Une journée entière en une image : le travail titanesque de Stephen Wilkes

Certains prennent des photos en marchant, leur appareil numérique sanglé à leur main droite. D'autres manient leur smartphone comme un cow-boy sortirait son flingue histoire de capturer un graffiti. Puis il y a Stephen Wilkes, une toute autre catégorie d'artisan de l'image. Pour résumer son travail photographique, utiliser le mot "intégriste" ne serait pas de trop.

Sa particularité ? Comprimer en une seule image une journée entière : l'évolution du temps, la capture d'un évènement (un feu d'artifice, une manifestation) attrapé entre le passage des voitures la nuit et les lumières de l'aube. Pas étonnant que sa série d'images s'appelle Day to Night. Derrière ces éléments, l'envie de raconter une histoire.

Stephen Wilkes

(Crédit Image : Stephen Wilkes)

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David le photographe contre Goliath le temps

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Le processus de production est titanesque : une journée équivaut à 15 heures derrière l'appareil photo pour environ 1000 images réalisées entre l'aube et le coucher du soleil. Le photographe essaye, du mieux qu'il peut, de retranscrire les mouvements, le passage à la fois du temps comme celui des passants et des objets qui se meuvent. Pendant ces 15 heures, Stephen Wilkes fait tout pour ne pas faire bouger son appareil alors qu'il se trouve souvent à plus de 15 mètres de haut.

Comme pour cette photographie impressionnante de l'activité new yorkaise.

(Crédit Image : Stephen Wilkes)

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Le travail, Stephen Wilkes le poursuit avec l'aide de son assistant. Pendant des semaines, ils vont créer des dizaines de collages. Une photographie d'une journée sera égale à 50 photographies de cette même journée, chacune représentant un instant, une petite demi-heure. Le plus dur : trouver les 50 images.

Celles qui parlent le plus, celles qui révèlent des détails importants du jour tout en gardant une fluidité pour ne pas trahir les collages. Résultat : la cohésion imagée comme temporelle est impressionnante. Au détour d'un stade, une foule se masse alors que la nuit tombe. Mais juste à côté, là où il y avait encore le soleil, pas un chat dans la rue.

Au site Wired, le photographe explique :

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C'est comme si j'étais un écrivain et qu'on m'avait donné cet incroyable trésor. J'ai tous ces mots à ma disposition avec lesquels je peux écrire.

Stephen Wilkes, l'amoureux des lieux

À la fin des années 90, Stephen Wilkes se fait connaître pour une série lugubre : il photographie les ruines d'un hôpital psychiatrique situé sur Ellis Island dont la principale fonction était de s'assurer de la santé d'immigrés avant qu'il ne s'introduise sur le sol américain. Son travail rencontre le succès et permet de restaurer une aîle de l'hôpital. Grâce à lui, une partie de histoire de l'Amérique renaît.

Un peu plus tard, dans sa série California Ones, il n'hésite pas à introduire le citoyen américain dans les lieux, à le faire disparaître, à le faire se sentir presque ridicule. Pas étonnant donc que le photographe présente aujourd'hui des images qui ouvrent encore plus son objectif.

(Crédit Image : Stephen Wilkes)

(Crédit Image : Stephen Wilkes)

(Crédit Image : Stephen Wilkes)

Par Louis Lepron, publié le 20/12/2013

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