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Avec la campagne #WhereIsMyName, les Afghanes défendent leur identité

En Afghanistan, il est tabou voire interdit d’appeler les femmes par leurs prénoms. Un groupe d’activistes a lancé la campagne #WhereIsMyName sur les réseaux sociaux pour défendre leur identité et mettre fin à cette invisibilisation.

Dans la société afghane, les noms des femmes ne doivent jamais être révélés, pas même sur leurs tombes. Les actes de naissance ne donnent pas le nom de la mère, uniquement désignée comme "l’épouse de X" conformément à la loi en vigueur. Les faire-part de mariage ne donnent que le nom du père et du futur mari de la mariée. Même dans la mort, on les désigne uniquement en tant que fille, sœur ou femme d’un homme. Utiliser ouvertement leurs noms est considéré comme déplacé voire insultant dans cette société patriarcale et conservatrice. Mais depuis la fin de l’Émirat islamique d’Afghanistan en 2001, la condition des femmes s’améliore. Elles ont le droit d’aller à l’école, de travailler et de voter.

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Des progrès encore insuffisants

En 2014, elles commençaient ainsi "à s’imposer dans des positions de pouvoir" et 27,7 % des députés à l’Assemblée nationale étaient des femmes, comme le rapporte Le Monde. Les Afghanes se font ainsi de plus en plus présentes dans la vie active : la même année, elles étaient quatre fois plus nombreuses qu’en 2007 dans la police, et trois fois plus qu’en 2003 dans la justice. Elles ont également gagné un accès à l’éducation, puisqu’elles constituaient 40 % des élèves du primaire et du secondaire. Et les Afghanes entendent bien affirmer leur existence, leur individualité et leur pouvoir : le 21 mai dernier, la première chaîne de télé afghane faite par les femmes pour les femmes voyait le jour. L’équipe de Zan TV ("la télé des femmes") est la seule du pays à être uniquement composée de productrices et de présentatrices, qui met les droits et les préoccupations des femmes au centre de ses programmes.

Ces progrès, cependant, sont à relativiser, puisqu’ils restent en majorité réservés aux grandes villes et ne semblent pas avoir pénétré la sphère privée. L’une des productrices de Zan TV déclarait ainsi à Reuters "qu’il y a des femmes [en Afghanistan] qui ne connaissent pas leurs droits" et qu’il fallait travailler à "élever la voix des femmes pour qu’elles puissent défendre leurs droits". La vie domestique reste majoritairement régie par les hommes, qui ont tous les pouvoirs sur les femmes comme l’explique la Thomson Reuters Foundation. Pour un petit groupe de militantes afghanes luttant pour les droits des femmes, le combat commence par inscrire les noms des femmes sur les documents officiels, et par les faire prononcer. Une façon de visibiliser les Afghanes et de les rendre maîtresses de leur identité — et donc de leur vie.

#WhereIsMyName, de l’importance de reconnaître l’individualité des femmes

Elles ont donc lancé la campagne #WhereIsMyName ("Où est mon prénom") début juillet sur les réseaux sociaux, et espèrent bien faire bouger les choses.

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L’une des activistes, Batool Mohammadi, a raconté à la Thomson Reuters Foundation qu’elle avait notamment eu une prise de conscience quand elle s’était rendu compte qu’elle ne se souvenait plus du prénom de sa mère :

"Je suis allée au bureau d’une banque privée pour remplir un formulaire. Quand le manager m’a demandé le prénom de ma mère, j’ai marqué une pause, parce qu’en fait j’avais oublié le prénom de ma mère. Toutes ces années, personne n’avait demandé son prénom ou ne l’avait appelée par son prénom."

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Et cette revendication n’est que le début de la lutte pour améliorer la condition des femmes afghanes. L’une des femmes derrière la campagne, l’activiste Bahar Sohaili, a expliqué :

"Notre société est remplie d’injustice pour les femmes, en gros tout est tabou pour les femmes. […] Avec cette campagne, nous avons pour but de changer beaucoup de choses pour les femmes. Les réseaux sociaux ont ouvert une nouvelle fenêtre à la jeune génération d’Afghanistan."

Prononcer et écrire les prénoms des femmes constitue ainsi toute une libération, leur permettant d’embrasser leur individualité et leurs droits.

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Un mouvement efficace

Mais ces droits ne pourront se faire sans l’appui du gouvernement. La campagne doit donc également "faire pression sur le gouvernement pour qu’il promulgue des lois défendant les droits des femmes", précise Bahar Sohaili. Avant d’ajouter : "Quand nous exigeons nos droits devant une cour ou au parlement, ils (les officiels) utilisent le prétexte de la religion pour nous rabaisser." Un porte-parole de la cour suprême de Kaboul a d’ailleurs expliqué à la Thomson Reuters Foundation que "les gens ne sont pas prêts pour une avancée aussi moderne" (!), qui pourrait "créer du chaos indésirable". Ce que démentent des centaines d’Afghans, dont des écrivains, journalistes et musiciens, qui ont relayé le hashtag sur les réseaux sociaux. Sur Instagram notamment, plusieurs centaines de publications font entendre la voix et la volonté des femmes afghanes.

Par Mélissa Perraudeau, publié le 02/08/2017

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