Des graffitis réalisés par les soldats américains en Afghanistan

C'est en 2001 que les États-Unis décident d'envahir l'Afghanistan, accusant Oussama Ben-Laden et les autorités talibanes d'être responsables des attentats du 11 septembre. Plus de dix ans après, la présence militaire américaine est toujours maintenue. Et cette force d'occupation, retranchée dans ses camps, s'occupe comme elle peut.

À Kandahar, un visiteur non-averti pourrait être frappé de découvrir des graffitis effectués par les forces d'occupation. James Toler, pilote d'hélicoptère pour l'armée américaine et vétéran d'Afghanistan, a décidé de photographier ces oeuvres de street-art réalisées par des soldats pour témoigner de leur importance.

(Crédit image : James Toler)

Publicité

"Il n'y avait tout simplement rien ici", confie Toler à Salon.com. "C'était le Far West. Mais comme toujours, quand l'armée arrive dans un nouvel espace, l'une des premières choses qu'elle fait est de construire des murs. Et bien qu'ils ne soient que temporaires, il ne faut pas longtemps avant qu'ils ne soient remplacés par de grands barrages de ciment. L'endroit devient peu à peu un labyrinthe."

Dans Kandahar, ville du sud afghan, se sont alors érigés de nombreux murs qui serpentent à travers la ville. En plus de dix ans, la cité s'est alors émerveillée de découvrir jour après jour, au petit matin, des inscriptions qui sont apparues les unes après les autres sur ces rugueux murs de ciment. Partis de simples banalités ou de représentations "de telle ou telle marque de moto", les parois se sont progressivement enorgueillies de véritables graffitis.

(Crédit image : James Toler)

Publicité

Comme on peut l'imaginer, les boutiques de bombes de peinture sont plutôt rares à Kandahar. Salon.com explique que les street-artistes se servent dans les stocks de peinture de chars d'assaut et bricolent des pochoirs comme ils le peuvent pour reproduire leurs pin-ups de style vintage ou d'autres icônes de la pop culture sur les cloisons rugueuses de la ville assiégée.

Avez-vous lu Le K de Dino Buzzati ? Si oui, vous comprendrez mieux l'apparition d'une forme de street-art en un tel milieu. Selon James Toler, "Ces soldats commencent à se lasser et ils ont besoin de l'exprimer d'une certaine façon", dit-il. "L'expression artistique est une sorte d'évasion et de libération face au traumatisme de la guerre - c'est une forme de thérapie. Je pense que ces graffeurs ont trouvé là un ingénieux moyen de faire face à leur stress."

(Crédit image : James Toler)

Publicité

Une solution individuelle pour remédier au terrible blues du soldat ? Plus que cela, même. Toler parle de ces graffitis comme des témoins de l'Histoire, de ce qui s'est produit au tout début des années 2000 en Afghanistan. De l'invasion américaine, de l'instable situation du pays, de celle des G.I. et de la population. Voilà pourquoi il semble important à certains soldats de trouver un moyen d'en conserver une trace.

(Crédit image : James Toler)

Et si la solution d'arracher les murs de ciment et de les conserver comme des fragments du mur de Berlin ne semble pas appropriée, James Toler pense qu'il s'agit de documenter ces oeuvres réalisées par des artistes anonymes en uniforme. En photo notamment.

Publicité

L'Histoire s'oublie facilement. Et une fois que nous aurons perdu ces tags, nous ne les récupérerons plus jamais [...] C'est un monument d'une grande simplicité et fait avec beaucoup de sérieux. Ce n'est pas n'importe quelle merde artificielle, mais un morceau d'Histoire tangible. Nous avons là une occasion en or de faire quelque chose pour conserver cela, pour en faire un rappel du passé. J'espère que nous ne laisserons pas cette occasion passer.

Quelques photographies supplémentaires de ces graffitis insolites ci-dessous.

(Crédit image : James Toler)

(Crédit image : James Toler)

(Crédit image : James Toler)

(Crédit image : James Toler)

(Crédit image : James Toler)

(Crédit image : James Toler)

Par Théo Chapuis, publié le 07/01/2014

Copié

Pour vous :