Style Wars 2 : une suite loufoque du célèbre documentaire

Le célèbre documentaire de Steve Cooper et Henry Chalfant Style Wars s'est vu offrir une suite par les artistes Veli Vilver et Amos Angeles. Mais pas comme l'original.

Style Wars

Affiche du film Style Wars 2

Quand on évoque l'histoire du graffiti et de sa découverte par le grand public trois oeuvres viennent d'emblée en tête. La première, peut-être la moins sérieuse mais la plus important de par son impact sur le grand public, est le film Wild Style réalisé par Charlie Ahearn sorti en mars 1983. L'histoire d'un jeune graffeur, "ZORO" au prise avec les évolutions de l'expression vers les galeries et la marchandisation.

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Dans un style documentaire, il est impossible de ne pas évoquer (en deuxième lieu) Spray Can Art (1987) et Subway Art (1984) tant les deux livres ont participé à l'émergence et à la connaissance du phénomène. Mais aussi et surtout Style Wars. 

Style Wars : le documentaire de l'entre-deux

Diffusé en 1983 à la télévision américaine (sorti en salle en 1984), réalisé par Tony Silver et Henry Chalfant, Style Wars est encore aujourd'hui une référence. Le documentaire présente l'ambiance de la scène new-yorkaise au début des années 1980 (du "writer's bench" où ces activistes de la peinture aérosol se rencontraient et échangeaient, aux virées nocturnes dans les couloirs du métro et les dépôts de train), mais également les tensions que suscitent cette pratique.

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D'abord, une crispation des autorités publiques autour de l'enjeu : les réalisateurs sont ainsi allés à la rencontre des responsables du nettoyage des rames du système ferroviaire de la ville nichée sur les bords de l'Hudson, des services de police, et relate également la position du pouvoir politique (de la municipalité) face à la question.

Le film est disponible en streaming un peu partout sur la toile. Comme ici d'ailleurs...

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Mais une tension subsiste également au sein de la scène : entre volonté d'embellissement des trains par des peintures léchées et "matraquage" de pièces standardisées pour que son nom circule le plus vite possible, les réalisateurs montrent au travers d'entretiens individuels, collectifs, mais également d'images prises sur les vifs, les hésitations de cette culture naissante.

À cet égard on peut attribuer au long métrage le qualificatif de film de l'entre-deux : entre une expression vandale désintéressée du style et la valorisation artistique des pièces. Entre une expression "ésotérique" réservée à un public averti et la reconnaissance massive du phénomène en cours d'expansion.

30 ans après, que faire ?

Et 30 ans après la sortie de Style Wars, c'est dans une entreprise ambitieuse que les artistes Veli Vilver et Amos Angeles se sont lancés. Une suite de Style Wars pose en effet une question tant technique (comment définir le graffiti aujourd'hui, globalement) qu'esthétique ou qualitatif. Le film de Tony Silver et Henry Chalfant semblait épuiser le sujet.

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Et plutôt que faire mieux, le duo suisso-slovaque semble avoir avoir pris le parti pris d'aborder le sujet "autrement". Pendant cinq ans les deux compères ont parcouru le monde, rencontré des figures du mouvement (Henry Chalfant "himself"), des anciens (Seen, Quik, Jonone), des stars (on voit dans les deux trailers la "belle" gueule de Shephard Fairey aka. OBEY à l'écran) mais également des anonymes, des gens croisés dans la rue, et même des individus qui ne semblent pas avoir grand chose à voir avec le mouvement et pour qui le terme graffiti n'évoque probablement pas grand chose si ce n'est une souillure sur sa porte de maison.

Style Wars 2 a plus l'air d'être une variation libre autour de l'objet graffiti qu'une réelle contribution à l'histoire du mouvement. Vevi & Amos n'ont pas pris l'objet au pied de la lettre - faire un panorama exhaustif de ce qu'est le graffiti aujourd'hui - mais nous invite plutôt à une ballade farfelue dans les méandres de leur psyché autant que dans les recoins de la scène.

Après un premier trailer publié il y a deux ans de cela (et un second il y a quelques semaines), le film a été présenté dans le cadre du festival du film slovène le 15 septembre dernier. Après de nombreuses diffusions sur le continent nord-américain, les "screenings" en Europe tombe au compte-goutte. On ne désespère pas néanmoins de découvrir cette réalisation bientôt dans les salles obscures françaises.

Par Tomas Statius, publié le 11/12/2013

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