Saul Leiter, le génial précurseur de la photo couleur

Saul Leiter est mort le 26 novembre 2013. Il laisse derrière lui l'une des oeuvres photographiques les plus prodigieuses et méconnues.

Dès 1950, alors que le milieu artistique ne jure que par le noir et blanc, il est l'un des tous premiers à explorer la couleur près de 15 ans avant William Eggleston. C'est en tout cas ce qu'il explique lors de son entretien avec Sam Stourdzé, l'actuel Directeur du Musée de l'Elysée à Lausanne :

Un jour, je m'ennuyais. J'ai pris un rouleau de film couleur. J'ai photographié. Ensuite, j'ai reçu une petite boîte avec des dapositives, et ce que j'ai vu m'a plu. Je trouvais ça intéressant. J'ai toujours été attiré par la photographie couleur, même quand elle n'était pas à la mode.

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POSTMEN, 1952

HAIRCUT, 1956
HAIRCUT, 1956
HARLEM, 1960

HARLEM, 1960

Mais au-delà de la couleur, c'est également dans l'art du cadrage et de ses compositions impressionnistes, abstraites qu'il bouleverse les codes de l'époque.

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TANAGER STAIRS, 1954

TANAGER STAIRS, 1954

MAN ON LADDER, 1954

MAN ON LADDER, 1954

SNOW, 1960

SNOW, 1960

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Cette posture en rupture, son humilité et son absence de besoin de reconnaissance le laisse à l'écart des grands rendez-vous artistiques :

Je n'ai jamais eu d'ambition et je n'aime pas beaucoup les ambitieux. Je n'ai pas cherché à faire carrière, j'étais un peu fainéant. Je préférais aller au café, écouter la radio, visiter des expositions. J’ai passé une grande partie de ma vie en étant ignoré. J’en étais très heureux. Etre ignoré est un grand privilège. C’est ainsi que j’ai appris à voir ce que d’autres ne voient pas et à réagir à des situations différemment. J'ai simplement regardé le monde, pas vraiment prêt à tout, mais en flânant. (Catalogue d'exposition - Steidl - janvier 2008)

Né en 1923 Pittsburgh, ce fils de rabbin se heurte violemment à la volonté de son père lorsqu’il décide de quitter ses études de théologie pour rejoindre New-York et se consacrer à la peinture abstraite et à la photographie de rue.

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On devine en haut à droite la silhouette fantomatique du photographe. PARIS – LES DEUX MAGOTS – 1959

On devine en haut à droite la silhouette fantomatique du photographe. PARIS – LES DEUX MAGOTS – 1959

TAXI , 1957

TAXI , 1957

Pour vivre, il collabore avec des magazines de mode comme Harper's Bazaar, mais il marque de sa touche personnelle chaque cliché :

J'ai vraiment commencé comme photographe de mode. On ne peut pas dire que j'ai réussi, mais il y avait assez de travail pour me tenir occupé. J'ai collaboré avec le HARPER'S BAZAAR et d'autres magazines. J'ai eu du travail. C'était une façon pour moi de gagner ma vie. J'avais besoin de payer ma facture d’électricité et mon loyer et j'avais besoin d'argent pour la nourriture. Dans le même temps, j'ai pu faire mes propres photographies.

BUS, 1954

BUS, 1954

SHOE ADVERTISEMENT FOR MILLER SHOES, 1967

SHOE ADVERTISEMENT FOR MILLER SHOES, 1967

Saul Leiter est avant tout un photographe de rue. Il arpente New-York ou les différentes capitales européennes à la recherche d'une émotion, d'un instant de vie. Il peint les êtres en défiant toutes les règles établies, il laisse s'exprimer son instinct, joue avec le cadrage, les plans, la profondeur de champs, pour laisser le regard se perdre dans les multiples niveaux de lecture de ses photos.

Il utilise les reflets, les vitres, la buée pour déstructurer ses sujets qui semblent souvent flotter, dans un univers imaginaire et poétique et pourtant tellement en prise avec le réel :

Je ne sais pas comment j'ai pris telle photo à tel moment ni pourquoi. J'allais à la fromagerie, à la librairie, au café, il y a des choses qui me plaisaient, je prenais des photos. Je ne sais pas si j'ai réussi à faire ce que je voulais : je n'ai jamais su ce que je voulais faire !

Je n'ai pas de philosophie de la photographie. J'aime juste prendre des photos. Il me semble que des choses mystérieuses peuvent prendre place dans des lieux familiers. Je suis sensible à une certaine ambiguïté dans la photographie, ne pas être certain de ce que l’on voit...

Lorsqu’on ne sait pas pourquoi le photographe a pris une photographie, que l’on ne sait pas pourquoi on la regarde, et puis subitement, on découvre quelque chose, on se met à voir. J’aime cette confusion. (Catalogue d'exposition - Steidl - janvier 2008)

PULL C. 1960

PULL C. 1960

FIRE HYDRANT, 1957

FIRE HYDRANT, 1957

463, 1956

463, 1956

Saul Leiter lègue à la postérité des milliers de négatifs qui restent à être découverts et qui viendront certainement nourrir la grande exposition qui permettra enfin à un large public de découvrir son oeuvre prodigieuse.

THE WAITER, PARIS, 1959

THE WAITER, PARIS, 1959

Par Jean-Christophe Israel, publié le 07/03/2014

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