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Témoignage : comment mon lycée de banlieue m’a aidé à assumer mon homosexualité

Publié le

par Konbini

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Ce 17 mai, c’est la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie. Fabrice a donc voulu témoigner de l’homophobie qu’il a subie au collège et dans sa vie quotidienne, mais aussi de l’oasis inattendue qu’il a trouvée dans son lycée de Seine-Saint-Denis, un département souvent stigmatisé. La preuve pour lui qu’il y a de l’espoir !

<em>Glee</em> fut l'une des toutes premières séries à montrer un exemple de lycée progressiste et à traiter les personnages homosexuels correctement. (© Fox)

En primaire tout allait encore bien : je n’étais pas pleinement conscient de mon homosexualité, et les enfants ne faisaient pas de différence. Tout a changé au collège, à tous les niveaux : j’étais conscient que j’aimais les garçons et non les filles, mais aussi que cette différence n’était pas du tout acceptée par mes semblables. Je cachais donc mon homosexualité du mieux que je le pouvais. Sauf qu’apparemment mon comportement, mon parler et mes affinités le laissaient deviner, correspondant par malchance aux clichés des gays qu’avaient mes petits camarades. J’allais de plus dans un petit collège familial, dans une zone pavillonnaire où tout le monde se connaissait et, surtout, où tout le monde se ressemblait — à part moi. L’homophobie était donc présente au quotidien. Je me souviens d’une anecdote en particulier : des camarades avaient refusé que je joue avec eux sous le simple prétexte que j’étais peut-être homosexuel. C’est ce jour-là que j’ai pleinement pris conscience que ma différence était un critère d’exclusion et de stigmatisation. Je devais faire attention à chaque parole, geste ou comportement pour ne pas donner l’impression d’être homosexuel. Les remarques et le ton provocateur m’avaient forcé à cacher qui j’étais, même à mes amis les plus proches.

Quand le moment d’entrer au lycée est arrivé, j’ai choisi un établissement différent de celui de mon secteur. Un très grand lycée, entre des cités et une zone pavillonnaire, proposant de nombreux cursus. Cela me permettait de changer complètement de camarades et de contexte. Mais je n’étais pas vraiment serein pour autant. J’allais dans un lycée du 93, et les stigmatisations du collège me faisaient craindre de nouvelles années difficiles, peut-être plus violentes. La peur d’être méprisé et insulté, de devoir encore affronter puis soutenir les regards de désapprobation était tout ce que j’avais en tête en entrant en seconde. La peur d’être, dès le premier jour, catalogué comme "le mec gay" était ma principale préoccupation… Le réflexe de dissimuler ma préférence était devenu la norme, j’avais l’habitude de contrôler chaque fait et geste par peur de dévoiler mon homosexualité.

Un lycée à la tolérance salvatrice

Mais très vite, tout m’a donné tort. J’ai découvert un lieu radicalement différent de ce que j’avais envisagé. C'était un espace de bienveillance et de sécurité. Je n’avais plus aucune raison de me cacher. Mes camarades, tout comme les professeurs, ne semblaient pas considérer l’homosexualité comme un critère de différenciation. Assez rapidement, j’ai compris que je pouvais y être moi-même… Au point que j’ai fait mon coming out auprès de mes amis pendant mon année de seconde.

Dans ce lycée, tout comportement homophobe ou sexiste était considéré comme honteux. Pour la première fois depuis le collège, où la situation était à l’extrême opposé, je n’avais pas à appréhender la réaction de mes camarades. Le lycée m’a donné un lieu d’expression, d’épanouissement et d’affirmation de soi que je n’ai trouvé nulle part ailleurs. Bien sûr, tout n’était pas parfait, et j’ai parfois vu et entendu des remarques homophobes. Mais à chaque fois il y avait quelqu’un, un camarade ou un professeur, pour réagir, interpeller et sensibiliser. Je n’ai donc jamais été seul face à l’homophobie dans mon lycée. Et mon engagement dans de nombreuses associations lycéennes a renforcé ce sentiment d’acceptation et de tolérance. Grâce à mes camarades et mes amis, j’ai pu grandir dans la bienveillance, sans l’ombre d’une remarque.

Je pense que cela s’explique en partie par le fait que ce lycée est fort d’une grande diversité sociale et culturelle, pour moi un critère fondamental dans l’acceptation des différences. On y trouve des filières extrêmement différentes, comme une section linguistique internationale ou un BTS audiovisuel, ou encore un bac pro gestion-administration. Le public est donc varié, et les gens ont l’habitude de cohabiter. D’autant plus que les professeurs sont engagés dans la lutte contre toutes les formes de stigmatisation, ce qui assure un certain respect et une certaine sensibilisation à l’acceptation de la différence. Il y a par conséquent un engagement fort des élèves, qui se sont par exemple mobilisés contre la loi Travail ou s’investissent dans des cafés géopolitiques. La Maison des lycéens est très active, et l’altruisme est au cœur des relations.

UNL syndicat de masse ! #UNL #Paris #LoiTravail #Manif #9Avril #France

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Partout ailleurs, l’homophobie

À force de me sentir libre d’être moi-même tous les jours, j’en suis venu à croire, bien trop naïvement, que les années de honte étaient derrière moi. Autant vous dire que ça a été une sacrée déconvenue quand je me suis rendu compte que mon lycée était vraiment une exception. La première fois que l’homophobie m’a de nouveau frappé de plein fouet, c’était lors d’un contrôle de police. J’étais à un rassemblement contre la loi Travail justement, et un gardien de la paix m’a fouillé. Il n’a pu s’empêcher de m’avertir que je "ne devais pas prendre de plaisir" lors de la palpation.

Une prise de conscience violente que l’homophobie était en réalité omniprésente une fois la porte du lycée fermée, y compris via les personnes qui auraient dû être des figures de protection et de justice. Une fois en couple, j’ai également découvert les regards et remarques de stigmatisation dans la rue, au cinéma… dans la vie de chaque jour. Tenir la main de mon copain, dans la rue ou tout autre espace public, était source d’appréhension. Ma seule oasis, c’était mon établissement du 93, le seul endroit qui semblait épargné par l’homophobie ordinaire de notre société.

Alors voilà, je suis aujourd’hui en terminale, et je m’apprête à passer le bac. Mes années lycée m’ont permis de m’affirmer, de me connaître et surtout de ne plus avoir honte, mais d’être fier de qui je suis. D’intégrer que mon homosexualité n’est pas un critère de stigmatisation, que je n’ai pas à être insulté, rejeté ou violenté pour mon orientation sexuelle. Je quitte donc ce lycée du 93 avec force, fierté, affirmation… mais aussi avec crainte.

À nous de faire gagner la tolérance

J’ai tellement peur de perdre ce climat de bienveillance lors mes études supérieures, mais aussi que mon lycée perde cette tolérance exceptionnelle. La semaine dernière, on m’a rapporté qu’une intervention de sensibilisation de SOS Homophobie s’était mal passée, que des élèves plus jeunes avaient fait des remarques ouvertement homophobes. Cela montre que le combat pour nos droits et l’acceptation n’est pas et ne sera jamais fini. Mais cela n’enlève rien aux belles années que je viens de vivre, et j’ai souhaité témoigner aujourd’hui pour transmettre un message d’espoir.

Notre société avance, mais pas assez vite, et pas assez loin. C’est à nous, la jeunesse, de nous rassembler et de lutter chaque jour un peu plus pour nos droits afin de faire gagner la tolérance face à la violence d’une France étroite d’esprit, incarnée récemment par la Manif pour tous et le FN. C’est à nous de faire en sorte que chaque jeune victime de harcèlement physique ou moral en raison de son orientation sexuelle différente garde espoir, sans jamais perdre la fierté de qui elle est, de qui nous sommes. Je suis la preuve que c’est possible, même quand on s’y attend le moins. Je suis convaincu que la haine ne triomphe jamais éternellement.

Propos recueillis par Mélissa Perraudeau

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