AccueilÉDITO

En images : la scène metal au Brésil dans les années 80

Publié le

par Théo Chapuis

La sortie de l'autobiographie de l'icône du metal Max Cavalera est l'occasion de jeter un œil sur les clichés de jeunesse du groupe Sepultura. Et de mieux observer la scène metal au Brésil au début des années 80. Plus dépaysant que votre adolescence en baggies à écouter System Of A Down.

On reproche souvent au metal sa pléthore de genres et sous-genres, labyrinthe impénétrable pour les néophytes et source de querelles souvent inutiles pour les connaisseurs. Peu de groupes de metal, ou d'artistes, font l'unanimité parmi tous les metalheads.

Et s'il ne devait rester qu'un seul musicien fédérateur, jouissant de la qualité d'avoir guidé sa barque comme il l'entendait loin des reproches, ce pourrait être Max Cavalera. Le guitariste et chanteur, icône de deux générations de l'histoire du metal, vient de sortir le 15 avril son autobiographie chez Jawbone.

Interviewé par le Phœnix New Times, le vétéran de 44 ans confie quelques extraits croustillants de ses débuts en tant que frontman d'un groupe. Et ce n'est pas toujours glorieux. Jeter du vin au visage de Lemmy Kilmister de Motörhead ; vomir littéralement sur Eddie Vedder de Pearl Jam ; traiter de pute la femme d'Igor, son batteur de frère ; en être réduit à voler une bouteille de vodka, au sommet de l'alcoolisme...

J'ai abusé. Je ne sais pas comment j'ai survécu. À mon top, je prenais 25 comprimés de Vicodin et buvais deux bouteilles de vin par jour. [...] Je ne me rappelle pas vraiment de l'époque Sepultura. C'est brumeux.

Clean depuis huit ans

Alcool, drogues, déchéance... Après une cure de désintoxication, Max Cavalera est clean "depuis huit ans, maintenant". Heureusement, plus qu'un catalogue des cuites les plus mémorables d'une rock star, l'autobiographie révèle aussi de nombreuses informations intéressantes pour les fans du groupe. Comme la rumeur persistante selon laquelle Paulo Pinto Junior, le bassiste de Sepultura, n'avait pas enregistré lui-même ses parties sur plusieurs disques. "C'est la vérité", assure-t-il dans l'interview.

Mais ce qu'on préfère, chez Max Cavalera, ce n'est pas sa carrière, longue, et que le succès n'a pas encore quitté, 30 ans après sa première démo. C'est l'évocation légendaire de son groupe Sepultura. Formé en 1984, le groupe peut se targuer d'être l'un des premiers à jouer du metal extrême au Brésil, du moins à Belo Horizonte, cette ville de plus de 2 millions d'habitants, également ville d'origine de l'actuelle présidente Dilma Rousseff.

Déjà, à l'époque, les frères Cavalera conjuguaient leur amour pour la musique de l'Adversaire avec l'alcool et les drogues. À l'époque, cela leur semblait tout à fait normal :

Les débuts de Sepultura... Je me revois, sautillant sans arrêt sur scène comme un diable de Tasmanie. En général, c'était jamais avant six shots de vodkas et des analgésiques, mais ça ne me défonçait pas. C'était juste du carburant pour le show.

Metal do Brasil

Ces quelques mots vous donnent envie de voir ça ? Ça tombe bien. L'excellent magazine américain Cvlt Nation a compilé une série de photos rares, dont certaines inédites, des débuts de Sepultura. La collection a été rassemblée avec l'aide du blog brésilien Desova.

Mieux que de dépeindre les débuts d'une formation metal historique, ces clichés sont des instantanés surprenants de la scène metal du tout début des années 80, dans ce pays méconnu qu'on nomme le Brésil, dictature militaire jusqu'en 1985.

Pour aller plus loin

Alors que les États-Unis et le Royaume-Uni sont les pays les plus prolifiques en termes de légendes métalliques, Max Cavalera et son groupe Sepultura (avec d'autres groupes séminaux comme Sarcofago) ont contribué à faire découvrir une scène inconnue jusqu'alors : le metal do Brasil.

Après être passé par le death metal (Schizophrenia), le thrash metal (Arise) et l'avoir hybridé en cours de route (Chaos A.D.) Sepultura reste célèbre dans le monde entier pour au moins une chanson, la célèbre "Roots Bloody Roots", chef-d'oeuvre du hit metal minimal sur l'album du presque même nom, Roots, sorti en 1996. Une chanson emblématique.

Mais quel clip, aussi. Sous le règne du metal hémisphère nord, entendre des riffs écrasants illustrés par des images de batucadas, de capoeira et de ce mélange de monothéisme et d'atavisme étrange que les habitants de l'Amérique du Sud ont fait du catholicisme.

C'est beaucoup plus bouleversant que, au hasard, les clips de KoRn à la même époque. C'est peut-être ce qui a incité Canal+, à l'époque, à inviter le groupe sur la scène de Nulle Part Ailleurs.

À voir aussi sur konbini :