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Un artiste en colère installe la sculpture d’un chien qui pisse à côté de la Fearless Girl de Wall Street

La saga des sculptures de Wall Street continue…

Il semble que la controverse qui entoure la sculpture baptisée Fearless Girl ("la fille sans peur"), récemment apparue dans le quartier des affaires de Manhattan, à New York, n’est pas près de se terminer. Agacé par l’installation de cette statue en face de celle, iconique, du Charging Bull, le taureau de Wall Street, l’artiste new-yorkais Alex Gardega a décidé de venir mettre son grain de sel. Il a installé la sculpture d’un carlin [mais si, vous savez, cette race de petit chien qui fait la moue, ndlt] levant sa patte pour faire pipi sur la cheville gauche de la Fearless Girl.

Traduction : "Les gens sont ne sont pas vraiment heureux de l’installation de la statue du carlin qui fait pipi sur la Fearless Girl."

Traduction : "Alex Gardega, votre acte est le reflet de la haine qui existe en Amérique envers les femmes et les filles. Nous avons le droit d’exister."

Malheureusement, ce geste est celui d’un artiste qui, mû par un sentiment de colère excessif, s’imagine qu’il part en croisade pour les droits des auteurs sans réaliser qu’il vient en réalité de pondre une grosse merde antiprogressiste. Alex Gardega, s’est ainsi justifié :

"Il s’agit d’une absurdité institutionnelle… [La Fearless Girl] n’a rien à voir avec le féminisme, et c’est un manque de respect envers l’artiste (Arturo Di Modica) qui a créé le taureau. Ce taureau avait de l’intégrité. J’ai décidé de construire ce chien et de le faire bien moche pour enlever de sa valeur à la statue de la fille, exactement comme elle enlève à celle du taureau."

Animé par un stupide désir de vengeance, Alex Gardega a donc décidé de se servir de son talent de sculpteur pour créer un chien, volontairement moche, en train d’uriner sur la statue d’une petite fille. Il est compréhensible qu’un ajout tel que la Fearless Girl, qui modifie la signification de l’œuvre initiale (le Charging Bull), puisse heurter certaines sensibilités. Mais en agissant de la sorte, Alex Gardega apparaît comme un petit homme en colère qui se sent menacé par la simple représentation d’une femme affichant une attitude de défi.

Au passage, on se demande bien qui lui a donné le droit de définir ce qu’est ou non le féminisme. Chacun son expertise…

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En toute honnêteté, il faut reconnaître qu’il y a un élément sur lequel il a raison. La Fearless Girl a en effet été financée par la société State Street Global Advisors, un fonds de pension basé à Boston.

Le corporatisme et le féminisme ne sont pas, en principe, des valeurs qui vont de pair. D’où le qualificatif d’"absurdité institutionnelle". Mais qu’en est-il du symbolisme et des débats engendrés par cette sculpture ? En mars, Bill de Blasio, le maire de New York, déclarait :

"Depuis qu’elle est là, la Fearless Girl a alimenté de grands débats sur la place des femmes dans les cercles de pouvoir et elle est devenue une source d’inspiration pour de nombreuses personnes."

Pourquoi vouloir dénigrer cela ? Nous n’accusons pas M. Gardega d’être consciemment misogyne ou antiféministe (il affirme que ce n’est pas le cas selon le New York Post), mais ses actes ne peuvent être perçus autrement que comme un témoignage de désinvolture et d’ignorance crasse.

Here's to a bullish future for all the brave girls out there. #fearlessgirl

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Le New York Post indique par ailleurs que si certaines personnes apprécient ce chien qui pisse, surnommé le "Pissing Pug", la majorité n’a pas aimé qu’il ait pour but de dégrader la Fearless Girl. Une femme aurait apparemment crié à Alex Gardega : "Vous agissez comme un trou du cul. Vous appelez ça de l’art ?" avant de donner un coup de pied à la sculpture et de s’éloigner.

Ni Arturo Di Modica, le sculpteur à qui l’on doit le Charging Bull, ni Kristen Visbal, l’artiste urugayenne qui a imaginé la Fearless Girl, n’ont fait de commentaires sur le Pissing Pug. Cependant, il semble que les sculptures de Wall Street vont continuer à faire débat durant encore un petit moment.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

Par Evan Glazman, publié le 31/05/2017