Havana. Ministry of Industry. Ernesto GUEVARA (Che), Argentinian politician, Minister of industry (1961-1965) during an exclusive interview in his office.… Lire la suite

L'histoire derrière l'un des portraits les plus célèbres du Che

René Burri, le photographe suisse qui a immortalisé le Che fumant un cigare, est décédé ce lundi 20 octobre à l'âge de 81 ans des suites d'une longue maladie. Retour sur le cliché qui l'a fait connaître dans le monde entier.

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Portrait du Che réalisé en 1963 par René Burri.

Le nom René Burri ne vous est peut être pas familier. Pourtant, ce photoreporter suisse a contribué à la construction de la mémoire iconographique du XXème siècle en rapportant des photos sur les divers conflits mondiaux et en offrant des clichés de personnalités de l'époque telles que Winston Churchill, Picasso, Le Corbusier, Klimt... et le Che, menton relevé et cigare cubain à la bouche. Un portrait mondialement connu.

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La rencontre avec le Che

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Nous sommes en 1963, peu de temps après le débarquement de la baie des Cochons, le début de l'embargo des États-Unis contre Cuba et la crise des missiles, paroxysme de la Guerre Froide. Le nom du célèbre révolutionnaire argentin Ernesto Guevara, plus connu sous le diminutif Che Guevara, est alors sur toutes les lèvres. Et pour cause, il a renversé, avec Fidel Castro, le régime de Batista quatre ans auparavant.

Pour le photographe René Burri, alors âgé d'une trentaine d'années, c'est une aubaine que de pouvoir immortaliser le guerrillero le plus célèbre. Alors quand on lui demande d'assister à une interview du Che, impossible pour lui de refuser cette mission, même si cela suppose de passer la Saint-Sylvestre loin de sa famille (il est alors en vacances en Suisse) et dans un train jusqu'à Prague pour pouvoir monter dans un avion russe qui l'amènera jusqu'à la Havane.

Là-bas, il retrouve la journaliste américaine vedette du magazine Look, Laura Bergquist qui, après de nombreuses demandes, dégote enfin la tant attendue interview avec le révolutionnaire. C'est ainsi qu'ils se retrouvent dans son bureau du Ministère de l'Industrie. "Tout est resté figé. L’esprit du Che hante toujours la pièce", raconte le photographe zurichois après être retourné sur les lieux lors d'une interview accordée en 2007 à Rue89.

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Les différents portraits pris par René Burri en 1963.

Les différents portraits pris par René Burri en 1963.

Au Guardian, il raconte en 2010 ce dont il se rappelle :

Lorsque j'ai vu que les stores étaient baissés, après nous être introduits, je lui ai demandé en français : "Che, est-ce que je peux ouvrir les stores ? J'ai besoin d'un peu de lumière". Mais il a refusé. Je me suis dit "bon ok, c'est son visage, pas le mien.

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Commence alors un grand débat idéologique entre la journaliste américaine et le Che. "Il ne m'a pas regardé une fois, il a été beaucoup trop occupé à essayer de la convaincre avec des cartes et des graphiques ", poursuit René Burri. Il était "comme un lion en cage" se rappelle-t-il, comme si le fait de se retrouver dans un bureau l'ennuyait. D'ailleurs, il partira deux ans plus tard tenter de répandre son idéologie en Afrique.

C'est ainsi que trois heures plus tard, le jeune photographe, disciple de Henri Cartier-Bresson, connu pour avoir couvert de nombreux conflits sans jamais prendre en photo un seul cadavre, repart avec huit bobines, soit près de 200 photographies. On y voit tour à tour le guerrillero joyeux, triste, soucieux, ambitieux, convaincu et parmi elles, se trouve la fameuse photographie qui continue de façonner le mythe du Che encore aujourd'hui.

 Le Che devenu une icône populaire

Un portrait du révolutionnaire reste cependant encore plus connu que celui de René Burri. Il s'agit du "Guerrillero heroico", immortalisé le 5 mars 1960 par Alberto Korda, lors d'un discours enflammé de Fidel Castro au cimetière de Colon. Cette fois-ci, le Che apparaît l'air déterminé, le visage conquérant et les cheveux en bataille sous son béret brodé d'une étoile argentée.

"Heroico, cliché de Korda réalisée en 1960.

Le "Guerrillero Heroico", cliché de Alberto Korda réalisé en 1960.

Ces deux clichés sont ainsi devenus des symboles de la révolution, montrant un Che Guevara sous un très bon jour, obtenant une répercussion planétaire après sa mort prématurée le 9 octobre 1967 en Bolivie mais aussi échappant à leurs auteurs.

En effet, les deux photographes n'ont jamais récolté beaucoup d'argent grâce à ces clichés alors que la tête du Che a pendant longtemps été et continue à s'afficher sur toutes sortes de supports. Des t-shirts sérigraphiés aux posters en passant par les cartes postales ou encore les tasses, le culte de sa personnalité s'expose partout, si bien que le Che a fini par devenir une véritable icône pop reprise par de nombreux artistes et par la même occasion un produit de consommation.

Aspect contradictoire puisqu'en bon marxiste, un des principes qu'il défendait était l'anti-capitalisme. En tout cas, le désormais regretté René Burri expliquait très humblement au Guardian en 2010 : "Cette photo est connue grâce au type avec le cigare, pas grâce à moi".

Par Anaïs Chatellier, publié le 21/10/2014

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