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En images : quand Augustus Frederick Sherman immortalisait l'immigration aux États-Unis

Publié le

par Théo Chapuis

Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, un fonctionnaire du bureau de l'immigration d'Ellis Island a photographié de nombreux migrants. Ces clichés rappellent qu'en 1892 comme en 2015, il y a toujours eu des populations en quête d'une seconde chance.

Pendant plus de soixante ans, les candidats à l'immigration aux États-Unis passaient tous par la même porte d'entrée avant de fouler le sol de leur terre promise : Ellis Island. Du 1er janvier 1892 au 12 novembre 1954, les services d'immigration de cette île située à l'embouchure de l'Hudson ont accueilli environ 12 millions de migrants venus du monde entier. À son pic, le bureau en charge de répertorier les arrivées compta 1 004 756 demandes pour la seule année 2007. À ce stade, ce sont 3 000 à 5 000 migrants qui débarquaient chaque jour sur l'île du New Jersey.

Afin de gérer le flux de migrants qui souhaitaient faire des États-Unis leur foyer, les autorités américaines régularisaient les arrivées en contrôlant les gens un par un. On leur posait d'abord une série de 29 questions (parmi lesquelles nom, métier et montant d'argent qu'ils emportaient avec eux) et on vérifiait leur état de santé physique et mental. Parmi les millions d'individus passés sur Ellis Island, on estime que 2% ne devinrent jamais Américains : 3 000 personnes moururent à l'hôpital de l'île pendant que d'autres étaient rejetées pour des raisons d'argent, de santé ou de passif criminel. Voilà pourquoi cette île était également surnommée "l'île des pleurs" ou encore "l'île des cœurs brisés".

Le Nouveau monde témoin de l'Ancien monde

Parmi l'équipe du bureau d'immigration, de 1892 à 1925, travaillait un homme du nom d'Augustus Frederick Sherman. Si l'on sait peu de choses de ses compétences administratives, il a en revanche marqué l'histoire de l'immigration en capturant en photo de nombreux candidats à la citoyenneté américaine.

Alors qu'il avait le privilège d'avoir du temps avec eux (puisqu'ils étaient en attente de pouvoir passer), on raconte qu'il les encourageait à passer leurs habits les plus traditionnels afin que les photos reflètent le mieux possible leur diversité. On a vraiment l'impression que Sherman s'en émerveillait : Turcs, cosaques russes, Algériens et Alsaciens posent tour à tour pour son objectif.

Si Sherman était conscient de faire l'Histoire ou non, c'est difficile à dire. Toujours est-il que grâce à ses talents de photographe amateur, la New York Public Library est en mesure de montrer plus de 200 clichés de ces gens passés par Ellis Island et immortalisés par l'appareil photo du fonctionnaire. Ses photos ont été publiées en 1907 par National Geographic.

Témoignages des migrations humaines il y a plus d'un siècle au Nouveau monde, il est difficile de ne pas regarder ces images sans penser aux drames de l'immigration de ces dernières semaines. Selon Mashable, qui a repéré ces images, 100 millions de citoyens américains ont un ancêtre qui est passé par les murs d'Ellis Island... et peut-être par l'appareil photo d'Augustus Frederick Sherman.

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