SEE, un métro nommé désir

On pensait qu'il avait rangé les bombes, et qu'il en avait fini avec les sorties nocturnes ; on se trompait. Le graffeur SEE a lancé une attaque sur le métro parisien. Et partage ses exploits sur sa page Facebook. 

SEE

SEE en pleine action - Photo trouvée sur la page Facebook de l'artiste

Pour plusieurs raisons on peut considérer SEE comme une figure importante du graffiti parisien.

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Toute une époque, toute une équipe

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D'abord pour sa longévité. Actif depuis le début des années 90, le graffeur a redoublé d'efforts au début des années 2000 (comme le note le blog AllCity) avant de tomber en 2003 dans le cadre d'une investigation de la cellule anti-graffiti de la gare du Nord. Il s'est ensuite lancé dans une activité plus "légale" : la peinture sur toile, l'organisation d'exposition ; une transition assez classique pour toute une génération de graffeurs ayant connu les foudres de la répression.

Puis son appartenance. Membre des HG et surtout MPV (pour Métros Parisiens Violés), SEE comptait parmi ses acolytes certains des writers les plus excitants de l'époque (c'est un avis tout à fait personnel) dont VICES, TIIGE, ACE, et DIXE.

SEE, la belle époque...

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Une équipe pour autant décimée par les coups de filets et coups du sort : alors que SEE tombait en 2003, TIIGE suivait le même chemin la même année (selon le livre de Karim Boukercha, Descente Interdite). VICES, quant à lui, est passé entre les gouttes jusqu'en 2007 quand sous le coup d'une condamnation il décide de s'expatrier au Canada (toujours selon le même livre qui présente d'ailleurs une lettre bouleversante du graffeur). Enfin en 2011 on a appris le décès d'ACE.

Le travail de SEE pour une exposition à la galerie 154 en décembre 2012 - Crédit Photo Val-Dan pour AllCity Blog

Et l'histoire aurait pu s'arrêter là. Sauf que...

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SEE : sans limite

Sauf que SEE a décidé de rempiler. Et plutôt que de s'embarrasser d'un changement de blazes, ou de précautions compréhensibles dans son cas, le graffeur a choisi la transparence totale, jusqu'à dévoiler son visage face caméra. Et d'ajouter : "Vous me connaissez déjà. On en a plus rien à foutre aujourd'hui".

Un photo publiée pas plus tard qu'hier sur la page Facebook de SEE

Depuis décembre, l'intéressé publie ainsi à intervalles réguliers des vidéos ou photos de ses exploits sur sa page Facebook. Comme un défi à la RATP et aux autorités. Comme le geste de quelqu'un pour qui la peinture est bien plus qu'une attitude, et la motivation autre que la recherche de célébrité ou la volonté de détruire.

Et cette question du pourquoi est un véritable défi pour quiconque s'est intéressé d'un petit peu près à cet évènement de la scène graffiti parisienne. Car dans un premier temps le revirement est plutôt frappant pour un mec que l'on pensait rangé définitivement ; ce à quoi on peut ajouter la manière assez étonnante qu'il a de médiatiser le fruit de ses virées nocturnes. Interrogé par AllCity, sa réponse est plutôt claire :

Je ne cherche pas le gloire car je n'ai rien à prouver à qui que ce soit, je pense. De deux, descendre et faire un blaze mytho n'a jamais fait partie de ma conception du graffiti. De trois, tu ne connais pas les raisons pour lesquelles je redescends et fais mon Blaze.

Et l'intéressé de poursuivre sur la caractère extrême de son activisme graffiti :

Je sais ce que je fais même si je ne sais pas où cela va me mener. Mourir pour vivre, c'est exactement ça. Comprendront ceux qui veulent comprendre.

Filmées à l'arrache, les vidéos publiées sur le compte YouTube de l'artiste montrent des scènes d'action dans les couloirs du métro, en station (la dernière montre le graffeur peindre les murs bruts de la station Réaumur Sébastopol), et même des courses poursuites dans les boyaux exiguës du réseau RATP.

La dernière vidéo publiée sur le compte YouTube du graffeur il y a six jours de cela. 

En plus d'un intérêt documentaire, elles sont le témoignage d'un mec qui a le graffiti au coeur et en assume les conséquences. Et même si on ne connait pas ses raisons on ne peut s'empêcher de trouver cela émouvant.

Par Tomas Statius, publié le 09/01/2014

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