Tatouages couleurs : bientôt interdits ?

Depuis le Mondial du Tatouage en mars dernier, les tatoueurs ont eu la mauvaise surprise d'apprendre que certains pigments utilisés pourraient être interdits à partir de janvier 2014. La fin des tatouages couleurs ?

Un Français sur 10 serait tatoué aujourd'hui. Pourtant, un arrêté daté du 6 mars 2013 met en cause les pigments utilisés dans certaines encres de tatouages. En effet, ceux-ci seraient cancérigènes. Si la loi est mise en application, les tatoueurs n'auront plus le droit de les utiliser à partir du 1er janvier 2014.

Crédit image : Alice Carrier

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Et le problème c'est que ces pigments sont présents dans quasiment toutes les couleurs : seuls le blanc, le noir, le vert et le bleu seront autorisés - et encore dans une palette très limitée. Le monde du tatouage est en alerte, cette loi provoquerait la fin des pièces couleurs et entraînerait la fermeture de nombreux salons spécialisés.

Quels sont les risques ?

Se faire tatouer n'est pas anodin et comporte des risques, comme le rappelle le Syndicat National des Dermatologues et des Vénéréologues. Allergies, maladies de peau, les réactions sont fréquentes après un tatouage. Il n'est pas rare en effet que des démangeaisons ou des gonflements surviennent, mais la plupart du temps ces effets secondaires disparaissent avec une simple crème corticoïde. Il vaut mieux tout de même consulter un dermatologue avant de passer à l'acte. 

Afin de prévenir les dangers relatifs aux tatouages, le Syndicat National des Artistes Tatoueurs s'est engagé à délivrer une fiche d'information à leur clientèle.

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Crédit image : Alice Carrier

Quid des encres de couleurs ? Elles ne sont pas inoffensives et contiennent des métaux (aluminium, chrome, cuivre, mercure, etc.) ainsi que des hydrocarbures (dérivés du pétrole) qui peuvent se révéler dangereux. Il faut garder à l’esprit que ce sont des produits cancérigènes, même si elles sont présentes en traces infimes. Mais voilà : la composition des encres est connue depuis toujours, alors pourquoi s'en inquiéter maintenant ?

Les tatoueurs contre-attaquent

Suite à la parution de l'arrêté du 6 mars 2013, le Syndicat National des Artistes Tatoueurs (SNAT) a réagi. Tin-Tin, président du SNAT et tatoueur professionnel à Paris, a adressé une lettre aux directeurs de la Direction Générale de la Santé (DGS) et de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), afin de mettre en exergue le dilemme auquel les tatoueurs français vont devoir faire face à l'avenir :

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- Soit bannir la majeure partie de leurs couleurs de leurs étagères et effectuer exclusivement des travaux en noir, blanc, gris, vert ou bleu (palette très limitée pour ces deux dernières couleurs) ;
- Soit continuer à utiliser leurs couleurs habituelles, autorisées sur l'ensemble du territoire européen à l’exception de la France, et se trouver par conséquent en situation d’illégalité.

Tin-Tin, tatoueur professionnel à Paris et président du SNAT. (Crédit photo : Bernard Bisson)

En effet, si la loi entre en vigueur, la France serait le seul pays de l'Union européenne à interdire ces produits. Les personnes qui voudront se faire tatouer à l'avenir devront soit le faire en dehors du territoire français, soit le faire de manière clandestine, par un professionnel agissant dans l'illégalité, voire même par un tatoueur non formé.

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Une situation alarmante que Tin-Tin dénonce dans sa lettre :

Au vu du fléau du tatouage clandestin et à domicile que nous dénonçons avec force depuis plusieurs années, cela engendrera immanquablement une augmentation des complications cutanées et sans aucun doute des problèmes d'infection, et ce sans aucune traçabilité [...]

Le SNAT a été convié à une audition à l’Assemblée Nationale le 27 novembre - rien n'est encore gagné. D'ici là, pour soutenir la cause des tatoueurs, une pétition populaire a été mise en ligne.

Par Sarah Barbier, publié le 20/11/2013

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