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Curtis, 17 ans, mort à Antony : un témoignage questionne la responsabilité de la police

Publié le

par Mélissa Perraudeau

Vendredi 5 mai, le jeune Curtis est mort alors qu’il tentait de fuir un contrôle de la BAC d’Antony. Si la version officielle implique qu’il ne s’agissait pas d’une course-poursuite, une jeune affirme le contraire dans un témoignage livré au Bondy Blog. Pour les proches de Curtis, il doit y avoir une "action en justice".

Ce vendredi 5 mai, Curtis, lycéen de 17 ans, est mort percuté par un bus alors qu’il fuyait un contrôle de police à Massy (91). C’était vers 17 h 45, le jeune homme conduisait un quad et ne portait pas de casque : fuyant la brigade anticriminalité (BAC) d’Antony (Hauts-de-Seine), il n’a pas pu éviter un bus. Transporté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, il a succombé à ses blessures. Cet accident a été relayé par plusieurs médias, et les différentes versions ont amené une jeune fille affirmant qu’elle se trouvait dans le bus au moment de l’impact à témoigner sur le Bondy Blog. Relayant le communiqué de presse du procureur de la République, l’article du Parisien sur le sujet induit que l’accident était dû à des "pneus lisses" sur le quad et au fait que Curtis ne portait pas de casque. Il aurait été "arrêté à une station-service quand une patrouille de la brigade anticriminalité (BAC) est arrivée". Toujours selon Le Parisien :

"Deux agents ont mis pied à terre et se sont dirigés vers le jeune homme 'dépourvu de casque', afin de 'contrôler et vérifier l’homologation de l’engin', selon un communiqué de Catherine Denis, procureure de la République à Nanterre (Hauts-de-Seine). Le conducteur a alors redémarré et s’est enfui. […] Selon le magistrat, les policiers l’ont perdu de vue et sont remontés à bord de leur voiture de patrouille avant de prendre un autre itinéraire que celui emprunté par le fuyard."

"Le policier fonçait à vive allure derrière Curtis, à 70 kilomètres/heure, sur une route limitée à 30"

Les agents de la BAC auraient ensuite retrouvé Curtis, juste avant qu’il ne percute le bus. Jen D., qui affirme qu’elle se trouvait dans le bus au moment de l’impact, dément cette version officielle, insistant auprès du Bondy Blog sur le fait qu’il s’agissait bien d’une course-poursuite. Elle explique avoir vu la "voiture de la BAC" derrière Curtis : "Curtis était à fond, il fuyait un policier en civil dans une voiture grise." Si elle ne considère pas que la police a causé la mort de Curtis, Jen D. souligne qu’elle a eu une conduite imprudente et doit donc assumer une part de responsabilité dans son décès :

"Ce qu’on peut leur reprocher, c’est de ne pas avoir été prudents dans leur course-poursuite. Comme d’habitude, ils jouaient au chat et à la souris alors que la personne ne portait pas d’arme et n’avait pas de casque pour se protéger. Le policier fonçait à vive allure derrière Curtis, à 70 kilomètres/heure, sur une route limitée à 30, sans sirène."

Jen D. signale également que le policier n’aurait pas "réagi assez vite pour voir comment Curtis allait, alors que chaque seconde comptait".  Elle tient cependant à démentir certains témoignages circulant sur Twitter : "Ce n’est pas la police qui l’a percuté. […] La voiture s’est arrêtée à environ dix mètres de Curtis, sans trace de dérapage, sans rien." Ce témoignage, qui présente une version différente de l’accident, soulève donc des questions quant à la responsabilité de l’agent de la BAC. Le Bondy Blog souligne ainsi que depuis 2014 les forces de l’ordre sont supposées ne "pas engager de course-poursuite avec les deux roues et quads en infraction". D’autant plus qu’une des professeures de Curtis a rapporté au site que "ses élèves font une différence entre la BAC de Massy, qui serait 'plutôt bienveillante avec les jeunes' et la BAC d’Antony, 'des cow-boys selon leurs mots'". Cette professeure s’interroge : "Curtis les aurait-il reconnus et aurait-il voulu fuir leurs méthodes rapportées comme musclées ?"

Une mobilisation pacifique pour obtenir justice

La version officielle et les articles qui en ont découlé ont donc causé l’incompréhension, voire la colère, de l’entourage de Curtis. Son quartier déplore la médiatisation de ces manifestations de colère, au détriment des incitations à la paix et aux "initiatives pacifiques" de sa famille. Pour diffuser un appel à témoignages et comprendre ce qu’il s’est réellement passé, ses proches ont ouvert une page Facebook "Vérité pour Curtis". Enfin, sa famille appelle à une manifestation pacifique ce dimanche 14 mai, et veut diffuser un "message d’apaisement" selon Streetpress, tout en assurant :

"On va tout faire pour que les institutions soient à la hauteur de leur rôle, pour qu’il y ait une action en justice."

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