Curated by GIRLS, le collectif qui prône la diversité à travers l'art

Basé à Berlin, Curated by GIRLS met en lumière des artistes visuels issus de tous genres, ethnicités et sexualités. Rencontre avec sa fondatrice, la Française Laëtitia Duveau.

Laëtitia Duveau. (© Instagram @itslittlevoice)

Laëtitia Duveau. (© Instagram @itslittlevoice)

Comme elle le dit elle-même, Laëtitia Duveau est devenue curatrice un peu par hasard. En mars 2016, cette auteur-compositeur-interprète, moitié du projet musical Free Free Dom Domquitte Paris avec la terrible impression de tourner en rond. "J'ai signé des contrats avec Universal Music France qui n'ont abouti à rien, et je sentais qu'il fallait que je parte", nous confie-t-elle.

Là-bas, la jeune femme trouve une nouvelle énergie et une liberté très stimulante. "Berlin est une ville faite pour les artistes, pour les créateurs, s'exclame-t-elle. Il n'y a pas beaucoup d'argent qui circule mais il y a une richesse qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Cette richesse, ce sont les gens, la diversité, et une certaine liberté de vivre ce que tu as envie de vivre."

Forte de cette expérience berlinoise, Laëtitia Duveau décide, avec son amie photographe Ophélie Rondeau, de créer Curated by GIRLS, un collectif dont le but est de mettre en lumière des artistes visuels prônant, chacun à leur façon, la diversité de notre monde. "On voulait défendre le droit à la différence et ne pas se cantonner au féminisme uniquement, souligne cette insatiable touche-à-tout. Notre ambition était d’offrir une plateforme où tout le monde soit représenté (peu importe le genre, la sexualité, l’ethnicité), d’exposer une vraie diversité et d'aider à ce que la différence ne soit plus assimilée à une agression mais au contraire : qu'elle soit acceptée."

© Laurence Philomène

Un cliché de la photographe canadienne Laurence Philomène, une des premières artistes repérées par Curated by GIRLS. (© Instagram @laurencephilomene)

"Montrer à quel point nous sommes submergés par la technologie"

Après une première exposition baptisée "Freer In Berlin", dans laquelle 26 artistes racontaient leur vision de la nouvelle féminité, puis une seconde, "Poster Boys", qui exposait le travail du photographe allemand Joseph Wolfgang Ohlert, le collectif présentera, les 10 et 11 décembre prochains à Berlin, sa nouvelle exposition : "Digital_Luv". Un projet coincé quelque part entre Internet et IRL, qui cherche à souligner la façon dont le monde virtuel influence notre réalité. Rencontre.

Konbini | Peux-tu m'en dire davantage sur la nouvelle exposition de Curated by GIRLS, "Digital_Luv" ?

Laëtitia Duveau | [...] Sur "Digital_Luv", il s'agit de montrer la corrélation entre le monde virtuel et le monde réel, à quel point nous sommes submergés par la technologie et les conséquences que cela a sur notre vie en société. À travers des sujets traités par les artistes, comme le féminisme, le rapport au sexe, la solitude et le fun, nous avons essayé de montrer la diversité des points de vue.

On a beaucoup travaillé avec Nicolas Simoneau, le co-fondateur de KaltblutMagazine [qui est partenaire de l'exposition, ndlr], pour avoir de belles choses à montrer : gifs, dessins, vidéos, animations, lunettes VR, performances live, hologrammes... On a sélectionné des artistes talentueux, et ça fait tellement plaisir de voir qu'il y a autant de créativité dans ce monde !

Qui sont les artistes que l'on pourra découvrir lors de cette exposition ?

Au total, il y a aura 12 artistes, que Nicolas Simoneau et moi avons sélectionnés, et dont nous sommes super fiers.

Il y aura notamment Leah Schrager, dont les séries de selfies érotiques dénoncent avec humour la censure sur les réseaux sociaux ; des animations 3D exceptionnelles de Mike Pelletier, qui comblent la frontière entre l'espace numérique et l'espace physique ; la Canadienne Nikki Pecasso et ses illustrations féministes méticuleusement provocantes ; ou encore les illustrations franches et modernes sur la sexualité féminine de Polly Nor.

© Polly Nor

© Polly Nor.

"On fait de l'art pour raconter une histoire, défendre une idée puissante"

Quel regard portes-tu sur le monde de l'art, qui semble encore largement dominé par les hommes ?

Pour moi, il faut différencier le monde de l'art et le monde du business. Même si malheureusement, ils sont souvent associés (et pas forcément pour le meilleur).

On fait de l'art pour raconter une histoire, défendre une idée puissante. Oui, le monde économique reste un monde dominé par l'homme mais heureusement, les êtres humains ne se laissent pas tous faire ! L'important est d'être soi-même et de ne laisser personne dicter comment on doit être, ou ce que l'on doit faire. C'est plus facile à dire qu'à faire, et je pense à toutes ces femmes qui n'osent pas, qui ont peur ! La peur est notre pire ennemie.

Te considères-tu comme féministe ?

Oui, je suis féministe, et tout le monde devrait l’être. Je suis un être humain et j'ai le droit, comme tout le monde, au respect ! Personne n'a le droit de me dicter qui je suis. Mais ma contribution est moins politique, moins basée sur les idées. Je préfère me voir comme une artiste et une "curatrice girl power".

Selon toi, Internet a-t-il permis aux femmes d'être plus visibles dans le monde de l'art ?

Les femmes ont toujours été présentes dans l'art. [...] Internet a juste permis de découvrir les moins connues. Et c'est super de voir toutes ces femmes créatrices. Je veux dire, tout le monde devrait créer ! Tout le monde en a les capacités. Seulement, tout le monde n'a pas la force d'exprimer vraiment ce qu'il ressent. Le vrai artiste est quelque part par là.

© Leah Schrager

© Leah Schrager.

"Une exposition avec Laurence Philomène"

Au cours de tes recherches, y a-t-il un projet artistique qui t'a particulièrement marquée ?

Oui, mon premier coup de cœur, la photographe canadienne Laurence Philomène. C'est ma première découverte en tant que curatrice et j'ai une affection toute particulière pour elle et son travail autour des individus non binaires, ainsi que son utilisation des couleurs. Je vais d'ailleurs organiser une exposition solo avec elle à Berlin au cours du printemps 2017 !

As-tu déjà prévu d'autres projets pour 2017 ?

Oui ! En mars, je prévois une exposition qui réunira plusieurs artistes. J’ai déjà le thème en tête, et je suis hyper excitée par le sujet, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.

J'ai également prévu de prendre du temps pour travailler sur la nouvelle mixtape de Free Free Dom Dom, qui s’intitulera... "klunkerpark". Je n'ai pas vraiment le temps de m’ennuyer !

Retrouvez Curated by GIRLS sur Facebook et Instagram. Vous pouvez également participer au concours organisé par le collectif avec Lomography Deutschland, qui offrira l'un de ses appareils Lomo'Instant. Pour participer, rejoignez l'évènement Facebook de l'exposition "Digital_Luv" et suivez les instructions sur le post concerné.

Par Naomi Clément, publié le 07/12/2016