En images : un photographe capture les faiblesses d'anonymes

"What I Be Project" ?  Une série d'images réalisées par le photographe Steve Rosenfield. Ce dernier a capturé les sentiments d'insécurité de personnes qui font face à son objectif. Il invite ses sujets à faire part de leur peur, des remarques ou des actes et des comportements qu'ils ont subits dans leur vie à l'aide d'un procédé simple mais efficace : le raconter sur leur corps.

"J'ai perdu mon bras à 13 ans [...]. On m'a dit que je ne pouvais pas faire telle ou telle chose parce que je n'avais qu'un seul bras [...]. Aujourd'hui, et depuis six ans, je suis tatoueur" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

Pour les besoins de cette entreprise, plus de 1000 personnes ont montré leur faiblesses et leurs secrets à Steve Rosenfield. On trouve de tout dans les sujets abordés : la religion, la carrière, la maladie, le viol, la jalousie, les abus émotionnels comme la sexualité, les problèmes de poids ou de confiance en soi.

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Oui, "What I Be Project" est un projet monstrueux, commencé voilà des années mais qui continue à prendre de l'ampleur à mesure que des quidams (sur le site du projet, il n'est jamais mention de prénoms et encore moins de noms de famille) acceptent de rencontrer le photographe américaine basé en Californie.

"Le projet "What I Be" ne parle que d'honnêteté" écrit-il sur son site. Et de poursuivre : "Aujourd'hui, dans notre société, on nous demande de ressembler ou d'agir selon une certaine manière. Si on diffère de ces "standards", on est souvent jugé, ridiculisé et parfois même tué".

"Mon père a perdu son travail et ma famille se bat plus que jamais. J'ai comme l'impression que mon existence pèse sur ma famille et qu'il y aurait plus d'argent si je n'étais pas dans les parages" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

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"Tout ce que j'étais, ce n'était qu'une statistique de plus, une autre petite nouvelle qui était tellement bourrée qu'elle ne se souvenait plus de qui l'avait violée"  (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

Steve Rosenfield a commencé ce projet avec un espoir en tête : étendre la communication et permettre que la diversité des parcours, dans toute leur violence, soit admise. Pour lui, les personnes qui ont dit oui pour être prises en photo sont "extrêmement courageuses". Il précise :

Elles partagent leur insécurité et exposent un côté qu'ils n'ont jamais partagé à d'autres. En le déclarant, ils affirment qu'ils sont en train de se battre contre ces problèmes, mais que ce n'est pas ce qui les constitue en tant que personne. Le projet n'a pas pour objectif de dire "Tu n'es pas gros" mais de déployer une connaissance sur ce que des personnes peuvent traverser dans la société.

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A travers des centaines de portraits, Steve Rosenfield réussit à nous mettre dans la peau de personnes qui sont inconnues à nos yeux. En complément, il a demandé à ces anonymes d'écrire 500 mots pour décrire pourquoi et en quoi cette "insécurité" leur nuit au quotidien.

"Je ne suis pas mon pays"  (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

"Je ne suis pas mon numéro"  (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

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"Ma principale peur est qu'aujourd'hui je suis transgenre" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

"J'avais 11 ans, c'était un ami de la famille" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

"Je ne suis pas mes émotions" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

"Je ne suis pas ma masculinité" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

"Je ne suis pas mon poids" (Crédit Images : © Steve Rosenfield)

Des projets qui mélangent photographie et écrit

"What I Be Project" n'est pas la première série photographique qui s'aide des mots pour mieux faire parler des êtres. On se souvient par exemple du travail de Kiyun Kim. Cette photographe de 19 ans a illustré le racisme quotidien à travers des portraits : les personnes tenaient entre leurs mains des écriteaux. Dessus, étaient marquées des remarques qu'elles avaient entendues à propos de leur physique.

Fin septembre 2013, nous vous parlions aussi du "Unbreakable Project". A l'image, des victimes de viols qui brandissaient, sur des cartons, les mots de leur agresseur. La simplicité du procédé, accouplé à la répugnance des messages écrits, faisait toute la force du projet.

“Si tu avais tout simplement accepté de coucher avec moi, je n’aurais pas été obligé d’utiliser du “roofie” (GHB, drogue du viol) !”

Par Louis Lepron, publié le 29/12/2013

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