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Docu : attention aux tampons hygiéniques, dangereuses "poubelles chimiques"

Publié le

par Mélissa Perraudeau

Ce soir, France 5 diffuse Tampon, notre ennemi intime, un documentaire saisissant. Des victimes, des scientifiques et des lanceurs d'alerte sont interrogés et révèlent les grands dangers de cette "poubelle chimique", qui serait responsable entre autres de fausses couches et d'endométriose.

France 5 diffuse ce mardi soir une enquête qui fait du bruit. Tampon, notre ennemi intime s'intéresse à une protection hygiénique dont les femmes se servent chaque mois, et dont les grands dangers ont longtemps été tus. On n'a pas fini de percevoir l'ampleur des risques pris par les femmes. Le film d'Audrey Gloaguen, réalisé avec la collaboration de Victoria Kopiloff, dure 72 minutes qui passent à toute vitesse, et on le regarde avec une incrédulité grandissante. Au fil des témoignages des victimes du syndrome du choc toxique, des interviews des chercheurs et des lanceurs d'alerte entre l'Europe et les États-Unis, se dessine une vérité saisissante.

Tout a commencé avec le mortifère tampon américain Rely de la compagnie Procter & Gamble. Ce tampon entièrement synthétique et ultra absorbant a dû être retiré de la vente devant la centaine de décès qu'il a causés, après que le mari d'une victime ne s'associe à un avocat pour attaquer la société en justice. Deux victoires en résultent : ce type de tampons entièrement synthétique n'existe plus, et les fabricants ont dû indiquer qu'un tampon super absorbant accroît les risques de choc toxique. Il a pourtant fallu 20 ans pour que ce message arrive en Europe, sans qu'il soit vraiment satisfaisant : il n'est pas clair que les femmes doivent choisir le taux d'absorption le moins élevé, et qu'elles doivent changer de tampons le plus souvent possible. Au contraire, les arguments de vente développés par les publicitaires reposent sur la présumée "liberté" que permet l'utilisation des tampons.

Les tampons et le syndrome du choc toxique

Surtout, on ne connaît toujours pas toute la composition des tampons, et le syndrome du choc toxique (SCT) connaît une résurgence depuis les années 2000. Audrey Gloaguen et Victoria Kopiloff ont rencontré deux victimes françaises, Margaux (23 ans) et Justine (26 ans). Elles leur ont raconté les symptômes : l'épuisement brutal, la forte fièvre, l'impression d'avoir la grippe ou la gastro... Et la même impuissance et ignorance des médecins qui les ont prises en charge aux urgences, démunis quand leurs états se sont dégradés et que leurs organes ont commencé à les lâcher. Souvent, c'est le même constat : la plupart des médecins ne sont pas formés à identifier le syndrome, et certains gynécologues ignorent jusqu'à son existence. Cela ne fait qu'ajouter au traumatisme des victimes, qui se rendent compte qu'elles viennent de "frôler la mort" à cause d'un tampon hygiénique, et n'osent pas parler de ce "choc qui a bouleversé [leur] vie" autour d'elles :

"Qu'est-ce que je vais leur dire, j'ai failli mourir à cause d'un tampon ?"

Des interrogations qui ne devraient pas venir alourdir la souffrance des victimes au vu de la fréquence de la chose : 20 à 30 % des femmes sont porteuses du staphylocoque doré, à cause duquel le tampon va libérer chez certaines d'entre elles une toxine extrêmement dangereuse et déclencher une infection généralisée potentiellement mortelle. Et pourtant : 20 % des femmes victimes du syndrome du choc toxique ne sont pas diagnostiquées correctement, et ignorent donc qu'elles ne doivent pas remettre de tampon sous peine de risque important de récidive.

Si Justine a par chance reçu le bon diagnostic, elle continue de subir les conséquences du SCT : elle a perdu la peau de ses mains, pieds, paupières, perdu ses cheveux par poignées, et constaté des "choses bizarres" qui arrivaient et repartaient soudainement. Son corps a subi un lourd traumatisme avec l'infection, et de gros épuisements la submergent régulièrement. Margaux, quant à elle, s'est vu à 19 ans privée de la possibilité d'avoir des enfants naturellement. Et puis il y a d'autres conséquences qui ont été médiatisées, comme l'amputation des extrémités dénoncée par une jeune mannequin américaine.

Des industriels libres aux pratiques obscures vs la santé des femmes

À ce jour, malgré la reconnaissance du syndrome du choc toxique, aucune étude sur l'impact des tampons sur la santé des femmes n'existe, alors qu'elles utilisent en moyenne 11 000 tampons dans leur vie. La stratégie des industriels, qui ne communiquent pas les composants, repose sur le tabou autour des règles ; le tampon cachant "littéralement les règles à l'intérieur". Être féminine, c'est être "sous contrôle" comme l'explique la professeure Chris Bobel, "propre", "saine". Aucune loi n'encadre non plus les tampons ; pire, la réalisatrice a découvert que la Commission européenne, au lieu d'écouter les doutes sur les dangers des tampons a, en juin 1999, laissé les fabricants établir leurs propres règles concernant leur sécurité.

Le documentaire Tampon, notre ennemi intime a donc permis la mise en lien des études, la rencontre des lanceurs d'alertes et spécialistes... et le lancement d'analyses indépendantes auprès d'un laboratoire indépendant en septembre 2016. Les résultats ?

"Tous les tests ont mis à jour des substances toxiques."

Les tampons : des "poubelles chimiques"

Il existe toujours des fibres synthétiques dans les tampons, et, plus grave, un cancérigène. Les tampons sont en effet blanchis avec du chlore, qui produit de la dioxine - pas moins de l'un des 10 produits chimiques les plus dangereux au monde selon l'OMS. En plus de causer des cancers et d'interférer avec le système hormonal, il aurait un lien avec l'endométriose, maladie dont souffre en France une femme sur dix. Un effet logique sans même parler de la composition des tampons, dans lesquels on retrouverait moins de dioxine en France qu'aux États-Unis - même si avec en moyenne 11 000 tampons dans une vie, la dioxine s'accumulerait dans la graisse du corps.

En effet, le fait menstruel étant bloqué et ne pouvant s'écouler par le vagin, il pourrait remonter et contribuer à l'endométriose, définie par l'Inserm comme "la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus". Une étude a bien montré que plus les femmes utilisent des tampons, plus elles souffrent d'endométriose.

Et puis, il y a le phtalate, "perturbateur endocrinien bien connu et vraisemblablement cancérigène". Interdit par l'Union européenne, on l'utilise normalement pour assouplir le plastique - et il y a justement du plastique dans certains tampons (voile, matières absorbantes, etc.). Son effet sur les femmes, parmi d'autres ? Provoquer des fausses couches. Et le documentaire d'ajouter que ce n'est que le début de la liste des constituants des tampons néfastes pour la santé. Le constat est sans appel : "les tampons ressemblent à des poubelles chimiques".

"Les fabricants se moqueraient-ils ouvertement de la santé des femmes ? Les autorités vont-elles enfin les contraindre à s'en préoccuper ? Les consommatrices doivent rester libres de choisir leur mode de protection."

Sérieux et approfondi, avec des témoignages de première main, Tampon, notre ennemi intime fait une démonstration irréfutable et indispensable, déjà disponible sur Télérama et diffusée ce soir à 20 heures 50 sur France 5.

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