Urbex : une série photo dans des asiles abandonnés aux États-Unis

Depuis 2006, Jeremy Harris arpente les États-Unis à la recherche d'asiles abandonnés pour les photographier. Alors qu'il en a déjà découvert plus d'une trentaine, nous lui avons posé quelques questions.

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C'est tout à fait par hasard que Jeremy Harris découvre un asile abandonné pour la première fois. Alors qu'il est en vacances à Buffalo dans l'État de New York et qu'il se balade avec une amie, celui-ci tombe nez à nez avec un magnifique bâtiment de style gothique. Intrigué par cette énorme bâtisse, il commence à faire des recherches et découvre qu'il s'agit du Buffalo State Lunatic Asylum, fermé depuis 1974. Curieux de découvrir ce qui se cache derrière ces murs, il y retourne dès le lendemain dans l'espoir de trouver une brèche pour y entrer.

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J'ai eu toute suite une fascination pour ces bâtiments abandonnés qui mêlent histoire de l'architecture et maladies psychologiques ou mentales. L'exploration de ces structures si grandes et belles est assez indescriptible.

Depuis cette première découverte en 2006, retrouver et immortaliser ces asiles abandonnés dans sa série Asylums est devenu une sorte d'addiction pour ce photographe âgé de 45 ans et basé à San Francisco. Aujourd'hui, Jeremy Harris est même fier de dire qu'il s'est rendu dans 35 asiles différents. "Tous les lieux que j'ai visités se situent sur la côte Est et au sud des États-Unis", lâche-t-il.

Si ces indications sont très vastes, c'est parce qu'il refuse d'en dévoiler davantage sur l'emplacement de ces bâtiments, comme s'il cachait précieusement un butin d'une valeur inestimable. Il conseille même aux curieux qui, comme lui, aimeraient s'y aventurer :

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Ce sont des lieux remarquables et beaux, mais je ne recommanderais pas d'essayer de s'y rendre sans autorisation officielle. La plupart sont encore partiellement en activité ou surveillés par la police.

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Des asiles aux espaces récréatifs

À chaque fois qu'il pénètre dans un asile, c'est surtout l'envie de comprendre et d'imaginer l'histoire du lieu qui le passionne. C'est ainsi qu'au fil des années, le photographe a amassé bon nombre de documents et d'objets amenés de toute façon à disparaître sous les décombres. Il conserve ainsi chez lui de nombreux dossiers de patients, témoignage de leur passage dans un de ces asiles d'aliénés comme on les appelait auparavant.

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Il nous explique alors que la plupart ont été abandonnés car trop insalubres ou surpeuplés, avant d'être détruits, ou parfois restaurés, "ce qui est très rare dans ce pays". Quant aux patients atteints de pathologies graves, ils ont été dirigés vers des hôpitaux psychiatriques plus modernes et plus adaptés.

Mais avant qu'ils ne deviennent vétustes, ces lieux étaient pourtant munis de nombreuses "installations récréatives", a-t-il découvert en se baladant dans les moindres recoins lors de ses excursions. En effet, certains centres comportaient en leur sein des piscines, des patinoires, des théâtres ou même des salles de bowling. Une réalité qui contraste avec l'image sombre éclairée par une lumière scintillante, que l'on pourrait se faire d'un asile de fous.

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"L'architecture morale" des asiles

"Ces lieux étaient très autonomes et autosuffisants", poursuit-il. Avec leurs propres fermes et des jardins pour la production alimentaire, plusieurs asiles fonctionnaient alors tel un microcosme autarcique permettant aux patients de s'occuper l'esprit et de contribuer à la collectivité. Cet aspect se ressent ainsi dans ce que Jeremy appelle "une architecture morale", point commun entre de nombreux asiles imaginé par Thomas Story Kirkbride, célèbre médecin américain connu pour être un fervent défenseur des malades mentaux.

C'est une conception architecturale particulière pour permettre aux patients de vivre dans des environs confortables avec de grandes pièces, des vues agréables de la région environnante et avec les hommes d'un côté et les femmes de l'autre.

Si une bonne partie des asiles de l'époque étaient construits selon ces principes, d'autres adoptaient un "plan maison", soit divers bâtiments répartis sur tout le campus pour donner plus d'autonomie aux patients. Ainsi, beaucoup d'entre eux vivaient dans des endroits plutôt décents et étaient bien soignés, selon le photographe. Mais au fur et à mesure la surpopulation a eu raison de ces endroits.

"La plupart des asiles sont devenus surpeuplés vers la fin et de nombreux patients n'ont pas été traités très humainement. En particulier ceux qui étaient les plus perturbés et psychotiques", regrette-t-il. En témoignent "des objets assez étranges", dont certains ont des allures d'instrument de torture.

Si Jeremy Harris préfère penser que ceux-ci étaient utilisés pour maintenir les patients difficiles afin de leur administrer les traitements nécessaires, il n'oublie pas d'ajouter que "certaines méthodes comme l'hydrothéraphie ou les électrochocs, peuvent être considérés comme une torture".

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(Crédits images : Jeremy Harris)

Pour découvrir davantage de photo de la série Asylums, rendez-vous sur le site Internet de Jeremy Harris. 

Article publié le 12 septembre 2014 à 21h01.

Par Anaïs Chatellier, publié le 12/09/2014

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