Le calligrapheur eL Seed redonne des couleurs au "quartier des déchets" du Caire

Situé au Caire, le quartier de Manshiyat Nasr, réputé pour ses déchets et surtout sa tradition de recyclage, a été recouvert d'une nouvelle œuvre calligraphique monumentale de l'artiste franco-tunisien.

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Il faut grimper sur le mont Mokattam, qui surplombe le Caire, pour admirer le puzzle calligraphique peint par eL Seed sur les murs des habitations. (© elseed-art.com)

"Pour voir la lumière du soleil, il faut d'abord s'essuyer les yeux."

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Ces mots proviennent du troisième siècle, et plus précisément d'Athanase d'Alexandrie, évêque d'Alexandrie et figure majeure du christianisme antique. Des paroles qui forment le cœur de Perception, la nouvelle création d'eL Seed.

C'est dans le quartier de Manshiyat Nasr, au Caire, que l'artiste franco-tunisien s'est installé pendant plusieurs semaines pour réaliser cette œuvre calligraphique. Une peinture murale circulaire, dont le tracé blanc comblé de bleu et d'orange s'étend sur 300 mètres et 52 bâtiments, comme l'indique le New York Times, recouvrant tout un quartier de la capitale égyptienne.

© David Degner / The New York Times

© David Degner / The New York Times

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Si Manshiyat Nasr a été choisi par l'un des précurseurs du calligraffiti, c'est pour l'histoire qu'il comporte. Les habitants de ce quartier tourmenté et surpeuplé du Caire sont appelés "Zabaleen", soit le peuple des ordures. Car leur lieu de vie est réputé pour ses déchets, certes... mais surtout pour la tradition de recyclage qui le régit. Depuis plusieurs décennies, les poubelles de la ville sont collectées par les locaux, qui ont développé au fil du temps un système de tri des plus efficaces ; ils sont ceux qui nettoient le Caire, comme le raconte eL Seed sur son site.

En habillant le quartier de sa calligraphie arabe, eL Seed compte changer le regard extérieur envers ce quartier, étroitement associé à la misère. Comment ? En mettant la lumière sur des dizaines d'années d'un travail méconnu, qui a vu les maîtres des lieux trier et recycler les tonnes de déchets de la plus grande ville d'Égypte.

© David Degner / The New York Times

© David Degner / The New York Times

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L'Égypte, là où, après la révolution de 2011, l'art de rue est devenu une pratique dangereuse, poussée à être menée dans la hâte et le secret. Ce qui n'a pas été le cas pour eL Seed, qui a pu travailler, en autofinancement, avec la complicité des habitants, loin du bruit de la ville. Et toujours avec le même principe : vivre en paix et dans le respect.

© David Degner / The New York Times

© David Degner / The New York Times

Par Rachid Majdoub, publié le 31/03/2016

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