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Expo : 7 millions d'années d'histoire africaine au fil des routes

S’asseoir au bord d’une route et regarder défiler l’Histoire d’un continent… Visite de la dernière expo du Musée du quai Branly : L'Afrique des routes.

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"L’Afrique a une histoire." C’est sur ce simple (voire évident) constat que commence L’Afrique des Routes, une exposition qui se propose de raconter cette longue histoire : depuis l'époque de Toumaï (le nom donné au plus ancien crâne humain retrouvé, vieux de 7 millions d’années), jusqu'à l’élection au Liberia d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme africaine élue au suffrage universel en 2006.

Considérée comme le berceau de l’humanité, l’Afrique est un continent qui a connu de nombreux changements, dont certains laisseront des traces indélébiles. En effet, les peuples de toute la planète sont venus fouler son sol depuis la Préhistoire. En plus des Égyptiens, les Grecs, les Phéniciens et les Romains ont marqué le continent pendant l'Antiquité. Et bien avant le début de la traite des esclaves à partir du XVIe siècle par les Européens, les Perses, les Arabes, les Indiens et les Chinois y venaient déjà.

Scène nilotique : la chasse des « pygmées », Ier siècle. (© Maëlle Gramond)

Vue de l’exposition. (© Maëlle Gramond)

Une histoire façonnée par les routes

Pour retracer cette histoire aussi passionnante que complexe, la commissaire d’exposition Gaëlle Beaujean (qui est aussi responsable de la collection africaine du musée) propose de s'intéresser aux routes qui ont permis la circulation des cultures et des idées africaines, aussi bien à l’intérieur du continent que vers l’extérieur, sans oublier les apports de l’extérieur – notamment par le biais  des différentes colonisations, arrivées principalement par voie maritime. "Des guerriers, des commerçants, des savants, des personnalités politiques, mais aussi des esclaves africains", sont au cœur de ces flux humains qui ont laissé (et laissent encore !) leurs traces dans les paysages et les cultures africaines

Maquette de la caravelle São Gabriel. (© Maëlle Gramond)

Salière afro-portugaise, XVIe siècle. (© Musée du quai Branly-Jacques Chirac)

Plaque de sel, deuxième moitié du XXe siècle (© Musée du quai Branly-Jacques Chirac,)

Des influences multiples

Le musée du quai Branly réunit donc pour l’occasion différents objets : des outils, des tissus, des vêtements, des matériaux (du cuivre, des coquillages, de l’ivoire), des bijoux, des masques rituels, des cannes, des cartes, des livres et une foule de documents d’archives. Le musée présente aussi des photographies récentes, de nombreuses statuettes et, en toute fin de parcours, quelques œuvres d’artistes contemporains d’origine africaine – comme Pathy Tshindele avec un diptyque, ou l'illustre Yinka Shonibare et son magnifique navire aux voiles en wax, hommage au Radeau de la Méduse de Géricault.

Tous ces objets aussi divers soient-ils portent les traces des cultures du monde entier, qu'ils soient fabriqués avec des matériaux venant d’Europe ou d’Asie, ou bien qu’ils reprennent des motifs océaniens et asiatiques. Et on ressent toutes ces influences qui se croisent et se mêlent jusqu’à faire oublier que certains de ces objets viennent réellement d’Afrique.

Vue de l’exposition. (© Maëlle Gramond)

Mannequin funéraire, style Bembé, Congo, première moitié du XXe siècle. (© Patrick Gries)

Trois colliers en perles de pâte de verre, VIII-Xe siècle. (© Musée du Quai Branly-Jacques Chirac)

Myrlande Constant, Bannière Bawon, 2005 (© Claude Germain)

L'Afrique : carrefour de l'humanité

Parce que parcourue par ces nombreuses routes – terrestres, fluviales, maritimes, mais aussi métaphoriques – l’Afrique est une terre de convergence, un carrefour où se croisent les chemins, où se brassent des civilisations et où se rencontrent des femmes et des hommes.

Si l’exposition réussit à "inscrire l’Afrique dans l’Histoire du monde", la spécificité anthropologique et ethnologique du musée fait peut-être l’impasse sur les routes numériques et les flux Internet qui pourtant parcourent aussi l’Afrique et contribuent à son rayonnement culturel. Même les quelques œuvres contemporaines présentées trop rapidement en fin d’exposition ne suffisent pas à faire sortir l’Afrique des livres d’histoire et à la projeter dans notre présent.

Guy Tillim, Nairobi, 2016 (© Maëlle Gramond)

Yinka Shonibare, La Méduse, 2008 (© Maëlle Gramond)

Pathy Tshindele, Sans titre, 2009 (© Pathy Tshindele)

Si on peut reprocher parfois un manque de point de vue critique sur certaines périodes de l'Histoire du continent africain (comme la colonisation), L'Afrique des Routes réussit néanmoins à nous faire voyager doublement, à travers le temps et l'espace. Après The Color Line, on ne pourra pas retirer au Musée du quai Branly le mérite de mettre en lumière les communautés noires dans toute leur diversité.

L’Afrique des routes, jusqu'au 12 novembre, musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris.

Par Kirkis, publié le 09/03/2017