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"Hervé Di Rosa et les arts modestes", voyage dans la tête d'un artiste hors normes

Publié le

par Bérénice Rebufa

(© Hervé Di Rosa)

Du 22 octobre 2016 au 22 janvier 2017, la collection de Hervé Di Rosa envahit la maison rouge pour nous faire (re)découvrir la vision du chantre des arts modestes. À cette occasion, Konbini a rencontré le célèbre artiste contemporain.

<em>Dirosapocalypse.</em> (© Hervé Di Rosa)

Comme chaque année, la Maison rouge met à l'honneur une collection. Pour la troisième fois, c'est la collection privée d'un artiste qui est présentée sur les murs de la fondation parisienne d'art contemporain. Succédant à Arnulf Rainer (2005) et Jean-Jacques Lebel (2010), c'est le peintre français Hervé Di Rosa qui se dévoile avec une collection pas comme les autres. "Quand on me l'a proposé, j'ai dit : oui, mais moi il n'y aura que des jouets en plastique", nous glisse-t-il avec un accent chantant. Inventeur de l'expression "arts modestes", le Sètois offre une approche différente de l'art contemporain avec l'expo "Plus jamais seul. Hervé Di Rosa et les arts modestes".

"L'art modeste, c'est pour transporter. Ce n'est pas un genre, pas un mouvement historique, pas le nom d'un collectif artistique, c'est juste une manière de regarder les choses différemment. Ça n'a rien à voir, par exemple, avec l'art brut qui est vraiment un genre artistique qui a été défini très précisément par Jean Dubuffet. Ça n'a rien à voir avec l'arte povera, qui est un mouvement des années 1970 en Italie, défini par un critique, etc. Là, au départ, c'est mon regard (comment regarder les choses différemment) et c'est ce regard que j'essaye de partager avec d'autres."

Si Hervé Di Rosa a consacré sa vie aux arts modestes, c'est pour partager cette vision, expliquer aux gens qu'il faut regarder les marges et les périphéries, "les objets, les images, qui finissent à la poubelle ou aux puces" : "Ils ont une importance capitale dans ma formation, et sont depuis une trentaine d'années la source de beaucoup d'artistes." Une façon pour lui de familiariser les néophytes avec l'art contemporain. "Je pense qu'à travers l'objet du quotidien, l'objet inventé, les images qui influencent ces artistes contemporains, on peut arriver à amener n'importe qui devant de l'art contemporain soi-disant compliqué et établir une relation."

C'est d'ailleurs pour ça que, avec Bernard Belluc, il a créé  le MIAM (le musée international des Arts modestes) en 2000 à Sète : "Un laboratoire expérimental où on essaye d'étudier les rapports croisés entre les cultures savantes et populaires." Autour de lui, toute une équipe réfléchit sur la valeur de l'objet et comment l'objet quotidien peu amener un public plus large à venir voir de l'art contemporain, parfois difficile à comprendre. Au sujet de la collection qu'il présente actuellement à la Maison rouge, l'artiste tient ainsi à préciser : "Juste une exposition de mes peintures et mes sculptures, ça n'aurait pas été complet."

Hervé Di Rosa rend de cette manière hommage à ses sources d'inspiration. Au départ, le but du MIAM, c'était surtout de montrer, valoriser ces objets qui ne semblent pas avoir de valeur. C'est la base de son travail : récolter ces objets, documenter la création d'un modèle qui sera ensuite fabiqué à des millions d'exemplaires, c'est pour lui une manière de témoigner du génie humain. "Ça sert à la construction de mon travail. C'est vraiment utile pour moi", développe-t-il.

À travers cette exposition, il rend aussi un hommage appuyé à ses collaborateurs. "Plus jamais seul." C'est une bouteille à la mer lancée par l'artiste vers le collectif. "Je pense qu'on a besoin des autres. Et surtout je m'aperçois que c'est une idée que j'ai et que je défends depuis longtemps mais, aujourd'hui, cette idée est encore plus pertinente et indispensable. [...] On est dans un univers où tout le monde se sépare de tout, chacun se retire dans son petit coin, etc. Pour les artistes, on parle de stars, de starification, ils sont concurrents entre eux, dit-il. De toute manière, personne n'a jamais rien fait seul, on est toujours le résultat d'un collectif, d'un travail de plusieurs personne même si c'est l'artiste qui catalyse." C'est pourquoi il a tenu à apporter cette dimension de groupe à son exposition.

Une occasion aussi pour lui de revenir sur quarante ans de carrière et d'inspiration : "C'est la première fois aussi où j'ose réunir mon travail expérimental, un travail de collection et l'œuvre plus personnelle que constituent ma peinture et ma sculpture", confie-t-il. Hervé Di Rosa est passionné par les figurines, alors c'est toute une mythologie qui se cache derrière ses œuvres. Il aime inventer des personnages et est fasciné par ceux qui les créent. Pour que les siens soit totalement singuliers, il effectue un grand travail de recherche autour de ceux qui existent déjà.

Cette exposition, c'est un voyage dans la tête de l'artiste. Pour comprendre sa vision, son travail, mais aussi ses sources d'inspiration. On commence par les "oiseaux de son père", des leurres pour la chasse que ce dernier confectionnait dans son atelier. Sur la même étagère, on retrouve les céramiques de l'artiste, qui viennent de son atelier au Portugal, un hommage à celles de sa mère, une grande cuisinière.

On arrive ensuite dans un espace dédié aux voyages de Hervé Di Rosa, "Autour du monde". Ses "trésors rapportés" se fondent avec des œuvres réalisées en collaboration avec des artistes locaux. On passe aussi par la salle des "véhicules" où l'on retrouve les jouets pour enfants qui ont fasciné l'artiste.C'est ensuite dans le cabinet de curiosité que l'on peut admirer les figurines récoltées pendant toutes ces années par Hervé Di Rosa. Des petits objets de héros en tous genres remplissent les présentoirs. En descendant, on se plonge dans l'univers sous-marins que l'artiste aime tant pour ensuite atterrir dans son atelier (fictif). Cette salle nommée la Bibliothèque est remplie de livres et des caisses d'objets en tout genre. Un accès privilégié à l'intimité de l'artiste dans sa création.

Anonyme, boîte boutique miniature, Mexique. (© Pierre Schwartz)

<em>El Manto Grande. </em>(© Hervé Di Rosa)

<em>Tête aux petits tas,</em> Ghana, 1994. (© Hervé Di Rosa)

La collection de véhicules de l'artiste.

Hervé Di Rosa, Sous-marin aux coraux. (© Adagp/Pierre Schwartz)

Hervé Di Rosa, <em>Tienda del Senor Maguey</em>, 2000. (© Adagp/Pierre Schwartz)

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