Boris : portrait d'un gentleman-graffeur

Après un séjour en prison, le graffeur repenti Boris organise depuis le 6 décembre sa première exposition, The Paradigm Shift, à la galerie Le Pari(s) Urbain. À cette occasion, on s'est entretenu avec ce zigue, l'un des personnages les plus singuliers du graffiti parisien. 

Boris niché au fond de la galerie - Crédit Image Tomas Statius

Boris niché au fond de la galerie - Crédits Image Tomas Statius

Son nom, son visage sont connus mais bien peu connaissent son histoire. À force de peintures naïves et drôles comme bonjour, Boris aka. Good Guy Boris est rapidement devenu l'un des personnages les plus en vues du graffiti parisien. Celui qu'on évoque avec admiration quand on parle de sa présence tout en ignorant de quoi il est fait. Celui que les médias louent depuis qu'il a monté The Grifters, un média et une marque de fringue tout dédié au ffiti-gra. Celui que les flics pointent et finissent par arrêter en juin dernier quand une vidéo de ses méfaits arrivent sur les écrans du comico.

Publicité

Sorti de Fleury-Merogis où il était incarcéré depuis mai pour "association de malfaiteurs" et "dégradation volontaire en réunion" (comme on l'évoquait à l'époque), c'est à la galerie Le Pari(s) Urbain que l'on retrouve Boris. Un peu rageux sur l'état de la société, plutôt optimiste quant à son futur proche, le jeune homme y présente The Paradigm Shiftune exposition photo qui fleure bon la Krylon et le caoutchouc, les métros et les virées nocturnes.

Ses clichés, Boris les présente comme autant de "fenêtres" ouvertes sur des réalités méconnues. On y découvre les tunnels de métros, sortes d'entrailles des villes. On y croise une prostituée avant d'être aspiré par l'ambiance romantique et terriblement hypnotique d'un samedi soir aux abords d'un dépôt de métro.

Entre trois cadres marqués d'un petit point rouge (depuis, l'exposition est "sold out"), assis au bar du sous-sol du joli espace d'exposition, on a voulu reconstituer le parcours d'un mec qui vaut plus que ce que certains ont bien voulu nous faire croire.

Publicité

Détail de l'exposition "The Paradigm Shift" de Boris à la galerie Le Pari Urbain - Crédit Image Boris

Détail de l'exposition "The Paradigm Shift" de Boris à la galerie Le Pari(s) Urbain - Crédits Image Boris

"Le crime est un sport national en Bulgarie"

L'histoire de Boris commence en Bulgarie. À 14 ans, c'est au contact d'un environnement "déviant" que celui-ci se met à peindre et à faire des photos. "Quand tu fais du graff, tu aimes prendre des photos, un peu comme un souvenir, c'est naturel". À l'argentique d'abord, puis avec un appareil photo numérique, Boris se met à documenter son quotidien immédiat : 

Je prends des photos de ce que je vois. Ce que je documente c'est ma vie de tous les jours. C'est mon journal intime imagé et je l'illustre depuis que j'ai 14 ans. J'ai été pas mal influencé par Vice dans ma manière de prendre des photos. Cette vie trash, je l'ai trouvée en Bulgarie et dans toute l'Europe de l'Est d'ailleurs. En Bulgarie, le crime c'est vraiment un sport national. Tout le monde fait quelque chose d'illégal.

Ce qui m'intéresse ? Raconter des histoires avec mes photos. C'est aussi pour cette raison que je me suis mis à la vidéo. Là tu parviens à saisir l'ambiance des situations, le mouvement des personnages. Mais malheureusement jamais le goût [rires].

Publicité

Toute question de moralité exclue, c'est cette liberté viscérale dont font preuve les mecs hors de toute légalité qui a toujours fasciné Boris. Cette même liberté qu'il retrouve dans le graffiti et qu'il n'a de cesse – encore aujourd'hui – de glorifier sur papier glacé : "Le lien entre mes différents projets c'est l'expression de la liberté. Je respecte les gens qui sont en harmonie, ceux qui croient en des choses et qui agissent en conséquence".

Et dans le graffiti cette pureté est à la hauteur des risques encourus.

Détail d'une photo de l'artiste - Crédit Image Boris

Détail d'une photo de l'artiste - Crédits Image Boris

Publicité

Paris : ville de lumière et de galère

Niveau photo, alors qu'il se fait la main sur tout ce que l'ex-république soviétique a de plus équivoque et de surréaliste – "là-bas t'as souvent l'impression d'être dans un film de Kusturica" explique t-il – Boris se prend à rêver plus grand. Ses photos rejetées des rédactions de Vice et d'autres magazines spécialisés, il rassemble de l'argent, ses affaires et saute dans l'avion direction Paris  : 

Adolescent, je voulais me tirer de Bulgarie et m'installer en Europe de l'Ouest. Je trouvais que Paris était un centre culturel important et je me suis dit que je pourrais développer mes idées plus aisément ici que là-bas. Je suis arrivé avec un sac à dos et je suis resté.

Ce qui m'intéresse, plus que le graffiti, c'est la vie de ceux qui le pratiquent. Pour moi, une pièce finie n'a pas un grand intérêt. C'est ce que j'essaie de montrer avec The Grifters. 

Panorama de l'exposition Boris au Pari Urbain - Crédit Image Boris

Panorama de l'exposition Boris au Pari Urbain - Crédits Image Boris

Au début, tout n'a pas été simple. "En arrivant je me suis vite confronté à la mentalité parisienne" commente-il, goguenard. Lui qui pensait obtenir un appartement en payant trois mois de loyers "cash"  –  "c'est comme ça qu'on fait en Bulgarie" – se retrouve isolé, sans piaule. Il s'installe alors à l'hôtel et dilapide doucement son pécule

Malgré les difficultés, Boris finit par se faire un nom dans la scène graffiti parisienne. Sortie, peinture, photos, le jeune homme inonde la capitale de ses initiatives. À cette époque, le site The Grifters amasse les cliques et lui permet de "financer des voyages ou des photos".  Il se détourne peu à peu de la pratique pour se concentrer sur la documentation du mouvement graffiti : "La culture graffiti telle qu'on l'a connue est en train de mourir. La société, le système monétaire, la police, les embrouilles entre writers, les hommes politiques ont fini par la tuer". 

"La prison te change"

En mai dernier, la nouvelle tombe. Interpellé par la cellule anti-graffiti, Boris est incarcéré pendant quatre mois dans l'attente de son jugement. Comme pièce à conviction : une vidéo où l'intéressé fait le zouave façon "Harlem Shake" devant un métro peint. L'affaire fait le buzz. La police tient son gros poisson.

Quand on l'interroge sur son arrestation, Boris ne s'en étonne en aucun cas, lui qui montrait son visage à chaque vidéo qu'il publiait :

Bien sûr que je m'attendais à être arrêté ; ça a pris un bout de temps. Afficher mon visage c'était surtout une manière de désacraliser les choses. Comme une manière de dire aux graffeurs : "arrêtez de vous prendre au sérieux, le graffiti ce n'est rien".

Son séjour au trou, Boris ne l'évoque que par touches. Le jeune homme parle de longues vacances où il a eu le temps "de réfléchir, de lire et faire du sport". La prison l'a changé, conclut-il, rendu plus fort à accomplir ce qui compte vraiment. Cette première exposition est une manière de remettre la machine en branle. Tourner une parenthèse et entamer un nouveau chapitre de son épopée.

Pour retrouver Boris, retrouvez-le sur sa page Instagram, sur Facebook et sur The Grifters

Par Tomas Statius, publié le 12/01/2015

Copié

Pour vous :