slam sur une note d’espoir, la confiance qu’a sa mère en notre génération pour "améliorer le monde et le rendre légèrement plus facile pour chaque fille". Avant de faire un appel collectif aux hommes, remerciant ceux qui sont présents, et appelant les autres à entendre son message.

Aranya Johar a d’ailleurs confié à BuzzFeed que même si quelques hommes trouvaient son poème "exagéré", d’autres lui avaient demandé "comment ils pouvaient aider". Et qu’elle n’avait pas dû se justifier une seule fois dans les commentaires postés sous sa vidéo, parce qu’on le faisait pour elle. La preuve que ses mots parlent à beaucoup de personnes, en Inde et partout ailleurs.

À voir aussi sur konbini :