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Exposition : Garry Winogrand, du Jeu de Paume au métro parisien

Depuis la semaine dernière, les photographies de rue de Garry Winogrand ont investi le Jeu de Paume à l'occasion d'une rétrospective exceptionnelle. Mais pas seulement : les clichés en noir et blanc de l'Américain s'affichent également sur les murs du métro parisien jusqu'au 8 février prochain.

Garry Winogrand, New York World’s Fair, 1964, San Francisco Museum of Modern Art.

Garry Winogrand, New York World’s Fair, 1964, San Francisco Museum of Modern Art.

A quoi ressemblait le New York des trente glorieuses ? L'exposition consacrée à Garry Winogrand dans l'enceinte du Jeu de Paume offre un aperçu de cette période à travers une chronique de la vie urbaine d'après-guerre, sous l'objectif vif et nerveux du célèbre photographe américain – mais encore trop peu connu en Europe.

C'est au début des années 50 que le jeune Winogrand, originaire du Bronx, décide d'embrasser les rues de Manhattan. À l'époque tout juste démobilisé, il décide d'étudier la photographie à l'université de Columbia. Dès lors, il scrute la ville armé de son appareil photo, de manière frénétique.

Il a toujours soif de scènes de vie et de moments à immortaliser, sublimant le quotidien. Pour lui, la beauté se cache à chaque coin de rue, et il promène son objectif sur les hommes d'affaires, les femmes élégantes, les amateurs de voitures ou encore les sportifs.

Un des maîtres de la photographie de rue

Pour Marta Gili, la présidente du Jeu de Paume contactée par Konbini, l'exposition Winogrand "rebondit sur ce que l’on a appelé la "street photography" américaine, c’est-à-dire la pratique d’un style documentaire subjectif, qui prend d’assaut le territoire urbain avec un mélange de spontanéité et d’ironie, de fascination et d’angoisse."

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Et cette rétrospective bien fournie ne brosse pourtant qu'une petite partie du gargantuesque travail photographique de Garry Winogrand. Mort prématurément à l'âge de 56 ans, il a laissé derrière lui des milliers de pellicules non archivées, dont certaines ont été tirées pour la première fois à l'occasion de la rétrospective. Un choix pas évident, alors que rentre en jeu le regard du défunt photographe.

Mais Marta Gili explique :

Il existe une idée très répandue selon laquelle le tirage photographique est plus important que l’acte photographique lui-même. Pour Garry Winogrand, c’était justement tout le contraire : bien qu’il ait développé de nombreux de tirages – qu’il faisait faire par d’autres –, il a laissé à sa mort (survenue soudainement) des milliers de négatifs à développer ou qu’il n’avait même pas examinés.

Garry Winogrand, New York, vers 1962. Tirage gélatino-argentique, The Garry

Garry Winogrand, New York, vers 1962. Tirage gélatino-argentique, The Garry

Pour lui, photographier et être sur le terrain était prioritaire. Les commissaires de l’exposition sont partis du fait que Winogrand, très souvent, déléguait le travail de sélection et d’édition de ses propres photographies.

C’est pour cette raison qu’ils ont décidé de réaliser des tirages modernes à partir des annotations faites par Winogrand sur ses planches-contacts. Comme l’écrit Sandra Phillips dans le catalogue de l’exposition : "C’est là une histoire qui demande d’être contée ; ce sont des images qui demandent d’être vues."

Du musée au métro parisien

La "street photography" de Garry Winogrand ne se limite pas aux murs du Jeu de Paume, elle investit également jusqu'à février prochain plusieurs stations du métro parisien. Ainsi, on retrouve pas moins de 26 clichés de l'artiste, dont 15 qui seront visibles uniquement dans les couloirs ou sur le quai du métro.

Un partenariat exceptionnel qui vise à tisser des liens entre la culture et la société, comme le raconte Marta Gili :

Le lien entre la culture et la société est vraiment exemplaire dans cette opération. Le fait que les images de ce photographe qui a marqué l’histoire de son regard sur notre existence collective, notamment dans les espaces publics, reviennent physiquement dans le métro parisien est, à mon avis, un geste poétique et métaphorique très fort.

Une photographie de Garry Winogrand dans le métro parisien

Une photographie de Garry Winogrand dans le métro parisien

Divisée en trois parties – quatre si l'on compte les photographies du métro, l'exposition couvre une grande variété de sujets et thèmes chers à l'artiste. Ainsi, "Descendu du Bronx" explore en grande majorité sa période dans les rues new-yorkaises des années 50 aux années 70 ; "C'est l'Amérique que j'étudie" met en relief la même période mais lors de ses voyages en dehors de la Grosse Pomme ; et enfin "Splendeur et déclin" se concentre sur sa période de "maturité", de son départ de New York à sa mort en 1984. On y découvre des clichés pris au Texas, en Californie du Sud, ainsi qu'à Chicago, Washington ou encore Miami.

Un chapitrage qui est, selon Marta Gili, une forme d'itinéraire de vie :

Les trois commissaires de l’exposition, Leo Rubinfien, Erin O’Toole et Sarah Greenhough se sont donné pour tâche de faire découvrir autant les images iconiques très connues de Winogrand, que son travail inédit. Ils ont donc privilégié trois sections qui font référence à son parcours de vie et à ses déplacements géographiques.

New Yor, 1955

New Yor, 1955

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  L'exposition Garry Winogrand est visible au Jeu de Paume jusqu'au 8 février 2015.

Par Constance Bloch, publié le 27/10/2014

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