Par Mélissa Perraudeau

Pour la première fois en France, un gala va récompenser des médias et personnalités pour leur représentation de la communauté LGBTQ. Faites place aux premiers Out d’or, qui seront décernés le 29 juin prochain.

Alfonso Herrera et Miguel Ángel Silvestre dans Sense8. © Murray Close/Netflix @http://www.imdb.com/title/tt2431438/mediaviewer/rm208548864

Alfonso Herrera et Miguel Ángel Silvestre dans Sense8. (© Murray Close/Netflix)

En 2016, les actes homophobes ont augmenté de 19,5 %. L’Association des journalistes lesbiennes, gays, bis et trans (AJL), créé en 2013 pendant les Manifs pour tous, a décidé d’encourager la visibilité de la communauté avec une initiative sans précédent en France. Les journalistes se sont inspirés du gala américain GLAAD Media Awards, qui a été lancé en 1990 et se tient depuis tous les ans. Organisé par la Gay & Lesbian Alliance Against Defamation ("Alliance des gays et lesbiennes contre la diffamation"), il récompense des médias et personnalités pour leur travail de représentation des LGBTQ. La France aura son premier gala du genre le 29 avril prochain à la Maison des Métallos à Paris. Alice Coffin, coprésidente de l’association, a confié à Unicorn Booty qu’il s’agissait de faire se rencontrer le milieu militant associatif et les médias :

"Le gala est né du constat qu’il y a une grande imperméabilité entre le milieu associatif et militant et les organes de presse. L’écart entre la sphère militante et les vecteurs d’opinion susceptibles de porter un discours est immense. […] L’idée est de réunir ces deux mondes, avoir des stars, des personnalités et les mettre en contact avec le travail militant."

"Faire émerger les questions LGBTQ dans les médias traditionnels"

Le gala va réunir pour la première fois en France les hommes et femmes politiques ouvertement LGBT, et la remise des prix sera précédée d’une rencontre-débat sur les élus LGBTQ. La fin de la soirée sera festive, avec selon les organisateurs "trois figures de la nuit LGBT" qui "distilleront leur sélection musicale de qualité". Car les Out d’or se veulent très positifs, l’idée étant avant tout de valoriser les initiatives positives et de montrer des modèles inspirants. Mathieu Brancourt, membre de l’AJL, a souligné pour Têtu :

"Notre objectif est de faire émerger les questions LGBTQ dans les médias traditionnels et de récompenser ceux qui ont aidé à la visibilité de la communauté. On veut récompenser les meilleures initiatives des médias sur ces sujets."

Il y aura neuf prix : quatre pour les reportages de médias classiques (journaux, magazines, YouTube et réseaux sociaux), quatre pour les personnalités ayant travaillé à la visibilité LGBTQ (dans la culture comme la politique ou le milieu de l’entreprise), et un pour la personnalité de l’année. Ce seront l’humoriste Shirley Souagnon et la journaliste Marie Labory qui animeront la soirée, aux côtés de parrains et marraines qui seront bientôt annoncés.

Une nouvelle approche du problème

L’enjeu est de taille pour l’AJL, qui avait distribué un kit de lutte contre la parole homophobe intitulé "Informer sans discriminer" aux médias français en 2014, tout en leur proposant de signer une charte contre l’homophobie. Malgré "une vraie prise de conscience" selon Mathieu Brancourt, en particulier du côté des médias (cinquante rédactions ont signé la charte), l’association constate l’ampleur du travail qu’il reste à effectuer. Le journaliste a ainsi confié à Têtu que de "grands groupes télé et radio" manquaient à l’appel, comme Le Figaro qui les avait accusés de vouloir "former un lobby gay". Et certaines rédactions qui ont signé la charte n’ont pour autant pas changé leur traitement de l’information. Les Out d’or, qui devraient se tenir chaque année, permettront donc une nouvelle approche du problème, positive et valorisante, pour continuer à "faire de la vigie et à interpeller les médias aussi longtemps qu’il le faudra".