"Espionnée" par une artiste sur Facebook, elle devient le sujet d'une expo

A quel point ce que vous postez sur Facebook représente-t-il la réalité de votre vie ? C'est cette question que pose l'artiste tunisienne Héla Lamine après avoir épié le compte Facebook d'une parfaite inconnue pendant plus d'un an.

"Me and my dog", technique mixte sur toile renversée, 50x50cm, 2015  (Crédits image : Héla Lamine)

"Me and my dog", technique mixte sur toile renversée, 50x50cm, 2015 (Crédits image : Héla Lamine)

Il vous est sans doute déjà arrivé d'apprendre beaucoup de la vie privée de quelqu'un sans qu'il ne vous en confie les clés pour autant. Et pour cause : la porte n'est pas fermée : date d'anniversaire, rupture avec un(e) amoureux(se), naissance, décès... mais aussi préférences culinaires, musicales, cinématographiques ou littéraires, goûts vestimentaires, possession d'un animal de compagnie ou pas, orientation sexuelle, engagement politique... C'est fou la quantité d'infos qu'on peut collecter sur une seule personne sans même lui demander grâce à un outil du quotidien : Facebook.

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C'est ce dont s'est rendue compte Héla Lamine, jeune artiste tunisienne dont le dernier projet se focalise justement sur la diffusion de notre image, volontaire ou non, à travers le filtre Zuckerberg. Interrogée dans les colonnes de Rue89, elle raconte avoir observé Samantha C., citoyenne américaine, via son profil Facebook, avant de pouvoir en monter une exposition nommée logiquement "La vie non-secrète de Samantha C.", à partir de dimanche 15 novembre à la galerie Ammar Farhat de Tunis. Vous appellerez peut-être cela de l'espionnage, Héla Lamine nomme cela du "hacking artistique".

Statuts, photos, commentaires... L'artiste a compilé tout ce qu'elle a pu pendant plus d'un an, entre avril 2014 et août 2015 – date à laquelle l'Américaine a finalement restreint les critères de confidentialité de son compte Facebook. Pas de problème pour Héla, qui travaillait avant tout sur les données publiques confiées au réseau social, "ce qu'elle a choisi de dévoiler aux autres".

Sciemment ou pas, Samantha C. a tout de même laissé entrevoir "Son anniversaire, le nom de son chien, le jour où elle est sortie avec son petit ami, le jour où ils ont rompu, les fêtes où elle s’est rendue", comme l'explique Sana Sbouai, journaliste à Rue89.

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Ça, c'est ce que montre Héla Lamine d'elle, sur son Tumblr : elle pose ici à côté d'une de ses œuvres, un parasol (Crédits image : Héla Lamine)

Ça, c'est ce que montre Héla Lamine d'elle, sur son Tumblr : elle pose ici à côté d'une de ses œuvres, un parasol (Crédits image : Héla Lamine)

Mais si on connaît le poids des mots, rien ne frappe plus que le choc des photos. Or Héla n'a-t-elle eu que peu d'efforts à faire pour rassembler 333 photos de l'Américaine en accès public, qui lui serviront à développer ses propres supports graphiques pour l'exposition "La vie non-secrète de Samantha C.". Dont peintures, dessins, collages... et peut-être le clou de l'expo, un livre de 70 pages.

"La réalité virtuelle, c'est nous aussi"

Même si une partie de l'exposition est collaborative, Héla Lamine étudie depuis longtemps le rapport aux réseaux sociaux dans son œuvre. Elle explique pourquoi :

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Cette vie qu’on alimente sur Facebook est-elle en déphasage avec la réalité ? Il y a ici la question de l’identité finalement. On vit avec une certaine image de ce que l’on est dans la vie et une image que l’on veut montrer aux autres dans les réseaux sociaux. [...] On vit en permanence avec cette réalité virtuelle, donc c'est nous aussi.

Plus d'infos sur "La vie non-secrète de Samantha C." par ici. On vous conseille vivement le Tumblr de Héla Lamine, par là.

Par Théo Chapuis, publié le 13/11/2015