La collection Martin Wong exposée au Musée de la Ville de New York

Peintre clé du East Village des années 80, Martin Wong était également un collectionneur forcené de graffiti. Sa collection, donnée au Musée de la Ville de New York en 1994, est désormais exposée. 

martin wong

Datant de 1988, le tableau "Howard The Duck" de Lee Quiñones aka. LEE est une des oeuvres clés de la collection (Crédit Image Museum of the City of New York)

Publicité

Né à Portland en 1946, débarqué à New York en 1978 après avoir vécu à San Francisco, Martin Wong fait partie de ceux pour qui la rencontre avec le graffiti n'a pas été anodine.

Peintre d'avant-garde installé à East Village (plus précisément sur Bond Street) dans les années 1980, il est connu pour ses toiles inspirées par la vie de rue retranscrite dans un style que certains décrivent comme "magique et réaliste". L'artiste nourri très vite une relation féconde avec le mouvement comme avec ses acteurs à commencer par les pionniers, LEE, SHARP et DAZE.

Le mouvement est une inspiration à son travail pictural, bien évidemment, mais également un objet inépuisable d'intérêt. Wong a assez tôt collectionné les oeuvres ou autres esquisses d'artistes clés de cette période. En tout, ce sont près de 300 objets qu'il a donnés au Musée de la Ville de New York en 1994, après avoir découvert sa séropositivité, et ce malgré l'intérêt manifesté par des collectionneurs européens.

Publicité

Cinq ans avant sa mort le 18 août 1999.

Martin Wong, "La Vida" - 1988 (Crédit Image Museum of the City of New York)

Pour rendre hommage mais aussi pour dévoiler les trésors qu'il a amassés, 150 oeuvres de la collection sont montrées depuis le 4 février au Musée de la Ville de New York au sein d'une exposition intitulée City As Canvas. Une initiative rare et remarquable qui se concentre uniquement sur la production de "l'âge d'or" du graffiti new-yorkais (fin 1970 - fin 1980).

Publicité

Une direction saluée par le réalisateur de Style Wars, Charlie Ahearn, interviewé par le New York Times :

[L'exposition] met l'accent sur la nature historique de ce mouvement plutôt que sur le contexte du monde de l'art [..].[C'est une] exposition émouvante parce qu'une bonne partie des artistes sont décédée.

Une démarche pionnière

Plus qu'un contemplateur distant du graffiti, Wong en fut un acteur. De par son oeil attentif, les conseils qu'il proféra aux jeunes artistes de la scène et les initiatives qu'il a portées. En 2014, il peut être identifié, sinon consacré, comme l'un des premiers "passeurs" du graffiti.

Publicité

Martin Wong (1946-1999) - (Crédit Image)

Un mec à qui l'on doit la reconnaissance balbutiante de cette forme d'expression artistique par les institutions culturelles. Un de ceux qui défendaient bec et ongle la nécessité de garder trace de cette effervescence artistique. Et de les exposer, chose qu'il entrepris en 1989 avec le "Museum of American Graffiti" installé à son domicile. Bien que le musée ne resta ouvert que six mois, il reste une entreprise marquante dans la jeune histoire du courant artistique.

Dans les colonnes du New York Times, LEE témoigne :

Il a toujours pensé que ces premières créations étaient nécessairement les "jambes" d'un mouvement artistique majeur.

Une position partagée par nombre de collectionneurs à l'époque, et plus particulièrement des Européens comme Wilhem Speerstra, bien que minoritaires parmi les artistes.

"Kings Arrive" (1983), Aaron Goodstone aka. SHARP (Crédit Image Museum of the City of New York)

Interviewé par le New York Times (encore une fois), Aaron Goodstone aka. SHARP commente :

[Cette exposition] est un grand moment pour Martin Wong parce qu'il s'agit véritablement d'une commémoration de sa vision [...]. À l'époque, personne ne pensait que nous aurions de la longévité. Mais Martin aimait la culture de rue.

Un parti pris un peu oublié de nos jours où le coeur des collectionneurs va plutôt vers le neuf. Les résultats de la récente vente "Urban Art" chez Art Curial en sont bien la preuve.

Les oeuvres clés

La collection présentée aujourd'hui dans l'institution new-yorkaise impressionne par sa diversité et l'inclusion d'esquisses, sketches, ou autres pages issues du livre Black Book. Rapide sélection de trucs marquants.

"Death Of Graffiti" (1982), Sandra Fabara aka. LADY PINK (Crédit Image Museum of the City of New York)

"Wicked Gary's Tag Collection" (1970-72), Artistes Divers (Crédit Image Museum of the City of New York)

"Rebels" (1984), Andrew Witten aka. ZEPHYR (Crédit Image Museum of the City of New York)

"Pink Spraycan" (1983), Leonard Hilton McGurr aka. Futura 2000 (Crédit Image)

"Breakfast At Baychester" (1980), Lee Georges Quiñones aka. LEE (Crédit Image)

"Gothic Futurism" (1983), Torrick Ablack aka. TOXIC (Crédit Image)

Page du Sketch Book de Sandra Fabara aka. LADY PINK datant de 1983 (Crédit Image)

L'exposition "City As Canvas" est à voir au Musée de la Ville de New York jusqu'au 24 août. La collection est par ailleurs visible sur le site. Un livre a également été édité, portant le même titre que la manifestation, et inclue une photo du fond, un texte historique et un témoignage (à commander par ici).

Par Tomas Statius, publié le 12/02/2014

Copié

Pour vous :