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La Gaîté lyrique se transforme en aéroport arty le temps d'une exposition

Publié le

par Margaux Balloffet

"Mon atmosphère favorite est celle des aéroports", disait Andy Warhol qui avait horreur de prendre l’avion. Cette fascination expo, "Aéroports/Ville-Monde", tourne autour de cet espace, escale au look souvent aseptisé, qui a donné envie à 19 artistes de lui redonner vie.

Oubliez Orly, Roissy-Charles-de-Gaulle et autres lieux de départs ou d'arrivées. Has been ! Optez plutôt pour un "artéroport" comme celui de la Gaîté lyrique. Grâce à votre carte d’embarquement, vous allez voler dans un pays où 19 artistes redéfinissent l’esthétique de la zone aéroportuaire. Décollage immédiat !

© Adrian Paci. Centro di permanenza temporanea. Courtesy Galerie Kaufmann Repetto.

L’aéroport, hyperlieu, lieu normal ?

L’exposition "Aéroports/Ville-Monde" nous fait à la fois zoomer et prendre du recul sur notre façon de nous comporter dans un aéroport, "zone tampon", simulacre de la ville, métaphore de nos sociétés modernes, mobiles, globalisées et connectées. Mais comment vivons-nous dans les aéroports ?

"Nous voyons l'aéroport comme un laboratoire permanent de la vie contemporaine, comme les seuils d'une métropole invisible", résume Franck Bauchard, commissaire de l’exposition et directeur du programme de management de l'art au Tecne Institute aux États-Unis.

Hypernormalisation, contrôle des corps et "biopolitique", les faits et gestes sont imaginés et le passager est parfois assimilé à un robot. Un robot dans un aéroport faisant objet de détournement, d’infiltration, de révélation, de fantasmes ou de rêveries. La pluridisciplinarité des créations était une évidence pour cette exposition.

Dans cet aéroport, nous faisons escale dans des interprétations artistiques aussi uniques que surprenantes. Les artistes de l’exposition réinventent et imaginent des versions ou expérimentations relatives au processus protocolaire basique quand on s’apprête à prendre l’avion.

Faire la queue de façon plus poétique

Des tranchées de poteaux à sangles serpentent le hall de départ. Ici, Matthias Gommel a imprimé des paroles d’une chanson de marins anglais du XIXe siècle "A life on a ocean wave". Un parcours balisé par le mystère de la poésie et l’incertitude de la destination. On serait tenter de les couper pour s'en faire des colliers ras du cou !

© Mathias Gommel.

S'évader avec les panneaux d'affichage

On lève la tête et là surprise, un panneau d’affichage déroulant des noms de destinations inconnues où on peut lire "paradesa/parapagal". Des destinations imaginées, complètement inventées. Dans cette création, Jasmina Cibic transporte les passagers dans l’imaginaire.

© Jasmine Cibic.

Passez maintenant à la moulinette d'un portail de sécurité signé Marnix de Nijs. Équipée d’un logiciel vidéo d’analyse biométrique, l’installation sonde les caractéristiques de vos traits de visage, qui peuvent être similaires à d'autres personnes sur une base de 150 visages choisis pour leurs profils controversés et parfois scandaleux : meurtrier sanguinaire du XVIIIe siècle, mannequin, écrivain dépressif. Une petite photo à côté de la vôtre indique par le scanner visuel vos ressemblances avec Émile Louis, Michel Fourniret, etc. Souriez, vous êtes filmé, comparé, en prise avec votre identité.

Marnix de Nijs.

Entendre les avions du ciel dans un couloir aérien

Cécile Babiole a imaginé un couloir aérien, la route que l’avion prend avant le décollage comme une expérimentation sensorielle et artistique. On entre alors en "phase de roulage", le moment où l’avion roule pour préparer son décollage, dans une pièce noire avec des néons rouges traçant au sol des lignes de circulation. Le trafic aérien civil, au-dessus de nos têtes, est capté grâce à une antenne placée sur le toit de la Gaîté lyrique. Comme si on avait placé un micro dans le creux d’un nuage. Un écran vidéo géant nous permet d'avoir des informations liées aux sons : latitude, longitude, nom du vol, vitesse. C’est troublant, on aimerait pouvoir choisir d’en choper un au vol. Celui qui va à Buenos Aires par exemple !

© Cécile Babiole.

L’aéroport : zone sexuée ?

Interprétation d'un autre genre, un duo de jeunes diplômés d’architecture considèrent l’espace aéroportuaire comme sexué : "L’aéroport est un espace déconnecté de la société de manière temporelle et spatiale comme les établissements dédiés à la sexualité qui sont souvent compartimentés."

Les artistes décomposent alors les étapes successives du vol : l’entrée, l’attente, la pause, la tension, l’accélération, l’envol puis le flottement. Pour Fanchon Bonnefois et Camille Demouge, qui semblent aimer les métaphores, ces phases provoquent des sensations physiques graduelles jusqu'à l’abandon au désir charnel.

© Fanchon Bonnefois et Camille Demouge.

L'exposition "Aéroports/Ville-Monde" a lieu du 23 février au 21 mai 2017 à la Gaîté lyrique à Paris. Plus d'infos ici.

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