Basquiat à la Fondation Louis Vuitton, l’expo immanquable de cette année

Depuis le 3 octobre dernier, la Fondation Louis Vuitton rend hommage au génie intemporel Jean-Michel Basquiat.

(Jean-Michel Basquiat - Untitled, 1982 / Egon Schiele - Celui qui appelle, 1913 © Fondation Louis Vuitton)

Jusqu’au 14 janvier 2019, la Fondation Louis Vuitton braque ses projecteurs sur les œuvres de deux enfants terribles de l’art à travers deux expositions temporaires simultanées, consacrées à Jean-Michel Basquiat et Egon Schiele. Si tout semble opposer les deux artistes, tant au niveau de leurs styles, leurs époques, leurs nationalités que de leurs sujets, ce sont leurs destins tragiques (Basquiat décède d’une overdose à 27 ans et Egon Schiele de la grippe espagnole à 28 ans), leur passion pour l’expressivité du corps, mais avant tout leur génie qui les rapproche au sein de cette structure futuriste conçue par Frank Gehry.

L’exposition événement de 2018

La Fondation Louis Vuitton nous séduit une nouvelle fois avec une rétrospective colossale et immersive, incontestablement considérée comme l’expo événement de 2018. Effectivement, ce sont sur les quatre étages de l’institution que nous (re)découvrons la carrière bouleversante du peintre new-yorkais à travers une centaine d’œuvres. La plupart sont des très grands formats, et certaines sont exposées pour la première fois.

Rappelons que Basquiat est un artiste noir, qui a vécu dans le New York underground des années 1980. Victime de racisme depuis son plus jeune âge, son art particulièrement subversif rend compte de questionnements sur les injustices sociales. Connu et reconnu pour sa grande culture et sa facilité à partager la tragédie qu’a pu être sa vie d’homme noir dans une Amérique discriminatoire, cette rétrospective majeure dévoile un Basquiat torturé et malheureux, plus émouvant que jamais.

Samo, l’alter ego de Basquiat, omniprésent dans le travail du peintre

Tout au long de l’exposition, l’âme de Samo – son alter ego du graff – imprègne les murs de la Fondation. Si certains ont tendance à l’oublier, les premières œuvres de Basquiat apparaissent un peu par hasard grâce au film Downtown 81, réalisé par Glenn O’Brien, dans lequel l’artiste occupe le rôle principal. C’est en effet à l’occasion de ce projet cinématographique que Basquiat peint pour la première fois. Auparavant, il était connu sous le nom de Samo (soit "same old shit" ou "toujours la même merde" en français), sa signature de graff que l’on trouvait aux quatre coins de la Big Apple.

Bien plus qu’une simple signature, Samo était la transcription des sentiments de Jean-Michel Basquiat. Considéré comme un graffeur intellectuel, il s’adresse à un public cultivé. La localisation de ses réalisations n’était jamais choisie par hasard. Il a néanmoins décidé de tuer Samo à l’apogée de sa popularité. Il commence à peindre un an après la mort de Samo, mais celui-ci n’en reste pas moins présent dans le travail du peintre. En effet, nous retrouvons de l’ironie et de la provocation, si caractéristiques de son alter ego, à travers chacune de ses œuvres.

Basquiat, une œuvre tragique

Considéré comme l’enfant prodige de l’art contemporain, Basquiat bouleverse le marché de l’art avec un nouveau langage artistique qui fait de lui l’un des premiers artistes noirs reconnus en Occident. Le jeune peintre connaît alors une ascension vertigineuse en devenant l’artiste contemporain le plus coté. Et pourtant, sa carrière n’est autre que le reflet d’une crise identitaire et d’un combat artistique qui animent sa rage – et donc son œuvre.

Les héros de l’artiste sont des boxeurs noirs ou des musiciens, et ses antihéros sont les policiers – réputés pour leur racisme outrageux dans les années 1980. La mort est un thème récurrent pour le peintre, qui n’hésite pas à ajouter à ses œuvres des corbeaux, des squelettes ou des croix tout en ajoutant des grands coups de pinceaux d’un noir intense, accentuant ainsi l’aspect tragique. Fascinant et puissant à la fois, l’œuvre de Basquiat nous prend aux tripes et l’artiste se met un peu plus à nu au fil de sa carrière – et de l’expo.

Le nouveau langage artistique de Basquiat

Le précurseur du street art montre également un nouveau langage artistique troublant. Effectivement, comme s’il nous prenait à partie, le peintre réalise des œuvres qu’il faut déchiffrer, qui prennent la forme de rébus picturaux. Une grande majorité révèle une complexité de techniques et de supports, mêlant des écrits énigmatiques à des silhouettes asymétriques. Inspirées par Picasso, les nombreuses "Têtes" et autoportraits plus colorés les uns que les autres reflètent cette crise identitaire qui anime l’œuvre de Basquiat.

Notre coup de cœur est certainement la pièce dédiée à son père spirituel et le roi du pop art : Andy Warhol. Artiste et personnage qu’il admirait dès son plus jeune âge, Warhol l’a toujours protégé. Très vite, les deux artistes ont scellé une amitié forte et prolifique – en témoignent les 150 œuvres réalisées ensemble. D’ailleurs, la salle qui leur est consacrée met en lumière une œuvre (que vous trouvez ici) que le jeune New-Yorkais a réalisée en moins de deux heures, avant de l’envoyer directement à son idole. Un tableau devant lequel un nombre ahurissant de spectateurs ne cessaient de chuchoter "quel génie !"

Basquiat, génie intemporel et intergénérationnel

Géométrie, asymétrie, explosion de couleurs, tragédie, néoexpressionnisme, militantisme ou encore street art… il est impossible de réduire l’œuvre de Basquiat à une seule chose. Cette rétrospective monumentale vient nous le prouver une nouvelle fois. Si certains cherchent encore à comprendre comment Basquiat a révolutionné le monde de l’art, vous trouverez la réponse en vous rendant à la Fondation Louis Vuitton.

Enfin, au premier étage, vous pourrez également découvrir l’œuvre torturée d’Egon Schiele, sublimée par ses traits flous. L’artiste était réputé pour ses nombreux autoportraits et ses corps distordus. Son œuvre, à la fois tragique et poétique, a animé le monde de l’art par sa véracité et sa passion violente et enragée. Deux univers contrastés et uniques, à découvrir jusqu’au 14 janvier.

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Par Manon Baeza, publié le 17/10/2018