L'auteur du Projet Crocodiles répond au refus de son expo

Le trouble règne à Toulouse autour de la BD Les Crocodiles de Thomas Mathieu. Selon le PS, quinze planches extraites de l'album auraient dû être exposées mardi 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Le moment est venu de s'intéresser de plus près au travail du dessinateur bruxellois.

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(Crédit Image : Projet Crocodiles)

Le harcèlement de rue et les violences faites aux femmes, Thomas Mathieu, blogueur et dessinateur de BD, en a fait son sujet de travail. Depuis juin 2013, il publie sur son Tumblr des témoignages parfois très crus sous forme de BD, "un moyen d'expression ludique", explique-t-il, pour mieux faire passer la pilule. Quinze planches de l'album auraient dû être exposées, selon les élus PS, mardi 25 novembre à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

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Bien que les élus PS locaux trouvent les raisons de ce non-lieu obscures, Julie Escudier, conseillère municipale en charge de l’égalité femmes-hommes et présidente de la commission "cohésion sociale" de Toulouse Métropole, a tenu à s'exprimer dans La Dépêche pour éclaircir l'affaire.

Ce projet faisait partie de plusieurs projets que nous avons examinés en commission pour la journée du 25 novembre. On a estimé qu’il était difficile d’exposer au moins deux de ces bandes dessinées sur l’espace public. Nous considérons qu’il n’est pas nécessaire de heurter pour faire campagne contre les violences faites aux femmes. C’est dommage que l’affaire prenne une tournure politique.

Les deux planches dont parle la conseillère municipale traitent de la lesbophobie et du viol conjugal, rapporte Le Monde. La première met en scène un couple de lesbiennes harcelées dans la rue par les propos suivants : "Hey les lesbiennes, vous voulez ma bite dans votre cul ?", "Ça vous dit un plan à trois ?".

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La seconde parle d'un sujet tabou, le viol conjugal, dans une planche qui met en scène la sodomie forcée d'une femme par son conjoint et toute la difficulté que cela représente pour elle : "Merde, mais je peux pas crier au viol, c'est mon mec, je l'aime".

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(Crédit Image : Projet Crocodiles)

"J'apprends que ma copine souffrait du harcèlement de rue"

Les Crocodiles font couler bien de l'encre. Qu'est-ce qui a donné l'envie à Thomas Mathieu de s'attaquer à un tel projet ? Le court métrage de Sofie Peeters, Femmes de rue (à voir ici), qui s'intéresse de près au harcèlement de rue a été l'élément déclencheur. L'idée murissait par ailleurs dans sa tête depuis un moment. "Il y a quelques années, j'avais sorti une bande dessinée sur le thème de la drague, vue par les mecs, explique-t-il à l'ObsAprès ça, prendre le point de vue inverse, avec les femmes, semblait logique". 

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Il décide de puiser dans les expériences de ses amies et s'étonne du nombres d'histoires qu'elles ont à raconter. Certaines d'entres elles sont "parfois assez trash", comme il l'explique à Konbini. "J'apprends, ajoute-t-il encore, que ma copine souffrait pas mal du harcèlement de rue". Il finit par s'éloigner de son cercle rapproché pour donner la paroles aux internautes. Il reçoit alors "énormément de mails". La Toile lui permet d'avoir "un contact direct avec les gens" qui sont de surcroît "plus réactifs".

Il décide de représenter les hommes sous forme de crocodiles pour créer un concept graphique. L'idée ne plaît pas à tout le monde. "Certaines personnes trouvent ça stigmatisant, avoue-t-il. Elles ont l'impression que je mets tous les hommes dans le même sac. En même temps, le harcèlement de rue, c'est un acte collectif". Pour illustrer, il n'hésite pas à employer un langage plus que familier qui ne fait que refléter la réalité.

À Toulouse, la polémique enfle

Tout le monde ne semble, pourtant, pas prêt à l'entendre. C'est tout le débat qui anime actuellement la ville de Toulouse où certains élus PS accusent d'autres élus UMP d'avoir censuré une exposition sur Les Crocodiles, qui aurait dû avoir lieu mardi 25 novembre. L'élue UMP, Laurence Katzenmayer a dénoncé auprès du Monde le "caractère provocateur et parfois vulgaire de certains textes".

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(Crédit Image : Projet Crocodiles)

Thomas Mathieu n'hésite pas en effet à retranscrire des phrases très agressives comme "Hey les lesbiennes, vous voulez ma bite dans votre cul ?" extraite d'un dessin illustrant la lesbophobie et faisant partie des textes qui ont posé un problème à la mairie de Toulouse. Pourtant, même s'il comprend qu'il faille "être préparé pour se plonger dans certains témoignages", le dessinateur trouve "violent" de juger certaines de ses histoires "vulgaires".

Certes, il peut y avoir des mots vulgaires. Je ne vais pas pour autant changer les témoignages pour que les harceleurs soient polis. Il faut bien montrer la réalité, aussi choquante soit-elle.

S'il avoue qu'on ne peut pas classer son travail dans la rubrique "littérature jeunesse", il conçoit que "dès l'âge de 15-16 ans", des ados puissent s'y intéresser. "Ils comprennent le message puisqu'ils vivent déjà dans cette réalité".

Un projet qui éveille les consciences

Ce qui est sûr, c'est que le projet Les Crocodiles éveille les consciences de ceux qui s'y intéressent, y compris les hommes. "Certains m'écrivent pour me dire qu'ils ont enfin ouvert les yeux et avouent qu'ils ont été eux-mêmes un peu crocodiles". À l'abri des regards, le viol conjugal concerne chaque année, en moyenne, 201 000 femmes qui se déclarent victimes (physiques ou sexuelles). Il en est de même pour la lesbophobie.

Selon un sondage réalisé par SOS homophobie en 2014, 59% des femmes interviewées en ont été victimes au cours des deux dernières années et 18% d'entre elles ne manifestent jamais d'affection à leur partenaire en public. Ces deux problèmes sont bien réels, n'en déplaisent à la mairie dirigée par Jean-Luc Moudenc. 

Article co-écrit avec Anais Chatellier

Par , publié le 26/11/2014

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