Skateistan, émancipation des jeunes Afghans par le skate

Connaissez-vous Skateistan ? Lancé en 2007, ce programme d'éducation par le skateboard, dispensé aux jeunes de Kaboul, s'exporte peu à peu ailleurs. Découverte.

Les élèves et le staff de Skateistan, sautant depuis un char abandonné juché sur la colline Wazir Akbar Khan, surplombant Kaboul (Crédits image : Jacob Simkin)

Les élèves et le staff de Skateistan, sautant depuis un char abandonné juché sur la colline Wazir Akbar Khan, surplombant Kaboul (Crédits image : Jacob Simkin)

Quel nom étrange que "Skateistan". Pourtant, c'est le patronyme logique qui semblait convenir à son initiative lorsque l'Australien Oliver Percovich a démarré son activité pour encourager les jeunes Afghans de Kaboul à s'éclater par le biais du skateboard.

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Voici quelques mois, Konbini vous parlait de jeunes skaters iraniens. Ici, plus qu'une génération de riders des rues de la capitale afghane, son initiative a une véritable portée sociale : selon le site internet de Skateistan, ce programme "construit la confiance en soi, en les autres, et le capital social entre les enfants" en Afghanistan.

L’idée de Skateistan démarre de manière informelle, lorsqu’un jour de février 2007 Oliver Percovich pose ses trucks sur le sol de Kaboul en Afghanistan. Il suscite alors l’intérêt d’un groupe de jeunes de tous âges et commence à leur dispenser des leçons avec les trois planches emportées dans ses bagages.

Porté par l’engouement des jeunes pour le skateboard et percevant le manque d’activités, Percovich envisage de développer l’idée en faisant venir du matériel et en construisant un skatepark indoor afin de pouvoir accueillir plus d’enfants et particulièrement les jeunes filles afghanes.

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Faire tomber les barrières par le skate

Skateistan est ouvert aux jeunes d’une tranche d’âge allant de 5 à 18 ans, filles et garçons, originaires de toutes les ethnies qui composent le pays et devient un outil d’émancipation et d’ouverture vers l’autre en faisant tomber barrières sociales et ethniques. Le projet se révèle particulièrement intéressant pour les filles souvent mises à l’écart de l’éducation depuis le régime des talibans.

À ce propos, les femmes n’ont pas le droit de faire de vélo en Afghanistan, cette activité étant jugée "inappropriée". Le skateboard devient donc un palliatif idéal pour les jeunes filles.

À l'initiative de Skateistan, des jeunes découvrent les boards lors du "Go Skateboarding Day" (Crédits image : Skateistan)

À l'initiative de Skateistan, des jeunes découvrent les boards lors du "Go Skateboarding Day" (Crédits image : Skateistan)

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Avec la prise d’ampleur de l’initiative, elle est enregistrée officiellement en tant qu’ONG dès 2009 et diversifie son action en proposant aux élèves des activités scolaires et artistiques, telle que la photographie et la formation aux techniques audiovisuelles. En fait, il offre aux enfants travailleurs des rues un programme de retour à l’éducation. Des propos même de l’organisation :

En utilisant le skateboard comme un "appât" pour l'engagement des jeunes Afghans et faire tomber les barrières sociales, Skateistan vise à autonomiser les filles et garçons de toutes les ethnies, et toutes les classes sociales. De plus, Skateistan permet d’accéder à des cours pour fournir une éducation, des compétences et accéder à des formes d'expression de soi.

Depuis 2009, Skateistan dispose d’un complexe sportif et éducatif d’une surface de plus de 5000 m², compte plus de 350 élèves composés à 40% de filles et 50% d’enfants travailleurs des rues. Elle compte le célèbre Tony Hawk comme ambassadeur et vit grâce aux dons reçus ainsi que la vente de produits en rapport avec le skateboard  ou du livre Skateistan - The Tale of Skateboarding in Afghanistan, paru en 2012.

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Kaboul, Phnom Penh, Johannesburg... et après ?

Skateistan a connu un tel succès en Afghanistan que le projet s'est exporté. Outre Mazar-e-Sharif, une ville du nord de l'Afghanistan où un deuxième skatepark a été ouvert dès 2011, le projet a voyagé jusqu'à éclore à Phnom Penh au Cambodge depuis 2011, puis à Johannesburg en Afrique du Sud depuis le printemps 2014.

Le film Skateistan : To Live and Skate Kabul a été uploadé sur Vimeo en 2010. À travers un peu moins de dix minutes d'images de ce projet fou, il dépeint un monde singulièrement loin du vôtre à travers plusieurs portraits saisissants. Comme l'explique un jeune qui bénéficie de ce programme, les passants "croient que [les chaussures des skateurs] sont attachées aux planches par une sorte de champ magnétique".

SKATEISTAN: TO LIVE AND SKATE KABUL from Diesel New Voices on Vimeo.

Article co-écrit par Jérôme Tostain et Théo Chapuis

Par Konbini, publié le 25/08/2014