Alexander "Sasha" Shulgin, pape de la MDMA, est parti pour son dernier trip

Alexander Shulgin, plus connu sous le nom de Sasha Shulgin, s'est éteint le 2 juin à l'âge de 88 ans. Il est célèbre pour avoir démocratisé l'ecstasy et expérimenté de nombreuses substances psychédéliques.

Alexander "Sasha" Theodore Shulgin, pape de l'ecstasy et Ann, sa partenaire dans de nombreuses expérimentations psychédéliques (Crédits image : Jeff Minton/Corbis Outline)

Alexander "Sasha" Theodore Shulgin, pape de l'ecstasy et Ann, sa partenaire dans de nombreuses expérimentations psychédéliques (Crédits image : Jeff Minton/Corbis Outline)

Le temps passe. Alexander "Sasha" Shulgin, 88 ans, luttait encore de toutes ses forces contre le cancer du foie. Pourtant, lorsque la mort l'a emporté, c'était paisiblement, dans son sommeil, entouré de sa famille et de ses amis.

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Toute sa vie, Alexander Shulgin l'a dédiée à la science. Mais pas à celle qu'on enseigne à l'école. Pharmacologue et chimiste, ce natif de Berkeley, en Californie, est à l'origine de la démocratisation de la MDMA – ce qui lui valait d'ailleurs le surnom de "Parrain de l'ecstasy".

Après avoir commencé à travailler pour la Dow Chemical Company en 1965, il commence à s'intéresser de très près à cette molécule et publie en 1976 conjointement avec David Nichols ses impressions issues de son usage. Pour définir ses effets, la langue des hommes ne leur semble encore pas assez performante. Ils inventent alors le mot entactogène ("qui facilite le contact").

C'est à cause/grâce à cette publication que la substance se popularise. Dès lors, elle envahit le milieu club de Chicago, de New York puis progressivement, on la retrouve à Ibiza, à Londres... à Paris. Devant ses effets, les pouvoirs publics du monde entier l'interdisent les uns après les autres.

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Retour de hype

Cela n'empêchera pas l'ecstasy de devenir la drogue récréative la plus cool des nineties. Souvent bien visible dans les free-parties, elle est alors associée au milieu techno – tendance punk à chiens. Dans les années 2010, celle qu'on appelle alors "la MD" a changé de nom et effacé sa réputation de drogue de hippie.

La fausse nouvelle drogue est devenue l'un des invités les plus récurrents des soirées de jeunes urbanisés et souvent branchés. À tel point, d'ailleurs, que les Inrockuptibles en dédient leur couverture et un long dossier à ce qu'on appelle alors un "phénomène". L'ecstasy s'est rachetée une réputation : en ces temps troubles, elle est la pilule de l'amour.

Véritable astronaute intérieur, Alexander Shulgin a toujours continué à expérimenter les substances psychédéliques. En une cinquantaine d'années de recherches entreprises dans son laboratoire avec sa femme Ann, il a réalisé la découverte d'au moins deux cents substances psychédéliques.

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Il en a compulsé nombre d'entre elles dans plusieurs ouvrages, dont PiHKALPhenethylamines I Have Known And Loved: A Chemical Love Story (Les phényléthylamines que j'ai connues et aimées : Une histoire d'amour chimique) et TiHKALTryptamines I Have Known And Loved: The Continuation (Les tryptamines que j'ai connues et aimées : La suite).

À la même période, à l'été 2013, il semble que le monde décide de se souvenir enfin de celui à qui il devait nombre de ses défonces. Vice publiait alors un reportage chez lui, en Californie, où un journaliste du magazine américain entreprenait ce qui est alors l'ultime interview du scientifique. La vidéo est à voir ci-dessous.

Pionnier de la science, explorateur des différentes réalités ou bien grand pervertisseur de la jeunesse occidentale, appelez-le comme vous voulez. En attendant, Alexander Shulgin a bel et bien pris son tout dernier trip.

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Par Théo Chapuis, publié le 03/06/2014

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