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Reconnaître un faux parmi les tableaux de maîtres, ultime expérience au musée ?

Publié le

par Théo Chapuis

La Dulwich Picture Gallery, célèbre musée de la banlieue sud de Londres, propose à tous ses visiteurs de découvrir le faux qui se cache parmi ses tableaux. Un jeu de piste dont le but est également de réfléchir sur l'art et le rôle du musée.

Heure de pointe à la Dulwich Picture GAllery de South London, dans la banlieue de la capitale du royaume (Crédits image : Dulwich Picture Gallery)

Sauriez-vous reconnaître un vrai d'un faux Rembrandt ? Distinguer une reproduction de la Joconde de la vraie ? Affirmer que l'Olympia accrochée au Musée d'Orsay est bien l'originale peinte par Manet en 1863 ? C'est précisément à ce type de challenge que la Dulwich Gallery de Londres vous invite.

Doug Fishbone, un artiste américain, met au défi les visiteurs du musée de South London de découvrir, parmi 270 tableaux exposés, un faux intentionnellement glissé dans la collection. L'imposture, échangée contre un original, a été réalisée en Chine et commandée via Internet contre la somme de 120£ (soit environ 160€). Ce jeu de piste, intitulé Made In China, se jouera du 10 février au 26 avril.

Tout au long de cette période, visiteurs, curieux et critiques sont invités à émettre leurs suppositions sur Twitter, accompagnées des hashtags #dulwichgallery et #madeinchina. L'exercice vous paraît trop ardu ? Peut-être pas tant que vous pourriez le croire. Xavier Bray, conservateur du musée, assure au Guardian que la distinction est nette :

C'est une réplique d'excellente qualité, quand elle est arrivée nous étions ravis, mais quand j'ai mis les deux [le vrai et le faux, ndlr] côte à côte, ça a été une expérience très intéressante. La différence était instantanément visible.

Poussin, Rembrandt, Rubens... Ces artistes exposés à la Dulwich qui reposent six pieds sous terre depuis belle lurette sont pourtant loin des auteurs de leurs reproductions : le "faux" en question provient de l'atelier de la Meishing Oil Painting Manufacture Company, où 150 artistes, dont des étudiants en art, "reproduisent des tableaux de Botticelli, Van Gogh et Picasso pour des clients du monde entier", comme raconte le quotidien britannique. La région chinoise du Fujian s'est d'ailleurs fait une spécialité de la reproduction de tableaux.

Un peu plus qu'un jeu

Évidemment, il y a quelque chose de délicieusement scandaleux à accrocher un faux délibérément dans un musée aussi classique que la Dulwich Picture Gallery. L'artiste Doug Fishbone développe sa démarche :

Ce n'est pas juste un jeu du genre "Hey, trouvez le faux", ça soulève des questions sérieuses sur comment on voit l'art, comment on apprécie l'art et comment on évalue l'art. L'accrocher à Dulwich donne à notre faux un cachet, une origine : d'où l'intérêt de voir si ça change sa valeur.

Malgré ces questions très sérieuses sur le processus de muséification, le rôle du musée dans l'éducation de l'esthétique, etc. Fishbone n'est pas le dernier quand il s'agit de rigoler. Il admet auprès du Guardian qu'il aurait souhaité vendre des t-shirts au shop du musée portant l'inscription "I failed to spot the replica" ("Je n'ai pas trouvé le faux" en français).

Au bout de trois mois, la Dulwich Gallery lèvera le voile sur l'imposture et accrochera l'original à sa place. D'ici là, vous avez jusqu'au 24 avril pour vous y rendre et participer à cette chasse au trésor inversée – mais aussi vous questionner sur la place d'une œuvre au musée, le sens de la reproduction, et bien d'autres choses.

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