Le street-artist ukrainien "Banksy de Donetsk" illustre son arrestation

Emprisonné début août pour son street-art engagé contre les séparatistes russes en Ukraine, celui que l'on surnomme le "Banksy de Donetsk" illustre la violence qu'il a subie lors de son incarcération. 

Une des illustrations

Une des illustrations du futur livre de Serguei Zakharov sur les violences qu'il a subies lors de son incarcération.

En juillet, le collectif Myrzilka a commencé à semer un peu partout dans Donetsk, ville de l'Est de l'Ukraine occupée par les Russes, des caricatures ridiculisant les séparatistes. Comme cette fresque représentant leur chef, Igor Strelkov-Guirkine, un pistolet sur la tempe avec le slogan de Nike "Just do it". Ou encore ces figures contreplaquées de séparatistes en tenue de camouflage et maquillées comme des clones, disposées un peu partout dans la ville.

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En utilisant son art pour dénoncer la guerre, le meneur du collectif Serguei Zakharov s'est vu octroyer rapidement le surnom du "Banksy de Donetsk", un titre plutôt honorifique dans le monde du street-art.

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Des oeuvres du street-artist

Des oeuvres du street-artist engagé Serguei Zakharov avant son incarcération.

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Un livre d'illustrations sur le calvaire qu'il a vécu

Mais il faut croire que les attaques satiriques de ce groupe d'artistes militants ont fini par lasser les insurgés qui capturaient dans la nuit du 6 août le meneur du collectif. Pendant plusieurs semaines, ses acolytes ne savaient pas où il se trouvait et quand ils allaient enfin pouvoir le revoir. Libéré depuis peu, Serguei Zakharov est désormais en sécurité à Kiev et compte bien dénoncer, à travers l'art toujours, la manière dont il a été traité par les rebelles.

"Il est en train de travailler sur un livre d'illustrations au sujet de ce calvaire", rapporte un article de Foreign Policy repéré par Le Monde. Des croquis en noir et blanc reproduisant les tortures qu'il a subies pendant sa captivité. Selon le média américain, pendant dix jours, Zakharov a été battu à coups de matraque lui brisant ainsi plusieurs côtes, avant de subir de nouvelles tortures  :

Au milieu de la nuit, il arrivait que les gardes se saoulent et prennent certains des prisonniers pour les emmener dans un autre bâtiment où ils nous frappaient à nouveau. On m'a ensuite enfermé dans une boîte en fer petite où deux personnes pouvaient à peine tenir et laissé pendant deux jours sous le soleil brûlant. J'ai perdu connaissance.

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Une des illustrations du futur livre de Serguei Zakharov sur les violences qu'il a subies lors de son incarcération.

Devenu la cible des militants dans la République Populaire de Donetsk, Zakharov sait qu'il y est désormais persona non grata. Mais pour passer les contrôles en dehors de la ville, il avait besoin de ses papiers qui étaient restés dans le bâtiment qui abritait le Service de sécurité ukrainien, lieu où il a été incarcéré la première fois. Il se retrouve de nouveau capturé.

Cette fois-ci, la famille et les amis du street-artist font tout pour obtenir sa libération et ce n'est qu'après d'innombrables appels qu'ils finissent par obtenir gain de cause. S'il avoue désormais avoir été négligent à l'époque et est encore marqué par les incarcérations douleureuses qu'il a vécues, il confie néanmoins au Foreign Policy :

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J'ai été heureux de voir les réactions positives des gens face à mon travail. Pour moi, c'était la preuve que, malgré leur silence, il y avait encore beaucoup d'adversaires dans la ville.

Par Anaïs Chatellier, publié le 23/10/2014

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