Par Mélissa Perraudeau

Le gouverneur du Texas a signé une loi excluant l’avortement des assurances maladie privées comme publiques. Les Texanes devront donc souscrire une assurance spécifique pour que leur avortement soit pris en charge.

Les mines sont réjouies sur la photo du gouverneur du Texas Greg Abbott brandissant fièrement la loi anti-choix qu’il vient de signer, entouré du sénateur Brandon Creighton et de John Smithee de la Chambre des représentants du Texas. Comme Broadly le rapporte, ce mardi 15 août les trois Républicains texans se sont rassemblés pour signer la House Bill 214 (HB214), surnommée la loi de "l’assurance viol" par ses opposants démocrates. Un nom malheureusement adapté, puisqu’elle exclut la prise en charge des avortements de toutes les assurances maladie au Texas, qu’elles soient publiques, privées ou fournies par l’employeur, et n’autorise leur prise en charge que dans le cadre d’une assurance séparée. Et ce même en cas de viol, d’inceste ou de malformations sévères du fœtus ; seul un avortement réalisé dans le cas d’une femme enceinte se trouvant en urgence mortelle pourra désormais être pris en charge par une assurance maladie.

Une discrimination sexiste et anti-choix aux (très) lourdes conséquences

Pour être couvertes au cas où elles auraient besoin d’avorter, les Texanes vont donc devoir souscrire à une assurance spécifique, forcément payante. Sauf que ce genre d’assurance n’existe pas encore, et qu’il faudra donc que les compagnies en proposent. Et que les femmes aient les moyens d’y souscrire, si elles "évaluent" qu’elles pourraient tomber enceintes sans le vouloir notamment en se faisant violer dans l’année à venir… Une nouvelle et terrible façon de sous-entendre qu’elles sont coupables des agressions sexuelles dont elles sont victimes, et qu’elles doivent elles en porter la responsabilité, financière comme humaine. Ou encore que c’est de leur faute si elles tombent enceintes sans le vouloir lors de rapports consentis à cause d’un accident ou d’une hyperfertilité, voire qu’elles ne pourraient avoir de rapport sexuel que pour concevoir des enfants… ? Slate rapporte que des législateurs et avocats de droite texans ont justifié la mesure en disant qu’ils étaient jusque-là obligés malgré eux d’aider à financer les avortements simplement en prenant part au système d’assurance maladie qui les couvre. John Smithee, qui a parrainé la loi anti-choix à la Chambre des représentants du Texas, n’a pas hésité à déclarer pendant le débat qui s’y est tenu que la HB 214 permettait une "liberté économique" aux personnes opposées au droit à l’avortement. Au détriment notamment des femmes se retrouvant enceintes à la suite d’un viol, donc.

Le cas du Texas n’est malheureusement pas inédit : Slate explique que la moitié des États américains empêchent les assurances publiques de couvrir les avortements, et que dix de ces États les ont également rayés des assurances privées. L’Utah et l’Indiana autorisent toutefois leur prise en charge en cas de viol et d’inceste, mais ce sont les seuls de la liste. Il va sans dire que cette discrimination de genre a de lourdes conséquences, dont les femmes aux petits et moyens revenus sont les premières victimes. Toujours comme le rapporte Slate, une étude nationale réalisée en 2014 concluait que seulement 15 % des personnes ayant avorté avaient utilisé une assurance privée pour le payer, et que 61 % des personnes ayant souscrit à une assurance privée avaient quand même payé de leur propre poche la pilule ou la procédure parce que les coûts restaient trop élevés avec l’assurance. Un avortement aux États-Unis coûterait pourtant déjà entre 300 dollars pour un avortement médicamenteux précoce, et jusqu’à quelques milliers de dollars pour une procédure chirurgicale réalisée plus tardivement. Ces procédures plus tardives et plus chères seraient par ailleurs souvent dues à des anomalies fœtales indétectables jusque-là, ou à un accès difficile aux soins médicaux.

Une "session législative inspirée par Trump"

CNN signale qu’une autre loi relative à l’avortement, la HB 13, a également été signée ce 15 août. Elle étend l’obligation de faire des rapports pour les avortements à complications. Les médecins vont ainsi devoir les signaler dans les trois jours suivant le diagnostic ou le traitement, en indiquant l’année de naissance de la patiente, son comté de résidence, sa "race" et son statut marital. Une certaine façon de ficher les personnes ayant avorté, que le gouverneur Abbott a justifié par "l’importance absolue" d’assurer "la santé et la sécurité des femmes" que la HB 13 permettrait selon lui grâce à des "données les plus précises" possible.

Joaquín Castro, représentant démocrate du Texas à la Chambre des représentants des États-Unis, a dénoncé une "session législative inspirée par Trump", précisant : "Le gouverneur Abbott nous a amenés dans cette horrible voie de clivage et de colportage de la peur."