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Cuba : un premier film hollywoodien depuis l'embargo

Publié le

par Anaïs Chatellier

Ernest Hemingway dans sa maison à Cuba en 1952. Crédit Photo : Getty Images

En juin 2013, Cuba, qui était quasiment interdit de Web, ouvrait des salles de connexion libre à Internet. Aujourd'hui, le pays accepte qu'un film hollywoodien soit tourné sur son territoire, une première depuis la révolution cubaine et l'embargo de 1962. Il s'agit d'un biopic sur Ernest Hemingway signé Bob Yari.

Ernest Hemingway dans sa maison à Cuba en 1952. Crédit Photo : Getty Images

"Papa", c'est le surnom affectif que beaucoup de personnes attribuaient à Ernest Hemingway. C'est également le titre d'un nouveau biopic dont le tournage vient de s'achever à Cuba. Pour Bob Yari, producteur de l'oscarisé Collision, de L'illusioniste et de Otage, obtenir l'autorisation de filmer sur le territoire cubain n'a pas été chose facile. Au casting : Adrian Sparks dans le rôle d'Hemingway et Giovanni Ribisi (Avatar, Ted) dans le rôle du journaliste américain Denne Bart Petitclerc. On

L'astuce du documentaire

Selon le Hollywood Reporter et les producteurs, il s'agit du premier film américain tourné à Cuba depuis 1959. En effet, les films censés se dérouler sur l'île, sont réalisés généralement en Républicaine Dominicaine. Le biopic d'Hemingway est donc une exception. Bob Yari a réussi à contourner les contraintes en annonçant qu'il s'agissait d'un documentaire. Il est d'ailleurs peu probable qu'un blockbuster hollywoodien reçoive la même autorisation dans le futur, précise le journal.

La tâche n'a pourtant pas été facile pour l'équipe. Dans une interview retranscrite sur LCI, Bob Yari explique :

Je pensais pouvoir faire ce film en deux ans, mais au final il m'en aura fallu six. Il y avait de ma part un certain acharnement pour tourner à Cuba car tout ce qui a été écrit dans le scénario s'était déroulé là-bas.

A Cuba, sur le tournage du film Papa. Crédit Photo : AP

Ernest Hemingway, une vie passionnante.

Difficile de résumer en quelques lignes toute une vie de reporter de guerre et d'écrivain. D'abord reporter au Kansas City Star puis ambulancier en Italie auprès de la Croix Rouge pendant la Première guerre mondiale, Hemingway devient ensuite correspondant à Paris. Il s'installe alors en Espagne pour couvrir la Guerre Civile dont sera inspiré son livre Pour qui sonne le glas, avant de vivre, à partir de 1939, une vingtaine d'années à Cuba . Lorsqu'en 1959, Fidel Castro renverse le gouvernement Batista, on lui conseille fortement de rentrer dans son pays natal. Deux ans plus tard, il se suicide avec une arme à feu. Une mort tragique qui intrigue toujours autant et qui suscite encore des questionnements.  

Avec sept romans, un prix Pulitzer en 1953 pour le Vieil Homme et la mer et le prix Nobel de littérature un an plus tard, Hemingway a influencé toute une génération d'artistes, celle que l'on appelle la Génération perdue. Ce qui frappe particulièrement dans ses écrits, c'est le réalisme, un style presque journalistique voire télégraphique, des phrases simples mais percutantes.

Il faudrait donc plus qu'un film d'environ deux heures pour raconter la vie passionante d'Hemingway. C'est pourquoi le Biopic Papa, se focalise sur sa vie à Cuba et raconte l'histoire de son amitié naissante avec le journaliste Denne Bart Petitclerc dans les années mouvementées de 1950. En effet, celui que l'on surnommait Ed, à l'époque journaliste au Miama Herald, considérait Hemingway comme son mentor. Le film est ainsi  tiré de ses écrits.

L'acteur Giovanni Ribisi dans le rôle du journaliste Denne Bart Petitclerc. Crédit Photo : AP

Un tournage mouvementé

Le tournage du biopic n'a pas été de tout repos. Hormis les contraintes liées au lieu, il y a eu des problèmes au sein du casting. Pour commencer, l'actrice Sharon Stone, qui devait initialement jouer le rôle de la quatrième femme d'Hemingway, a porté plainte contre le réalisateur. Elle l'accuse en février 2014 de l'avoir écarté du projet parce qu'elle aurait refusé de falsifier des documents pour rentrer sur le territoire cubain. Elle réclame depuis les 500 000 dollars qui étaient prévus dans son contrat.

Dans un article publié dans le Daily News, le producteur se dit d'ailleurs "très déçu" par toute cette affaire car, selon lui, il s'agirait d'un différend financier. L'actrice aurait demandé le double de ce qui avait été négocié initialement.

A sa place, Joely Richardson a été choisie pour interpréter Mary, la quatrième femme de l'écrivain. Elle racontre d'ailleurs à quel point la réalisation a été mouvementée, entre connexions Internet défaillantes, vigilences de la part des autorités cubaines et tournages annulés à la dernière minute :

Ca a été très chaotique. Chaque jour il y avait un nouveau drame. C'était dingue. Mais vous savez quoi ? Ca a été une de mes meilleures expériences. C'était fantastique.

Pour l'acteur Adrian Sparks, l'expérience a également été très enrichissante :

Vous savez j'avais huit ans quand l'embargo a été décrété. Donc j'ai grandi avec cette image d'un pays très sombre. Alors être là, aujourd'hui, pour réaliser à quel point c'est un bel endroit, quelle opportunité pour un américain !

Bob Yari espère également que son film permettra, en partie, de réconcilier les deux cultures.

-> A voir : Les portraits de Cuba par Arnaud Montagnard

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