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Le street-artist français Zoo Project retrouvé mort à Détroit

Publié le

par Louis Lepron

Le corps du street-artist français Zoo Project a été retrouvé dans la ville de Détroit aux États-Unis. De la Tunisie aux États-Unis, parcours d'un artiste libre qui voulait "sentir le vent de la révolution"

Voilà près d'un an que sa famille n'avait pas de nouvelles de Bilal Berreni. Derrière ce Parisien né dans le XXe arrondissement, le street-artist Zoo Project. Depuis ses 15 ans, il s'amuse avec les murs de Paris et peint d'immenses fresques.

Zoo Project, à Paris

En mars 2011, à l'âge de 20 ans, il décide de partir pour la Tunisie, alors que le pays est en pleine révolution. Sur place, il commence à dessiner les martyrs de la révolution tunisienne, ceux qui ont été tués lors des manifestations par les autorités. Des familles viennent le voir, une photo à la main, des gens s'attroupent derrière ses dessins et il ira même jusqu'à exposer des portraits sur des panneaux en carton avenue Bourguiba.

Au Monde, qui réalise un portrait de lui en juin 2011, il dira :

Au départ, ce n'était pas mon projet, les martyrs. Je ne suis pas dans le culte des héros, c'est un truc mortifère. Mais ces martyrs n'étaient pas des têtes brûlées, ce sont des victimes innocentes. En Europe, on veut absolument que ce soit une révolution gaie.

Mais ce n'est pas le cas, ce que veulent d'abord les gens, c'est que les responsables de cette sale guerre soient interpellés. Ils demandent réparation. Ces portraits leur redonnent voix.

Zoo Project - Tunisie

Zoo Project - Tunisie

Puis ce sera dans un camp de réfugiés, celui de Choucha, dont il entend parler. Situé à la frontière libyenne, il rassemble des Libériens, Sénégalais ou Somaliens. Là, il se renseigne, devient ami avec des Ivoiriens, a sa propre tente, se fond dans le quotidien des réfugiés, peint des corps sur des drapeaux blancs, expose, participe à des manifestations pacifistes.

Toujours au journal Le Monde, il affirme, bien conscient de la limite de son art comme de l'art en général :

Ils savaient que je ne pouvais rien pour eux, que je n'avais aucun pouvoir, que je ne ferais rien avec ces dessins. C'était gratuit.

Sur son site, de nombreuses images illustrent son travail :

Exposition Choucha, Zoo Project

À l'été 2012, il est à New York. Selon Laurent Carpentier, un de ses proches, il vend des pizzas et dort dans des parcs. D'après lui, le Français est arrêté quelques templs plus tard dans l'Ohio pour être monté dans un train de fret.

Après une période en prison, il débarque à Détroit mais ne reste qu'un mois : il repart à New York pour rentrer en France et conduire un projet de film qui le verra traverser huit pays aux côtés d'Antoine Page. Le résultat, dont il sera le dessinateur et le co-réalisateur, s'appelle C’est assez bien d‘être fou.

Mars 2013, il est pour la deuxième fois de retour aux États-Unis, à Détroit. Le 29 juillet 2013, il est tué d'une balle dans la tête selon le Detroit Free Press et son corps est retrouvé à même la rue. Mais personne ne sait qui il est.

Il restera des mois à la morgue avant ce mois de mars 2014, où il est identifié. Ses vêtements, "si uniques", intriguent la police. Ils proviennent de l'Armée du Salut. Un detective voit aussi un style européen du côté de ses bottes. Ses empreintes concordent dans une base de données plus importante. Comme le souligne le Detroit Free Press, "maintenant que son nom est connu, son assassinat reste un mystère". Finalement, on en saura très peu de ses tribulations aux États-Unis.

D'après son père, Mourad Berreni :

Il était un être éveillé, pur, qui n'a fait aucune concession avec la société.

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