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Pourquoi les pyramides mayas sont liées au ciel (mais pas forcément aux étoiles)

Publié le

par Nadège Joly

From the western part of Belize you can easily get into Tikal, Guatemala, an ancient Mayan city. It was totally worth the long day, these ruins are stunning there are not words or photos that can properly do this amazing site justice.

La découverte récente d'un jeune Canadien a beau être remise en question par certains spécialistes, une chose est sûre : les pyramides mayas sont des odes au ciel.

Le site maya de Tikal, au Guatemala. (Nate / CC / Flickr)

Depuis des siècles, elles sont là. Pour la plupart recouvertes de végétation sauvage, les pyramides mayas perdurent dans la jungle d’Amérique centrale. Elles fascinent, par leur beauté, leur étrangeté mais aussi le lien qu'elles entretiennent avec leur environnement. 

Ces architectures de pierre ont été bâties sans aucune grue ni bulldozer. Chose étonnante, elles seraient le reflet de l’admiration des Mayas pour le monde céleste et l’univers sacré, comme le rappelle cette hypothétique découverte d'une cité par un jeune Québécois, qui l'aurait débusquée en observant les étoiles. Mais au fait, que sait-on de ces pyramides et de leur dimension quasi ésotérique ?

Encore et toujours plus haut

Durant l’ère maya, c'est-à-dire environ -1600 avant J.-C. (période préclassique) au XVIe siècle de notre ère (période postclassique), d'impressionnantes cités avec des temples, zones résidentielles, etc. ont été dressées en Amérique centrale, du Mexique du sud au Guatemala en passant par le Honduras.

Soit au total plus de 6 000 sites archéologiques répertoriés par les archéologues Walter R. T. Witschey et Clifford T. Brown, avec en cités principales Calakmul (Mexique) et Tikal (Guatemala). Combien ont été détruites depuis ? Très peu, certaines sont même très bien conservées. Retenons tout de même cette histoire folle, où une société de construction a détruit par mégarde une pyramide maya

Niveau construction, chaque pyramide maya se constitue d’un temple sur socle de pierre impénétrable surmonté d’une cresteria, une crête décorative typique des Mayas. Les vertigineux escaliers sont comme une échelle vers les dieux. Et on peut grimper ses escaliers pour atteindre le temple !

Cela les différencie des créations pharaoniques qui n’ont jamais supporté de sanctuaires. Et souvent sous les blocs de pierre mayas se cache une chambre funéraire dédiée à un souverain. Une pyramide, un souverain. Voilà pourquoi une cité maya pouvait contenir plusieurs grandes pyramides : à chaque nouveau roi, les Mayas construisaient  une nouvelle pyramide portant un nouveau temple. Par exemple la cité de Tikal compte au moins six temples !

Pour construire les pyramides, les Mayas empilaient des couches de terre et recouvraient ensuite l'ensemble d'une épaisseur de pierre puis parfois de stuc (sorte de plâtre).

Cycle de vie

Mais ce n’est pas tout. Les Mayas avaient "l’habitude d’ajouter de nouvelles plateformes par-dessus les anciennes pour les disposer de plus en plus haut", explique l’historien de l'art et de l’architecture Henri Stierlin dans son livre Maya – Palais et pyramides de la forêt vierge. (éd. Taschen). C’est la loi de superposition, des pyramides par-dessus les pyramides d'une même dynastie.

Le site maya de Tikal, au Guatemala. (Mike Murga / CC / Flickr)

Ces architectures écrasant les anciennes sont également une manière d’exprimer la rivalité entre les familles. Plus la pyramide est haute, plus le pouvoir social et religieux associé est important. Cela explique le gigantisme de certains monuments culminants à 70 mètres de haut. Cela permettait aussi de maintenir le dynamisme de développement, de créer sans cesse de nouvelles pyramides.

Et la création, au même titre que la régénération étaient des valeurs très importantes pour les Mayas. Ils croyaient aux cycles de vie, de mort et surtout aux cycles de 20. Par exemple, leur mois avait 20 jours dans leur calendrier solaire et ils organisaient une grande cérémonie avec un sacrifice (de sang) du roi pour attirer les faveurs des dieux et des puissances surnaturelles à chaque katun (période de vingt ans). 

Puisqu'ils aiment régénérer les choses, les Mayas n'ont pas sorti de nulle part leurs pyramides.  Elles n’en ont pas l’air et pourtant l’architecture des célèbres pyramides mayas dérive des huttes ancestrales. Dépourvus d’outils modernes, sans aptitudes au travail du métal ni à l’élevage de bovins (pour tirer une charrue, par exemple), les Mayas ont construit ces œuvres à bout de bras. Mais ils ne l’ont pas fait n’importe où...

Les pyramides des Mayas ne sont pas forcément calquées sur les constellations

William Gadoury, ce fameux Canadien de 15 ans passionné d'astronomie, a tenté de comprendre l’emplacement des cités mayas en Amérique centrale. En reliant chacune d’entre elles sur une carte (en forçant un peu, il faut l’avouer), il a finalement dessiné des constellations.

Mais pour dessiner le guerrier Orion, il manquait un point, c’est à dire une cité maya. C’est là qu’il aurait fait la grande découverte d’une 118e cité. Pourquoi Orion ? Parce que cette constellation en forme de nœud papillon contient une nébuleuse extraordinaire, appelée M42 par les spécialistes. Cette nébuleuse visible à l'œil nu, a l'allure d'une étoile mais non ce n'en est pas une :  c’est un nuage cosmique créateur d’étoiles. Orion, le dieu créateur d'étoiles, comment les Mayas ne pouvaient-ils pas l'apprécier ?

La découverte de William Gadoury est aujourd'hui contestée. L’un des arguments est que l’histoire des civilisations mayas est très complexe et rythmée de ruptures. Les cités n’ont pas toutes été occupées en même temps et leurs architectures ont évolué au fil des guerres et autres complexités politiques. Un autre argument quasi incontestable est que les coordonnées de la civilisation maya détectée ont été modifiées entre-temps et que les dernières annoncées renvoient... aux vestiges de champs de maïs. Pas de cité en vue.

Une certaine idée de l'espace-temps

Il n'empêche, les constructions mayas sont bel et bien reliées aux astres célestes. "La disposition des sites exprime matériellement leur compréhension de l’espace-temps. Les Mayas pensaient qu’ils étaient intégrés dans la structure de l’univers", relate Walter Witscher, archéologue à l'origine de l'ouvrage Encyclopedia of the Ancient Maya ("L'Encyclopédie des anciens Mayas").

Et mieux, que leurs rois étaient des intermédiaires entre le monde céleste et les hommes. Selon des stèles et autres découvertes lors de fouilles archéologiques, ils étaient capables de commander la pluie, les tempêtes ou les conflits.  Enfin, c'était ce que pensaient les Mayas. 

Le site maya de Calakmul, au Mexique. (Danniel Mennerich / CC / Flickr)

Sauf que voilà, ils n’avaient que leurs yeux pour voir le ciel. Et pourtant ils voulaient tout de même comprendre les phénomènes autour d’eux : les saisons, le phénomène jour-nuit, les solstices et équinoxes.

La preuve de leur compréhension se trouve à nouveau dans la position des bâtiments et sur de nombreux "codex" (assemblages de feuilles ou cahiers). Comme le montre les cas des sites Izapa ou Uxmal, révélant des bâtiments alignés avec les solstices, c’est à dire avec des structures en direction du soleil en plein solstice d’hiver ou d’été.

Que pensaient-ils du ciel ? Que les cieux étaient soutenus aux quatre coins cardinaux par quatre frères, les Bacabs. Le changement de position des astres dans le ciel ne semblait pas les déranger. Ils pensaient que les étoiles, et de manière générale le ciel, se levait de l'horizon vers le nord.

Si les populations mayas vivent toujours, leurs civilisations ont bel et bien disparu avec l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique.

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