Facebook désactive la page d’une ONG qui aide les femmes à avorter

Ce jeudi 11 mai, Facebook a censuré la page d’une organisation permettant aux femmes n’ayant pas accès à l’avortement de recevoir des pilules abortives chez elles. Un service qui est pourtant sûr et encadré, mais qui a déjà été sanctionné par le réseau social.

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Dans le film Obvious Child, le personnage de Jenny Slate tombe enceinte sans le vouloir. Elle décide donc de faire un avortement médicamenteux. (© Chris Teague)

Women on Web est un service en ligne d’aide et d’information sur l’avortement. Basé au Pays-Bas, il permet notamment aux femmes du monde entier n’ayant pas accès à l’avortement d’effectuer, via un questionnaire destiné à un médecin, une consultation en ligne et de recevoir ensuite les deux pilules pour avorter chez elles, moyennant un faible coût. La plateforme permet également l’accès à la contraception. Women on Web est une organisation sœur de Women on Waves, une "unité gynécologique mobile" qui permet à des femmes d’être informées, d’avorter et d’accéder à la contraception à bord d’un bateau naviguant dans les eaux internationales – ce qui est donc légal même au large des pays interdisant l’avortement. Les deux organisations se fondent sur le fait que chaque année  42 millions de femmes choisissent de mettre un terme à leur grossesse et que dans les pays où l’avortement n’est pas accessible, elles sont alors 20 millions à avoir recours à des "services dangereux". Aiguilles à tricoter, mélanges de savons, coups dans le ventre, personnes exécutant des avortements sans avoir de formation médicale : 47 000 femmes décèdent ainsi inutilement tous les ans.

Un service d’aide à l’avortement sûr et sérieux

Women on Web offre ainsi un avis médical à distance et des pilules pour avorter sans mettre sa vie en danger. "Un avortement par Mifépristone et Misoprostol engendre un taux de mortalité de 1 sur 100 000" selon l’organisation, qui précise qu'"aucune des 50 femmes du panel d’étude n’a fait part de problèmes" et que de nombreux médecins recommandent l’accès à l’avortement médicamenteux à domicile. Ce jeudi 11 mai, Facebook a pourtant désactivé la page de l’organisation. C’est Women on Waves qui a dénoncé l’injustice de cette sanction :

"Chers tous, notre organisation sœur @WomenOnWeb.IF a été désactivée par Facebook au motif qu’elle 'encourage la consommation de drogue'. Women on Web fournit des informations vitales à des milliers de femmes du monde entier. Sa page Facebook publie des actualités, des informations scientifiques et les protocoles de l’OMS, et Women on Web a répondu à plus d’un demi-million de mails de femmes ayant besoin d’informations précises et scientifiques pour leur santé et leur vie. Nous attendons que Facebook revienne sur cette action injustifiée, car l’accès à l’information est un droit de l’homme."

Une censure étonnante

Le service proposé par l’organisation est le plus souvent légal : Women on Web explique que les règles douanières ne sont pas violées dans la plupart des pays où les gens sont autorisés à recevoir des médicaments pour leur usage personnel. D’autant que les deux pilules pour avorter, le Mifépristone et le Misoprostol, sont sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’ONG souligne bien que ce ne sont pas des narcotiques, des drogues ou des substances contrôlées ou de contrebande. La première pilule peut également être utilisée contre les ulcères à l’estomac et la seconde en cas de dépression ou de cancer du sein. La censure de Facebook peut donc sembler étonnante… mais ce n’est pourtant pas la première fois que le réseau social s’attaque à cette association qui procure aide et information sur l’avortement.

The Guardian rapporte un épisode similaire en 2012, quand la photo de profil de la fondatrice et directrice des deux organisations, la Dr Rebecca Gomperts, avait été censurée. Elle contenait des informations pour avorter avec le Misoprostol. La docteure avait reposté l’image et avait été carrément privée de son compte pendant deux jours, avant que Facebook ne lui présente ses excuses et réactive son compte avec sa photo – principalement à cause de la pression médiatique selon Rebecca Gomperts.

Par Mélissa Perraudeau, publié le 12/05/2017