Report : un joyeux bordel à l'Attrape Rêve

Comment se déroule une exposition qui réunit des noms du graffiti, de Pozla à Alëxone ? Le journaliste et photographe Nicolas Gzeley s'est incrusté à la mise en place d'un projet collectif à L'Attrape Rêve. Il nous raconte. 

Jusqu'au 29 mars, la galerie L'Attrape Rêve nous a proposé de plonger dans l'univers extraordinaire des graffeurs Pozla, Mokë et Alëxone avec une exposition collective judicieusement nommée Joyeux Bordel.

C'est en effet dans une ambiance conviviale et désorganisée que les trois artistes ont investi les lieux pendant une semaine proposant, outre des croquis personnels, une série de dessins à trois mains réalisés directement sur un des murs de la galerie. Retour sur une semaine de folie douce, furieusement créative et joyeusement bordélique.

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(Crédit Image : Legz)

(Crédit Image : Nicolas Gzeley)

C'est quoi la galerie L'Attrape Rêve ?

Ouverte il y a un an à l'initiative de Melissa et Paul, deux passionnés d'arts visuels issus du monde du théâtre, la galerie L'Attrape Rêve fait suite au fanzine du même nom créé en 2011. Comme le format DIY, dont la publication est actuellement en suspend, la galerie propose aux artistes d'investir le lieu.

Pour Melissa et Paul, le propos est de donner une liberté totale :

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Nous présentons principalement des illustrateurs français auxquelq nous donnons carte blanche pour qu'ils s'approprient l'espace de la galerie. Les artistes ont la possibilité de peindre les murs, de réaliser des performances et de présenter leurs travaux sous la forme qui leur convient.

Et de préciser, évoquant le travail d'Alëxone :

Il y a quelques années, nous avions invité Alëxone à réaliser une illustration pour notre fanzine. Un rendez-vous manqué que nous nous devions de rattraper avec l'ouverture de la galerie. Alëxone nous a alors proposé une exposition collective en compagnie de ses partenaires de longue date : Pozla et Mokë, dont nous apprécions particulièrement le travail.

Il nous a également montré la dernière sculpture de son collègue Yomek, membre du collectif Jean Spezial, qui nous a tout de suite tapé dans l'oeil. Son grand robot au look rétro allait apporter un contraste radical aux dessins de ses trois complices. L'équipe était formée, il n'y avait plus qu'à se mettre au travail !

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Le graffiti réunit

Si les trois artistes partagent le même goût pour le dessin, l'illustration et la peinture, c'est avant-tout le graffiti qui les a réunis. Anciens membres du collectif GM, groupe pluridisciplinaire qui apporta au début des années 2000 une légèreté et une ouverture d'esprit particulièrement appréciable dans le graffiti, les trois compères ont chacun pris une direction différente.

Alors qu'Alëxone a choisi la peinture et expose désormais ses tableaux aux quatre coins du monde, Pozla et Mokë se sont tous deux tournés vers l'animation. Après avoir travaillé à Londres en tant que designer sur la série The amazing world of Gumball pour Cartoon Network, Mokë réalise cette année un pilote nommé "Louis & Georges" chez Nickelodeon.

(Crédit Image : Legz)

(Crédit Image : Nicolas Gzeley)

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Pozla quant à lui revient actuellement à son premier amour : la BD. En effet, après avoir coréalisé la deuxième saison de la série "Lascars", il vient de terminer le second opus très remarqué "Monkey Bizness" avec son ami El Diablo.

Comme le souligne Alëxone, les trois compères ont déjà eu souvent l'occasion de travailler collectivement, mais jamais de cette manière :

Nous avons bien entendu l'habitude de mixer nos univers sur des productions murales ou dans le cadre de diverses manifestations mais c'est la première fois que nous avons l'occasion de créer une oeuvre sous cette forme évolutive : puisque chacun d'entre nous venait présenter des travaux personnels, nous nous sommes réservés le mur principal de la galerie pour y créer une illustration collective où chacun viendrai mélanger son trait à celui des autres, sans ligne directrice ni thème particulier.

Une page blanche comme point de départ

Une semaine avant le vernissage, les quatre artistes se retrouvent donc à la galerie, l'esprit rempli d'idée folles, les poches pleines de pinceaux, crayons et feutres, mais sans image précise de ce qu'ils vont y réaliser. Yomek, de son côté, sait déjà que son robot sera placé dans la vitrine et s'attaque à la réalisation d'un mur "camouflage" pour mieux intégrer sa sculpture. Il commence alors un méticuleux travail de découpe de pochoirs qui durera près de trois jours.

Cherchant l'inspiration, Mokë, Pozla et Alëxone exhibent les dessins qu'ils ont apporté. Ça discute, ça chambre, ça se congratule puis ils fixent cinq feuilles de papier sur le mur blanc qu'ils vont investir collectivement. Silencieux et concentrés, ils restent un bon moment face à cette page blanche avant d'y poser les premiers traits.

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(Crédit Image : Nicolas Gzeley)

Alëxone ouvre le bal : au marqueur et à l'encre rouge, il trace un de ses fameux pingouins à cheval sur le mur et les feuilles de papier puis empoigne un second marqueur et place un tag énergique avant de revenir plus délicatement au pinceau. Après l'avoir observé quelques minutes, Mokë place de petites masses de peinture ici et Pozla enchaîne un personnage à la tête triangulaire.

Alexöne au travail - (Crédit Legz)

Alexöne au travail - (Crédit image : Nicolas Gzeley)

Un court instant plus tard, l'équipe prend du recul, analyse les premiers jets et retourne au charbon. Petit à petit, les traits se superposent, les encres se mélangent et de longues coulures s'étirent jusqu'au sol. Rapidement, le silence s'installe et chacun se concentre sur ce qu'il a à faire.

De leur côté, Paul et Mélissa s'affairent en coulisses. Les coups de fil s'enchaînent, il faut annoncer l'expo, lister les oeuvres, réaliser le catalogue, fixer les prix, trouver de l'adhésif pour habiller la vitrine, préparer le vernissage…

A la fin de la journée, sur le mur collectif, les masses principales sont posées. Les trois artistes se partagent la surface avec équité, quant à Yomek, il découpe inlassablement ses petits pochoirs.

Le lendemain, mauvaise surprise : les feuilles préalablement collées au mur sont à terre. Nouvel essai de fixation à la bombe de colle, nouvel échec, premiers soupirs… Cette fois, Paul sort le marteau et les clous !

Rendez-vous le vendredi 25 avril pour connaître la suite de la conception de ce cadavre exquis, à quelques jours du vernissage !

Par Nicolas Gzeley, publié le 20/04/2014

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