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Expo : au Grand Palais, les "femmes fortes" de la peinture mexicaine mises à l'honneur

Avec "Mexique 1900-1950", le Grand Palais décrypte l'importance de la peinture pour l'histoire culturelle et politique du Mexique, en déployant un corpus d'œuvres signées Diego Rivera ou David Alfaro Siqueiros, mais aussi Frida Kahlo ou Rosa Rolanda.

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Au premier étage de l'exposition, une salle est exclusivement dédiée aux femmes qui ont façonné la peinture mexicaine de la première moitié du XXe siècle. (© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais)

L'art fait partie intégrante de l'identité mexicaine. Depuis son indépendance, arrachée aux mains de la monarchie espagnole en 1821, ce pays voisin des États-Unis n'a cessé d’affirmer sa richesse culturelle aux yeux du monde à travers l'architecture, la littérature, la musique, le cinéma, mais aussi par le biais de la peinture. C'est à cette dernière que rend aujourd'hui hommage, en cette année du Mexique en France, l'exposition "Mexique 1900-1950", qui se dévoile dans l'enceinte du Grand Palais de Paris du 5 octobre 2016 au 23 janvier 2017.

Encouragé par les autorités françaises et mexicaines, cet évènement, qui constituerait la plus grande manifestation consacrée à l’art mexicain depuis 1953 selon le Grand Palais, propose de revisiter l'œuvre des artistes mexicains qui ont participé au rayonnement international du Mexique durant la première moitié du XXe siècle, une époque marquée par la révolution mexicaine (1910-1920), qui joua un rôle décisif dans la construction de l'identité politique, historique mais aussi culturelle du Mexique.

En effet, c'est à cette époque qu'apparaît l'École mexicaine de peinture, dont le fer de lance est le muralisme, un courant esthétique qui prône la fierté nationale et permet à certains artistes de transmettre les idéaux de la révolution mexicaine. Ce mouvement, qui souhaite également donner au peuple un accès direct à l'art, a favorisé l'émergence d'artistes qu'on a par la suite baptisés les "trois grands" : José Clemente Orozco, David Alfaro Siqueiros et Diego Rivera (également connu pour avoir partagé la vie de Frida Kahlo). On y découvre ainsi un grand nombre de leurs tableaux, à l'instar de l'époustouflant "Les femmes des soldats" (1926) de José Clemente Orozco, du puissant "Autoportrait (Le Grand Colonel)" (1954) de David Alfaro Siqueiros, ou de l'imposant "La Rivière Juchitán" (1953-1955) de Diego Rivera.

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À gauche, le tableau "La Rivière Juchitán" (1953-1955) de Diego Rivera. (© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais)

Les "femmes fortes" mises à l'honneur

Si cette trinité artistique constitue le fil rouge de l'exposition, comme l'annonce d'ailleurs son sous-titre ("Diego Rivera, Frida Kahlo, José Clemente Orozco et les avant-gardes"), le Grand Palais nous entraîne également à la rencontre d'autres peintres qui ont, eux aussi, marqué l'art pictural mexicain : Antonio Ruiz "El Corcito", Roberto Montenegro, Luis Martínez, ou encore Olga Costa, dont l'imposant tableau "La Marchande de fruits", qui renvoie à la fécondité masculine et féminine, impressionne par sa grandeur, ses couleurs et sa symbolique.

Car le panthéon de l'art mexicain a aussi ses déesses, et c'est un des faits principaux dont souhaite faire état "Mexique 1900-1950" en proposant une section entièrement dédiée à ces artistes féminines – que le commissaire d'exposition compare d'ailleurs aux "femmes fortes" de la Bible. Parmi elles, Olga Costa donc mais aussi Rosa Rolanda, Nahui Olin, María Izquierdo et bien sûr Frida Kahlo, dont le tableau "Les Deux Frida" trône et rayonne, tel un trésor national, sur le mur d'une grande salle grise située au premier étage du Grand Palais.

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À gauche : "La Marchande de fruits" d'Olga Costa. (© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais)

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À gauche : "Les Deux Frida" de Frida Kahlo. (© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais)

Lumière sur le stridentisme et le surréalisme

Désireux de mettre en lumière tous les artistes qui ont contribué à faire de la peinture un pan incontournable de l'histoire mexicaine, "Mexique 1900-1950" nous ouvre également les portes des autres visages de l'école mexicaine de peinture, soit des autres courants picturaux, en dehors du muralisme, qui ont marqué la culture du pays. Une des nombreuses salles du Grand Palais est ainsi consacrée au stridentisme, un mouvement fondé à Mexico en 1921 par le poète Manuel Maples Arce qui conjugue futurisme, cubisme et dadaïsme, et qui a été porté par des artistes comme Gabriel Fernández Ledesma, Ramón Alva de La Canal ou Francisco Eppens.

En plus de nous faire découvrir des noms méconnus de l'art pictural mexicain, l'exposition propose également un espace entièrement voué au cinéma mexicain, décrypte la relation ambigüe entre les artistes mexicains et leurs voisins américains, et dédie sa toute dernière salle au surréalisme, un mouvement fondé par l'écrivain français André Breton (qui a un temps vécu dans la maison bleue de Frida Kahlo), qui a influencé nombre d'artistes contemporains. Un regard tendre, riche et neuf porté sur les maîtres (et maîtresses) de l'art mexicain, à découvrir jusqu'au 27 janvier prochain.

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© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais.

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© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais.

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À gauche, le tableau "Paysage zapatiste (recto)", réalisé en 1915 par Diego Rivera. (© Didier Plowy pour la RMN-Grand Palais)

Exposition "Mexique 1900-1950", du 5 octobre 2016 au 23 janvier 2017 au Grand Palais de Paris. Plus d'infos sur le site du musée.

Par Naomi Clément, publié le 14/11/2016