En images : ces femmes irlandaises obligées de s'exiler pour avorter

La série photo "The X-ile project" met en lumière des Irlandaises qui décident de se rendre en Grande-Bretagne pour avorter alors que leur pays d'origine possède une des lois les plus restrictives au monde en matière d'avortement. 

"Ce sont des femmes ordinaires et responsables", commence par nous présenter Ruth Morrissy, une des cinq initiatrices militantes pro-choix de la série photo "X-ile project". Qu'elles soient blondes, brunes ou rousses, âgées de 20 ou 40 ans, étudiantes ou professionnelles, elles ont toute un point en commun, c'est celui d'avoir décidé de s'exiler temporairement en Grande-Bretagne pour pouvoir avorter. Car l'Irlande, leur pays natal, possède l'une des lois les plus restrictives au monde en matière d'avortement.

C'est un sujet dont on évite de parler dans la société irlandaise, nous explique Ruth. L'objectif de notre projet est donc de mettre un visage sur ces femmes qui n'ont d'autres choix que de quitter leur pays pour pouvoir avorter.

Portrait de femmes irlandaises parties avorter en Grande Bretagne. (Crédit Image : The X-ile project)

Portrait de femmes irlandaises parties avorter en Grande Bretagne. (Crédit Image : The X-ile project)

En moyenne 12 femmes par jour quittent l'Irlande pour avorter

Amnesty international rappelle que "l'Irlande est le seul pays européen – à l'exception de l'Andorre, de Malte et de Saint-Marin – à interdire l'avortement même en cas de viol, de malformation grave ou mortelle du fœtus ou de risque pour la santé de la femme, en violation du droit international".

Si depuis 2013, le gouvernement irlandais a autorisé l'avortement en cas de grossesse qui entraînerait directement la mort de la mère, Ruth est sans appel : "Ce n'est clairement pas suffisant, d'autant plus que les paramètres de cette législation sont flous et que la loi n'a finalement pas diminué les restrictions à l'avortement de manière significative". Aussi, qu'un pays développé en Europe soit aussi en retard en matière de droit des femmes est impensable pour la jeune femme qui met en cause l'incapacité des gouvernements successifs à s'engager sur cette question et un pouvoir religieux encore très présent.

Alors qu'une femme qui avorte illégalement sur le territoire irlandais peut encourir une peine de 14 ans de prison, elles sont toujours plus nombreuses à faire le déplacement à l'étranger pour pouvoir avorter.

Un coût élevé

"Les statistiques montrent qu'en moyenne 12 femmes par jour quittent l'Irlande pour avorter, ce qui représente près de 25 000 femmes irlandaises qui sont allées en Grande-Bretagne pour avorter entre 2010 à 2014", résume Ruth, qui insiste sur le fait qu'il s'agit d'un "vrai problème de société", d'autant que le coût d'un avortement à l'étranger est conséquent. En effet, selon le Irish Times, il couterait entre 400 et 1 500 dollars. Certaines femmes n'ont donc pas les moyens de se payer le voyage.

Si pour Ruth la situation actuelle est critique, il ne faut pas désespérer. "Des sondages successifs ont été menés cette année et ils ont montré que la grande majorité des Irlandais sont en faveur de l'élargissement des motifs de l'accès légal à l'avortement en Irlande".

En attendant, les cinq initiatrices du "X-ile project" comptent bien poursuivre leur série photographique en ajoutant de nouveaux portraits à leur galerie numérique jusqu'à ce que leur message ait réellement été entendu. Leur manière à elles de contribuer à "déstigmatiser l'avortement" dans l'espoir de faire rapidement évoluer la loi.

Par Anaïs Chatellier, publié le 24/12/2015