Reportage : après les attentats, ils se sont tatoués Paris

Depuis les évènements tragiques du 13 novembre, nombreux sont ceux qui ont décidé de se faire tatouer un symbole, une devise. Ils ont Paris dans la peau, et souhaitent plus que jamais s'en souvenir.

Je m'appelle Daphné Bürki, je suis parisienne, je suis française. Sur mon bras il est tatoué 'Paris', Paris ma ville dont je suis fière, celle où on danse, celle où on s’instruit, celle où on s’embrasse, celle qui est libre.

C'est avec ces mots que la journaliste introduisait "La Nouvelle Édition" de Canal + ce lundi 16 novembre, trois jours après les attentats meurtriers qui ont endeuillé la capitale. Rappelant plus que jamais son amour indélébile et impérissable pour sa ville.

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Depuis ce week-end, ceux qui ont depuis longtemps Paris gravée dans la chair, semblent regarder leur tatouage d'un autre œil, comme s'ils avaient retrouvé toute la symbolique, toute la force originelles de ce dessin corporel.

C'est le cas de Maud, qui arbore depuis trois ans, à l'arrière de son bras droit, les contours d'une France au centre de laquelle se trouve, à la place de la capitale, un cœur. Pour cette parisienne de 27 ans, comme pour Daphné Bürki, son tatouage avait une saveur toute particulière en se réveillant samedi dernier :

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J'étais encore plus fière que d'habitude d'avoir ce symbole gravé en moi pour toujours. Quand j'ai décidé de le faire il y a trois ans, c'était pour clamer haut et fort mon amour pour Paris, la beauté de cette ville et le bien-être et l'épanouissement qu'elle m'apporte.

Au lendemain de cette tragédie, je me suis remémorée toutes les belles choses que je vis ici, mes amis, la fête, la joie, parfois la tristesse aussi... Je me suis sentie plus que jamais parisienne.

"Cautériser notre plaie"

Et puis il y a tous ceux qui ont décidé de passer sous les aiguilles du démographe au lendemain de ce 13 novembre. Un geste fort, parfois thérapeutique, qui permet en tout cas de ne pas oublier, et de se réunir.

En me levant samedi matin, après avoir passé une bonne partie de la nuit à m'assurer que tout le monde était en bonne santé, j’ai mis un post sur Facebook pour proposer aux gens qui avaient envie de se tatouer le logo de Paris ou tout autre symbole en lien avec, de passer au shop le samedi et les jours qui suivaient.

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Depuis ce matin-là, Gumo, tatoueur de 36 ans officiant au Phylactere à Boulogne, a accueilli des dizaines de personnes.

Une planche de flashs proposée par Gumo © Gumo

Une planche de flashs proposée par Gumo © Gumo

Des Tour Eiffel, des "Fluctuat nec mergitur" ou encore des dessins que l'artiste avait réalisés cet été, époque où le Paris Saint Germain brillait, champion de France. "À mon niveau je ne peux pas faire grand-chose pour soulager les gens, nous explique l'artiste, mais je me suis dit que ça permettrait à ceux qui le souhaitent d'ancrer ce moment dans leur vie, mais aussi de se rassembler".

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Et d'ajouter :

Pendant toute la séance on parle des événements, puis on parle d'eux, de leur vie, de ce qu'ils font ou ont envie de faire dans le futur. On parle de VIE. Ça nous rapproche tous et toutes dans ce moment, le tatouage vient, en quelque sorte, cautériser notre plaie.

"Battu par les flots mais ne sombre jamais" © Gumo

"Battu par les flots mais ne sombre jamais" © Gumo

"Les pieds solidement ancrés dans le sol, à l'image de ses habitants"

Parmi ces tatoués, il y a Alba, 24 ans. Lundi dernier, cette musicienne s'est fait encrer une Tour Eiffel, haut symbole de Paris, "une ville avec laquelle j'ai une relation très forte, dans laquelle j'ai mes habitudes, mes repères, mes amis", décrit-elle.

Elle raconte :

Samedi 14 novembre, au lendemain des attentats qui ont eu lieu à Paris, Thomas, un ami, m’a parlé de la démarche de Gumo [...] qui proposait à ceux qui le souhaitaient de passer se faire tatouer selon le principe du walk-in (sans rendez-vous) des flashs en rapport avec Paris. Vu ce qui c'était passé, et vu la façon dont ça m'avait touchée, j'ai ressenti le besoin d'affirmer mon amour et mon soutien à ma ville et à ses habitants.

J’y suis donc allée avec Thomas (qui a choisi de se faire tatouer la devise de Paris "Fluctuat nec mergitur" dans le cou), on a rencontré Gumo ; il proposait deux planches de flashs, et j’ai tout de suite repéré la Tour Eiffel, très fine, très détaillée graphiquement, mais aussi avec une symbolique forte : ce ciel orageux autour de cette tour imposante, symbole des épreuves subies par la ville, et la Tour au milieu, fière et forte, toujours là, les pieds solidement ancrés dans le sol, à l'image de ses habitants.

La Tour Eiffel d'Alba © Gumo

La Tour Eiffel d'Alba © Gumo

Paris et au-delà

D'autres, beaucoup d'autres, à l'instar de Gumo, Alba et Thomas, ont récemment décidé d'inscrire leur ville dans leur corps, dans leur cœur.

Dans un des salons les plus côtoyés de la capitale, le dessin de Jean Jullien est devenu le principal, sinon le seul symbole réalisé par les artistes-tatoueurs depuis ces cinq derniers jours. Jeudi 19 novembre, ces artistes annonçaient sur les réseaux sociaux qu'ils tatoueraient gratuitement. Nous avons rencontré quelques-unes de ces personnes désireuses d'être estampillés "Parisiens" du bout d'une aiguille.

Jules, 20 ans, étudiant :

 

Juliette, 24 ans, étudiante :

Ce tatouage c'est une identité, un acte. Le symbole ne me plaît pas spécialement mais dans 50 ans quand j'aurai des petits enfants, je serai contente de leur raconter ce que j'ai vécu.

 

Rebecca a 23 ans :

Je n'avais pas de tatouage et je me suis dit que c'était l'occasion de me faire tatouer pour la première fois.

Et le mouvement se prolonge au-delà des frontières parisiennes.

À quelques kilomètres de la capitale, le studio CaféInk, basé au Havre, a décidé d'offrir le tatouage du dessin de Jean Jullien à ceux qui le souhaitaient, comme annoncé sur la page Facebook du studio, samedi 14 novembre à midi :

Puisque nous ne devons pas nous incliner face à de tels actes et puisqu'il faut rester unis nous avons décidé d'offrir, cet après-midi, ce petit tatouage (3 x 3 cm) à ceux qui le souhaitent.

1 tatoueur dédié de 14h à 18h.

Peace !

#‎NousSommesUnis‬

Article écrit en collaboration avec Inès Bouchareb.

Par Naomi Clément, publié le 20/11/2015

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